L’air, l’eau, le sol, la forêt, la tranquillité, le paysage…Autant de ressources qui constituent un capital précieux. Et qui, en Suisse, doivent être exploitées avec modération pour que les générations futures puissent aussi en disposer.

Esquisse générale d’une définition de « ressource naturelle »
Nul doute que la question de la définition de l’expression « ressource naturelle » pose problème. Chacun y voit un objet ou une chose, un instrument, mais il faut plutôt entendre par là, conformément aux dernières recherches scientifiques, un processus relationnel. Certes « ressource » provient du latin surgere « surgir », une re-source étant alors littéralement une deuxième source, ou une nouvelle source. Il n’a pas de ressources s’il n’y a pas d’êtres ou d’organismes vivants pour les créer. La « ressource naturelle » est la relation de services qui se crée au moment ou un actif vivant imbriqué dans l’environnement use d’un élément tiers de cet environnement. La notion de développement durable est fondée en tout et parties sur la notion générique de « ressource naturelle ». Analysé au filtre de la définition moderne de la ressource naturelle, le développement durable exige que les ressources, autrement dit les relations de services en elles-mêmes puissent perdurer le plus longtemps possible. Après, il est simple de comprendre que si l’on casse la relation, en supprimant l’un ou l’autre de ses termes, il n’y aura plus de ressources naturelles par disparition de l’objet. A supprimer l’environnement, on supprime les conditions de vie dans et de la biosphère. A supprimer la vie, on supprime toute idée de ressources puisqu’il n’y aurait plus d’actifs vivants pour créer des relations entre eux-mêmes et l’environnement, autrement dit des ressources naturelles. L’environnement est cette « circonscriptio terrae », version latine selon le grand Robert Estienne du 16ème siècle. Les ressources naturelles en sont le contenu, les ancrages physiques et biochimiques, voire magnétiques entre la vie d’un côté, et l’environnement de l’autre. Alors entre vie, envie et environnement, il n’y a aucune différence.

Economie et environnement, alliance impossible?
Devant ces exigences, l’économie peut-elle travailler de manière judicieuse? Dans quelle mesure l’Etat doit-il jouer un rôle de régulateur? Ces questions ont été au coeur des débats qui ont jalonné la Journée de réflexion de l’OFEV sur la «Gestion du capital environnemental» et à laquelle ont participé le directeur de l’OFEV, M. Bruno Oberle, et des représentants de l’économie et des organisations de protection de l’environnement. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) ouvre de nouvelles pistes dans la politique de l’environnement, en l’orientant davantage sur des principes économiques. Selon cette nouvelle approche, les mesures destinées à protéger les ressources naturelles devront être aménagées de manière à atteindre un optimum économique.

Avis du Directeur de l’OFEV
Le directeur de l’OFEV, M. Bruno Oberle, entend réaliser cet objectif en recherchant, à travers le dialogue avec toutes les parties intéressées, des solutions qui soient efficaces et unanimement acceptables. De par ses activités, l’OFEV apporte une contribution à quatre domaines essentiels pour la société et l’économie: la santé, la sécurité, la diversité naturelle et les outils de production.

Rôle de l’Etat, régulation mais pas économie dirigée
Comme l’a révélé la discussion, les ressources naturelles, le travail et le capital sont les trois facteurs de tout processus de production. Sans régulation par l’État, le capital environnemental ne peut pas être géré. M. Bruno Oberle a comparé la politique de la gestion des ressources à la politique monétaire de la Banque nationale: «Les sociétés organisées selon les principes de l’économie de marché ont besoin d’un cadre réglementaire préalable». On le voit avec la masse monétaire, qui elle aussi est régulée. Comme la plupart des ressources naturelles sont consommées sans limites aujourd’hui et qu’elles sont disponibles à bas prix, elles sont utilisées sans utilité et sans efficacité, estime M. Oberle. Les coûts externes qui en résultent sont à la charge de tous: économie et ménages. L’État doit jouer par conséquent un rôle de régulateur. Il ne s’agit pas pour lui d’appliquer des mesures inspirées des principes de l’économie dirigée. Il doit plutôt accorder la priorité à des systèmes de redistribution conformes aux principes de l’économie de marché. Ce faisant, il doit veiller à ce que les coûts de transaction soient dans tous les cas aussi bas que possible. Cette condition exige des procédures allégées et peut aussi supposer, le cas échéant, «qu’un groupe pollueur détermine lui-même comment il atteindra l’objectif fixé». M. Oberle a cité l’exemple de la loi sur le CO2. Cette loi permet à l’économie d’atteindre les objectifs fixés sans taxe sur le CO2 par des mesures librement consenties. M. Bruno Oberle est convaincu que l’économie aussi a tout à gagner d’une gestion durable des ressources naturelles: «L’économie dépend de la disponibilité des ressources eau, sol, air, forêt, paysage et tranquillité en tant que bases de production, même à l’avenir. Utiliser le capital environnemental avec précaution décharge les entreprises et les ménages des frais externes, favorise l’innovation et fournit des avantages d’implantation». L’OFEV, à lui seul, ne peut cependant pas instaurer une gestion durable des ressources naturelles. L’office entend mener à bien sa tâche en dialoguant avec toutes les parties intéressées. Aux yeux du directeur de l’OFEV, le dialogue représente un instrument important dans la politique de l’environnement: «Il ne faut pas seulement publier, informer et sanctionner, mais il faut aussi être à l’écoute et comprendre les différents groupes d’intérêts». Les journées de réflexion de l’OFEV sur l’économie seront par conséquent poursuivies pour continuer à servir l’échange d’idées.

Nécessité d’une meilleure collaboration entre l’Etat et l’industrie
M. Ulrich Widmer, de l’entreprise zurichoise de matériaux de construction KIBAG, a présenté le point de vue de l’industrie manufacturière. Il connaît bien le sujet puisqu’il a été membre du gouvernement du canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures et aussi directeur de l’Office fédéral du développement territorial. S’il prend part à la journée de l’OFEV, c’est parce que les passerelles entre l’administration et l’économie sont encore trop peu nombreuses. «La plupart des employés de l’État n’ont jamais travaillé dans l’industrie, et vice versa. Dès lors, chacun peine à comprendre les besoins de l’autre; il y a là un déficit social». Selon M. Widmer, la nécessité des mesures de protection de l’environnement ne fait aucun doute pour l’industrie: «C’est la raison pour laquelle, au cours des vingt dernières années, nous avons accompli notre devoir le plus souvent de notre propre chef». Nous sommes fiers d’avoir pu contribuer activement à la protection de l’environnement. À l’inverse, l’industrie et l’artisant voient souvent dans l’Office fédéral de l’environnement une instance qui leur fait obstacle. Pour rapprocher les exigences de la protection de l’environnement de celles de l’industrie, «une meilleure collaboration est absolument indispensable»,conclut M. Widmer. Aux deux parties de répondre!

Un cadre législatif clair pour des investissements sûrs
M. Thomas Vellacott, membre de la direction du WWF Suisse, a salué les efforts de l’OFEV: «Le WWF Suisse mise depuis longtemps sur la collaboration avec des entreprises innovantes, qui s’engagent à préserver durablement les bases de la vie». Il a affirmé que les mécanismes économiques, telles que les taxes d’incitation, représentent souvent le moyen le plus efficace pour atteindre les objectifs de la protection de l’environnement:
«Malheureusement, la Suisse en fait beaucoup trop rarement usage». M. Vellacott estime cependant que les mesures d’économie de marché doivent être vues non pas comme une solution de rechange, mais comme un complément aux réglementations de l’État: «Les entreprises qui pensent à long terme ont besoin d’un cadre législatif clair qui garantisse la sécurité des investissements». À propos de la prise en compte accrue des objectifs de la politique économique par l’OFEV, M. Vellacott déclare: «Cette approche n’a de sens que si les autres offices fédéraux accordent une plus large place aux exigences de la politique de l’environnement».

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Une ressource naturelle n’est pas seulement une relation homme-nature mais concerne tous les actifs vivants en lien avec leur environnement.