Galériens suisses du Léman et en Méditerranée

par | 18 Juil 2012

Le Léman a été une voie de communication dès la plus haute antiquité. Avec une marine de guerre dès le Moyen Age, du XIIIe au XVIIe siècle (1798). On le sait peu mais en témoignent des documents de la vénérable
et survivante société genevoise encore pompeusement appelée «Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation», un tantinet aristocratique (1), à son apogée en 1833. Seule continuité historique actuelle, de petites vedettes militaires grises qui jouèrent leur rôle de surveillance durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce qui fait dire à certains que la Suisse possède sa «flotte de guerre»…

Dans l’histoire, dès 700 avant J.C., les galères furent phéniciennes avec un seul rang de rameurs, avec un rang supplémentaire à presque chaque siècle. La trirème ou trière athénienne, au temps de Thémistocle, le général qui créa le port du Pirée et la flotte militaire athénienne qui triompha, en 480, à la formidable bataille de Salamine contre le puissant roi perse Xerxès, connaissait l’éperon d’attaque, occupée par des archers et pouvait lancer des matériaux enflammés depuis les trois rangs superposés. En ce printemps, les trirèmes aux 5 officiers commandant leurs 174 rameurs, avec des archers crétois et des fantassins lourds, les hoplites, donc environ 200 hommes par trirème. En face, 180’000 soldats plus ou moins perses qui traversent le détroit du Bosphore sur deux ponts de bateaux, s’ajoutent 200’000 combattants, selon Hérodote, répartis sur 1’207 trières. Xerxès, instruit par sa défaite à Marathon, situé à 40 kilomètre d’Athènes, 10 ans avant, avait fait couper la presqu’île du Mont Athos.

Il est ici important de noter – autre thèse rarement enseignée – que ces victoires athéniennes contre l’envahisseur perse démontrèrent à l’envi l’importance d’une marine de guerre pour ces Grecs. Une évidence pour un archipel aux îles et presqu’îles foisonnantes. A tel point, qu’en de nombreuses périodes hellènes, près de la moitié de la population mâle grecque était envoyée, alternativement, sur les bancs des rameurs de trirèmes. Evidemment, majoritairement issus des classes sociales moyennes avec les métèques et des esclaves. Ainsi, clairement, l’indépendance, la puissance d’une certaine Grèce fut liée et dépendante de sa marine militaire. A l’exemple des Phéniciens durant les Guerres Puniques à Carthage ou des Etrusques, souvent pris pour des pirates, empêchant les Hellènes de conquérir trop vite le sud de l’Italie. Les Etrusques et leurs galères jouaient le rôle de police des mers au milieu de ces « thalassocratie » qui dominaient les mers. L’ordre sur les mers était plus important que le chaos, alors que le destin des Grecs s’est constamment joué sur la mer.

La liburne romaine (en 146 avant notre ère), légère avec une voile carrée pour une propulsion secondaire. Au Moyen Age, le léger dromon (du grec « dromôn », coureur) byzantin, était une birème rapide avec « lance-flamme » projetant du feu grégeois (salpêtre et bitume s’enflammant au contact de l’eau) au VIe siècle. Est-ce que le drakkar ponté et arrimé des Normands du VIIe au XIIIe siècle et ses 15 rameurs, plus ou moins forcés, de chaque côté, peut être assimilé à la famille des galères? Même question à propos des dragons anglais au Xe siècle. La galère méditerranéenne visible sur les côtes turques, vénitiennes, espagnoles et françaises jusqu’en 1748 pouvait être équipée de dix rangs de rameurs parfois! Les navires turcs avaient des rameurs chrétiens, souvent esclaves et les navires chrétiens, des rameurs accusés de crimes de droit commun. Les voiles d’appoint étaient dites latines, bien connues sur les flots lémaniques. Jusqu’au XVe siècle, on utilisait des catapultes, outre les canons qui ne pouvaient tirer que vers l’avant.

Les «Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation»
Selon les documents conservés aux Archives de la ville de Turin qui ont suivi les ducs de Savoie, on note que la première véritable galère, construite par des charpentiers de marine génois, fut lancée en 1287, du modèle de celles méditerranéennes de l’époque, avec une longue coque, un puissant éperon à la proue pour éventrer les bâtiments ennemis et, à l’arrière un « château » destiné aux officiers. Si certaines galères transportaient 117 rameurs, le plus grand bateau fut lancé en 1300. Long de 30 mètres, il pouvait emporter, grouillante foule, jusqu’à 380 marins, archers, hommes d’armes et officiers aux armures seigneuriales, avec leurs domestiques! Nombre de bâtiments employaient, outre des vagabonds dont on voulait se débarrasser et pas forcément enchaînés ou des justiciables condamnés, des paysans rétribués, en basse saison.
Pour en revenir au bassin lémanique, dès 1601, un an avant L’Escalade, Versoix est occupée par la France qui se méfiait de Genève. Le duc de Choiseul y poursuivit la fortification de la cité. En conséquence, les relations terrestres entre Pays de Vaud et Genève sont coupées. Ne restait, aux Bernois, ennemis des Savoyards conquérants, que le lac pour venir en aide aux Genevois alliés. Une protection militaire devenait nécessaire pour garantir ses voies maritimes et son indépendance en période de crise. Peu expérimentée sur le sujet, la cité lacustre recourut à l’aide étrangère. C’était la tâche du conseiller Amy Varro en 1580 à Marseille pour faire construire deux barques ou frégates à la grande joie de l’officier Jacques de Maisonneuve.
De leur côté, les seigneurs savoyards pouvaient mobiliser quatorze bateaux, à la fin des guerres de Savoie en 1603. Les Bernois pensaient amener leur flotte à Genève tout en décidant de faire construire de véritables bâtiments de guerre en 1659. Tâche achevée en 1666. Ainsi naît une galère de 27 mètres de long, 6 de large et 32 rames, baptisée « Grande Ourse », capable d’embarquer deux cent hommes et quatorze canons. Une autre galère, plus petite et accompagnée par deux brigantins, goélettes aux voiles carrées, seront assemblées, grâce au savoir du charpentier naval Johannes Strasser, venu de Gottlieben, charmante localité au bord du lac de Constance. Elles survécurent jusqu’au départ des Bernois en 1675.
Les combats n’avaient rien à voir avec les jeux nautiques, parfois avec de fausses attaques de pirates pseudo maures, à la mode dans toute l’Europe. La tactique habituelle consistait à foncer à toutes rames sur le flanc des navires ennemis, aux cris et aux ordres des argousins, les surveillants des forçats, plus ou moins volontaires, qui stimulaient la chiourme, l’ensemble des rameurs, que l’on entendait parfois jusqu’à Rolle, Morges, Nyon ou Chillon, cette dernière zone défendue par une galère spécifique. Là où l’on craignait les pillages de poulaillers et le piratage de navires marchands si peu guerriers. Seulement lorsque le vent était favorable, on hissait les voiles latines, des triangles frappés aux armes de la Savoie; les voiles la misaine et le trinquet, respectivement à l’avant et au centre.

De nos jours, les épaves sont enfouies, une quille par-ci, une planche calcinée par-là, qui sortent des galets dans les graviers du delta du Rhône valaisan. Au fond du lac, résideraient quelques traces d’épaves, selon feu Jacques Piccard, auquel on a toujours dit qu’il était trop cher de fouiller davantage.

Un épisode raconte que les Genevois, heureux d’aider l’Etat-major bernois embarquèrent sur de lourdes nefs armées de canons, et équipées de balles de laine dans l’illusoire et naïf espoir de servir de « rempart » flottant contre l’artillerie du château de Chillon. Les aventureux Genevois veulent se venger et bombardent allégrement les alentours du château. Mais son défenseur, Antoine de Beaufort, ne peut pas résister avec ses quelques italiens, sa poignée de Vaudois clairsemés sur le chemin de ronde, des Bernois qui traînent une mauvaise réputation de pilleurs. Beaufort joue la comédie et le temps avec un semblant de négociations. Pendant ce temps, les fantassins savoyards chargent la dernière vieille galère récemment réparée avec les archives, l’or, le personnel et l’artillerie. Les fenêtres du château se ferment et la galère savoyarde fonce, de toutes ses rames, à travers l’escadre ennemie, disparaissant vers le large. Vu la vitesse des Savoyards, toute poursuite, toute chasse est inutile. Beaufort parvient ainsi au port de Tourronde en Savoie, fait saborder les canons, mettre le feu au navire et tous se sauvent dans la montagne, ne laissant aux Genevois, marris, que cendre et fumée. C’est ainsi que finirent les oiseaux de guerre savoyards, jusque-là prestiges du Léman.

De vrais Turcs sur le Léman
Les hostilités continuent cependant. Plus tard, chargée de blé, une barque genevoise, est piratée par les Savoyards, ce qui pousse les Genevois à piller le port de La Belotte avec trois bateaux, ce qui provoque l’arraisonnement d’une galère marchande devant Morges. Le Duc savoyard s’énerve à tel point qu’il veut débarquer en plein port du bout du lac. Etonnement, les Genevois le doublent et s’emparent du château de Ripaille, rebouchant le nouveau et tout récent port, à coups de pelles. Dans leur « enthousiasme du retour, les Genevois, s’attaquent au baron d’Hermance qui avait monté une petite flotte privée avec d’authentiques esclaves turcs ! Tout cela juste avant l’Escalade.

Après la tentative savoyarde ratée de conquérir la ville, une frégate genevoise s’élance par le Haut-Lac, pillant et rançonnant tout ce qui flotte sur les eaux du Chablais, revenant avec 14 bateaux prisonniers, laissant derrière elle coques défoncées, naufragés et incendies.

Pendant ce temps, Leurs Excellences de Berne économisent par de petites bassesses, acceptant à peine de sacrifier 400 chênes et 30 noyers pour construire quelques navires, aux frais de la ville de Nyon et des forges de Vallorbe. Dans les faits, ce n’est qu’à la bataille de Villmergen (Argovie) en 1653, après la guerre des paysans, que les Bernois se décident à construire un semblant de flotte avec deux vrais vaisseaux de guerre « Le Grand » et le « Petit Ours », de chacun 20 mètres de long et aux multiples dorures. Ils ne seront toutefois terminés qu’à la paix instaurée en Europe. Les galères seront converties pour le commerce du bois et du vin, toujours avec leurs sculptures d’or.
A Genève, on reste encore méfiant, en lançant un nouveau vaisseau amiral, magnifique frégate à trois mâts, orgueilleusement baptisée « Le Soleil », capable d’embarquer cent matelots et officiers, dont un chirurgien et un pasteur. C’était en 1678. En vérité, il n’y a pas eu de grandes batailles ni de massacres sur le plus grand lac intérieur d’Europe.
L’invasion bernoise du Pays de Vaud du XVIe siècle (le major Davel est décapité en 1723) fera réapparaître une dernière fois une flotte de guerre.

Un millier de Suisses condamnés aux
galères royales en 200 ans, sous Louis XIV et XV

Des Suisses aux galères? « Doux Jésus », est-ce possible! Apprend-on dans nos manuels scolaires qu’il y eut près de mille Suisses aux galères du Roi de France, entre l’année de L’Escalade et celle de la Révolution française? Comme en de nombreux pays, l’Histoire officielle est peuplée de héros prestigieux, laissant une maigre place aux « petits », aux insignifiants.

Vous vous appelez Privat, Revel, Müller, Perrin, Mathey, Zimmermann ou Jaggi? Vous avez peut-être un parent qui a subi les fers des galères royales, entre 1601 et 1793, alors qu’officiellement, le Corps des galères devait disparaître en 1748, avant la Révolution française.
Arbitrairement et au hasard, prenons dans les archives officielles, les noms de « Affolter, Joseph, originaire de Daredingue (jugé) à Salure (pour) avoir, à l’entrée de la nuit, maltraité un homme sur le grand chemin (condamné à) 3 ans (de galère); – Alpin, Pierre, Genève, Conseil de guerre, désertion, à vie ; – Bally, Pierre François, de mauvaise vie, ayant pour cela pris trois écus, 9 ans ;…- Voilà ce que révèlent de l’organisation des galères, les registres de la chiourme.

Les registres racontent encore que la jacquerie des 2’000 paysans derrière le Gruyérien Pierre-Nicolas Chenaux qui ébranla l’oligarchie fribourgeoise en 1781, se termina aux galères pour certains responsables. Le Club suisse de Paris, formé de démocrates humanistes, influença Robespierre, Mirabeau et l’Abbé Grégoire pour faire sortir ces Fribourgeois des galères. L’un d’eux déclara « s’il se trouve dans nos galères quelques Suisses … qui n’y sont que pour des raisons d’Etat, (ils) doivent certainement recouvrer leur liberté. »

Si, durant l’Ancien Régime (période jusqu’à la Révolution française) près de 60’000 hommes ont été condamnés en France (38’000 sous Louis XIV et 22’000 avec Louis XV), 933 Suisses ont été jugés pour ramer de force. En majorité, de pauvres diables âgés de 13 à 70 ans! C’était le sort le plus infâmant réservé à ceux qui déviaient de certaines prescriptions politiquement correctes, sous le règne de monarques des XVIIe et XVIIIe siècle. En 1690, la France avait 55 galères regroupant 11’000 hommes, dont 2’000 esclaves.

Petit à petit elles furent utilisées seulement comme force d’appoint. Des galères apparurent sur la mer Baltique dans les flottes russes et suédoises du XVIIIe siècle, avec une artillerie tirant par le travers.
Pages noires et honteuses de notre pays, seules certaines facultés de lettres et de théologie romandes que nous avons consultées, seuls quelques travaux discrets y faisaient allusion, lors de recherches sur le sort des Huguenots ou des résistances protestantes. La terrible réputation des bagnes et des galères était justifiée, nombre d’innocents avaient subi les arbitraires de l’Ancien Régime. De nombreux miséreux et vagabonds ont été foudroyés net et définitivement par ces mesures impitoyables. Si les registres des chiourmes confirment que la plupart des jugements portaient sur le vagabondage, l’activité politique, le meurtre, les trafics, les délits aux mœurs, rarement pour des motifs religieux.

Si Benoît Dumas évoque peu, dans son étude, le rôle, les actions bienfaisantes de St Vincent de Paul (1581-1660), Aumônier général des galères dès 1619, on peut songer à Voltaire. Ce dernier, pourtant peu favorable aux protestants, témoigna en faveur du cordonnier Chaumont, je cite: « … (je ne sais) s’il y a des Huguenots aux galères – il y en avait! – envoyez-moi (des détails) de vos martyrs de la sottise … On peut aller au ciel par tant de voies agréables, qu’il est ridicule d’y aller par celle-là … » Ce Chaumont et d’autres galériens, condamnés pour « RPR » (religion prétendument réformée), furent libérés en 1764, suite à l’intervention de notre châtelain de Ferney. Des évasions ont réussi, dont celles de 49 Helvètes. Mais combien ont perdu la vie, suite aux bastonnades administrées à ceux qui étaient repris.

Démunis, de nombreux cantons ne parvenaient pas à nourrir tous leurs concitoyens « improductifs » et non autonomes vagabonds, mendiants, sans-logis, opposants, déserteurs, rebelles, nomades qu’ils soient coupables ou non. Parce que chers et peu sûrs, les pénitenciers faisaient défaut en Suisse face au nombre de vagabonds venus de France et d’Allemagne. On a dit que certains abusaient des « lettres de mendicité », délit punissable. Aux côtés des condamnés Confédérés, on trouvait des Italiens, des Allemands, des Britanniques, des Espagnols, des Polonais et même des Africains, des Asiatiques et des Amérindiens Nord américains.
Dès 1532 ou 1541, l’horrible système de peine appelé « caroline » (du nom de Charles Quint), voulant réformer dans un esprit soi-disant humaniste, consistait en des condamnations atroces: bûcher pour l’inceste ou la fabrication de fausse monnaie; sans que nous puissions voir de rapport entre les deux; la roue pour les empoisonneurs, la noyade ou l’enterrement vivant suite à un infanticide et la décapitation pour l’homme accusé d’avoir rendu une femme stérile. Le prisonnier condamné pour un crime grave jouissait du « privilège » de ne pas succomber à l’une de ces méthodes devant provoquer l’aveu, pouvant « bénéficier de la clémence » des juges pour mourir à petit feu sur des bateaux-prisons ou des galères.

Un tragique fait divers avait poussé les autorités de Zurich à opter pour la solution des galères. En 1543, un vagabond, entré dans une maison, tua le mari en présence de son épouse. Une chasse au vagabond fut organisée. La Diète (le gouvernement) de Baden, cité voisine, suggéra, pour ce délit, la peine la plus redoutée, outre la mort, la condamnation aux galères. Nulle part il n’était question de culpabilité, de droits de la défense, de proportionnalité de la peine (2).

Ce qui explique en partie – sans nullement les justifier – les curieuses et malsaines alliances diplomatiques et militaires que des Etats de la Confédération ont nouées avec des pays étrangers voisins, sous forme de « protectorat ». A Soleure, l’ambassadeur de France proposait en toute officialité, de débarrasser les cantons de leurs personnes indésirables, en les envoyant sur les galères du roi où les bancs de rameurs se vidaient régulièrement, suite aux duretés de leur vie de forçats. La République de Gênes comme celle de Venise, tout comme la Savoie et l’Espagne, prospectaient en Suisse alémanique pour éradiquer les cantons de leurs soi-disant fauteurs de troubles.
La « vermine » – terme expressément utilisé -, « Gesindel » en allemand était aussi formée de soldats des régiments royaux Suisses en France, dont les 41 soldats helvétiques condamnés à 30 ans de galères suite à une révolte du régiment royal de Chateauvieux en 1790.

Selon ces accords, les malheureux étaient expédiés à pied (!), bonnet et habit, fers aux pieds pour les plus condamnés, marqués ensuite souvent au fer rouge, « nourris » d’un peu de viande, fruits secs et ration de vin, bastonnés à la corde, certains ont dû parcourir 1’300 kilomètres, par exemple entre Besançon et Brest, ce qui prenait deux mois, donc environ 20 kilomètres quotidiens… Ils étaient traînés vers les ports de Toulon, Marseille, Rochefort mais également à travers la Savoie, vers Venise ou Gênes.
« Galères, être condamné aux galères », au temps écoulé entre L’Escalade et la Révolution française, l’expression semait une véritable terreur. Totale. Une époque (1601-1793) aux problèmes de vagabondage et d’insécurité, sous le joug et la menace d’un droit pénal totalement arbitraire. « Mesure de débarras » à peine cachée, elle jetait dans les fers et le calvaire un millier de Suisses, marqués, brûlés au fer rouge souvent, surtout petits délinquants, acculés à la criminalité par la dureté de leur siècle. Et c’est sur la base des chiourmes conservés dans les archives des ports de Toulon, Brest, Rochefort que l’auteur Benoît Dumas s’est inspiré pour rédiger sa thèse de doctorat.
Les galères « ordinaires » du XVIIe siècle mesuraient 47 mètres sur 7 de large avec une chiourme formée de 240 rameurs (5 par rame et par banc). Elles disparaîtront, officiellement, des listes de la flotte en 1773.

L’utilisation de condamnés comme rameurs sur les galères royales semble venir de Jacques Coeur au XVe siècle. La peine des galères fut systématiquement appliquée sous l’impulsion de Colbert, avec Louis XIV, puis après 1685 pour éradiquer le protestantisme suite à l’Edit de Fontainebleau. L’Arsenal des Galères se trouvait à Marseille. Les galères devenant le premier système économique pénitentiaire du royaume, avec une période de bagnes flottants. Ainsi une grande partie du vocabulaire de ce qui deviendra le bagne est issu du vocabulaire des galériens. Le mot « bagne » provenant par exemple de l’italien « bagno », nom d’anciens bains publics de Constantinople devenus « prisons d’esclaves ».

(1) En sa période de gloire, la société des Exercices de l’Arquebuse, autour de 1833, fêta glorieusement l’installation du roi Albert Hentsch. Plus tard les princes de Hesse et de Saxe participèrent aux festivités, semblables à celle offerte au résident de France en 1680, avec bataille navale simulée.

(2) Malgré la diffusion d’avancées juridiques spectaculaires antérieures comme l' »HABEAS CORPUS », du latin « que tu aies ton corps », afin de le produire au-devant du tribunal, adopté par le Parlement anglais de 1679, évitant ainsi un arbitraire anonyme ou les saisissantes solutions du Milanais Cesare BECCARIA (1738-1794) avec son lumineux et historique ouvrage « Des délits et des peines », toute première Déclaration des droits de l’homme.

NB: Il n’est pas question pour nous de « salir » la réputation de notre pays, par ce texte. Il a simplement fallu qu’un timide mais audacieux universitaire romand d’une université catholique, plonge dans des archives françaises et suisses, peu exploitées. Que celui-ci rencontre un professeur, directeur d’études, philosophe inspiré, Mario Turchetti, un ancien ambassadeur helvétique à Paris et un éditeur « populaire », pour nous inviter dans l’univers de la chiourme.
Raymond Zoller

Il existe peu de documents sur les galères lémaniques, toutefois, on peut lire, sur la question générale:

•Zysberg, André «Les galériens» (Vie et destin de 60’000 forçats sur les galères de France 1680p-1748), Coll. Points Histoire, Ed. Seuil, Paris, 1987

•Zysberg, André & Burlet, René «Gloire et misère des galères», Ed. Découvertes Gallimard, Paris, 1988

•Castan, Nicole & Zysberg, André «Histoire des galères, bagnes et prisons en France de l’Ancien Régime» (avant 1789), Ed. Privat, 2002

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La Liberté qui est une construction de la réplique d’une galère du XVIIe siècle.
Organisation de croisières sur le Léman:www.galere.ch

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