Eloigné du pouvoir par la maladie depuis un an et demi, Fidel Castro a annoncé mardi qu’il renonçait à la présidence de Cuba, mettant un terme, à l’âge de 81 ans, à près d’un demi-siècle de pouvoir sans partage pour l’un des derniers dirigeants communistes de la planète.

« Je n’aspirerai ni n’accepterai –je répète– je n’aspirerai ni n’accepterai la charge de Président du Conseil d’Etat et de Commandant en chef », écrit le président cubain dans un « message à ses compatriotes », publié dans l’édition électronique de Granma, organe officiel du régime.

L’annonce de celui qui était le numéro un cubain depuis 1959 précède la convocation dimanche du parlement élu le 20 janvier pour désigner les plus hautes instances exécutives du régime, dont le chef de l’Etat (président du Conseil d’Etat).

Les Etats-Unis ont rapidement réagi, le président George W. Bush disant espérer que le retrait de Castro aboutisse à « une transition démocratique ». Commentaires similaires en Europe, en particulier en Espagne, où la secrétaire d’Etat pour l’Amérique latine Trinidad Jimenez a souhaité des « réformes ».

Dans son message à Granma, Fidel Castro admet n’avoir pu surmonter les séquelles d’une grave hémorragie intestinale qui l’a conduit à céder en juillet 2006 les rênes à son frère Raul, donné favori pour une succession à laquelle peut aussi prétendre le vice-président Carlos Lage, un médecin de 56 ans incarnant la nouvelle génération.

« Ma première obligation après tant d’années de lutte était de préparer (le peuple) à mon absence, psychologiquement et politiquement. Jamais je n’ai cessé de signaler qu’il s’agissait d’un rétablissement qui n’était +pas exempt de risques+ », souligne Fidel Castro dans le message, signé de sa main et daté du 18 février à 17H30 (22H30 GMT).

« Heureusement, notre processus compte encore avec des cadres de la vieille garde, unis à d’autres qui étaient plus jeunes quand a commencé la première étape de la Révolution », poursuit Fidel Castro, qui n’est pas réapparu en public depuis le 26 juillet 2006, date de sa première opération chirurgicale.

« Le chemin sera difficile et requerra l’effort intelligent de tous », dit-il encore, avant de conclure: « Je ne vous fais pas mes adieux. Je souhaite combattre comme un soldat des idées. Je continuerai à écrire sous le titre « Réflexions du camarade Fidel ». « Ce sera une arme de l’arsenal avec lequel il faudra compter. Peut-être ma voix sera-t-elle entendue. Je serai prudent. Merci ».

Le vieux leader qui a connu une longue convalescence ne s’exprimait guère plus qu’à travers des « réflexions » publiées dans la presse officielle depuis bientôt un an.

Célèbre dans le monde entier pour ses diatribes enflammées devant les foules, Fidel Castro, avec son éternel uniforme vert olive, sa barbe et ses cigares, a symbolisé le guérillero victorieux durant la guerre froide, avant de s’aliéner nombre de sympathies internationales, dont celles de l’Europe, pour son refus d’assouplir son régime.

Durant près d’un demi-siècle, le dirigeant cubain qui s’est voulu, avec son compagnon Ernesto « Che » Guevara, le champion de l’exportation de la révolution communiste en Amérique latine, mais aussi en Afrique et même en Asie, a tenu tête aux Etats-Unis.

Dix présidents à la Maison Blanche n’ont pu en venir à bout, malgré un embargo économique draconien, une tentative ratée de débarquement d’anti-castristes à la Baie des cochons en 1961 et maints complots pour l’assassiner.

Figure incontournable de la deuxième moitié du XXe siècle, Fidel Castro, dernier survivant de la génération des Nasser, Nehru, Tito, avait été élu symboliquement à la présidence du dernier sommet des Non-alignés à La Havane en septembre 2006.

img7948.jpg

« Je n’aspirerai ni n’accepterai –je répète– je n’aspirerai ni n’accepterai la charge de Président du Conseil d’Etat et de Commandant en chef ».