Le 28 février 1815, l'empereur déchu a tout préparé et quitte l'île d'Elbe pour Paris. ""Voilà Napoélon qui s’adresse aux Français : «Dans mon exil, j'ai entendu vos plaintes et vos vœux. Voici l'Aigle qui va de clochers en clochers jusqu'à Notre-Dame !» C'est à Golfe-Juan que commence la route Napoléon qui, à travers une succession de sentiers enneigés, le conduit à Grenoble. Le 10 mars, il sera à Bougoin. Cambronne est à l'avant-poste sans rencontrer d'hostilités ni vraiment d'acclamations… Monsieur le comte d'Artois, futur Charles X, semble le seul à pouvoir réagir. Il se décide à partir pour Lyon pour s'opposer au “traitre”. Le 7 mars, non loin de La Mure, à Laffrey, l'Histoire attend de nouveau l'empereur. Il lance : «Soldats du 5e de ligne, reconnaissez-moi. S'il en est un qui veuille tuer son général, son empereur, me voilà !» Suit une clameur générale : «Vive l'empereur !» 
""Napoléon quitte Grenoble dans la soirée du 9 mars et après le souper à Rives, on s'occupe de son arrivée à Bourgoin. L'hôtel du Parc est retenu. Son propriétaire, Antoine Guillerd, admirateur passionné de l'empereur (ses deux fils portaient ses prénoms), lui aménage une pièce spacieuse avec balcon au 1er étage. C'est en fait à 3 heures du matin, le 10 mars, que Napoléon et son escorte apparaîssent au sommet de la rue Pontcottier. L'empereur voyage dans une modeste calèche, accompagné du maréchal Bertrand. Il arrive précédé de ses lanciers polonais et de ses célèbres grenadiers de la Garde, les vieux “grognards” si chers à son cœur.
La veille étant jour de marché, beaucoup de paysans sont restés sur place. L'empereur est attendu, les fenêtres s'allument. Arrivé devant l'hôtel, sa garde lui présente les armes au son du tambour. Malgré la fatigue et la nuit avancée, Napoléon est ému. La première étape de son plan a réussi. Il reste néanmoins vigilant, ayant bien compris qu'il bénéficiait d'un changement de climat. Ce n'est que ce jour-là, alors que l’empereur est en route depuis douze jours, que Louis XVIII réagit. Il envoie des renforts à Lyon. Napoléon s'inquiète, la rumeur court que le comte d'Artois y réunit une armée et se prépare à faire sauter les ponts Morand et de la Guillotière.

Le Nord-Isère sur la “route” également
""De l'hôtel du Parc, l’empereur prescrit à Bertrand de réunir à Miribel le plus grand nombre de bateaux possible. La matinée du 10 mars est consacrée aux réceptions des magistrats de la ville de Bourgoin. Toutefois, le maire, Pamphile de Rosière, décoré de la Légion d'honneur par le comte d'Artois l'année précédente, n'est pas présent. Ce qui lui permettra de bénéficier, quelques mois plus tard, d'une promotion comme sous-préfet de La Tour-du-Pin… Par contre, le préfet Fourrier, auteur d'un rapport malveillant contre Napoléon, avait choisi de se rallier à lui et l'avait retrouvé à Cessieu. Napoléon l’accueillit chaleureusement comme un ancien compagnon de la campagne d'Egypte.
C'est dans l'enthousiasme qu’il quitte Bourgoin en début d'après-midi en direction de Lyon. Les forces royalistes avaient déserté, les ponts n'avaient pas sauté. Napoléon lança à la foule : «Lyonnais, je vous aime !» Trois mois plus tard, ce sera Waterloo et sa deuxième et définitive abdication…
Bien que les premiers obstacles aient été levés à Grenoble, il faut bien admettre que Bourgoin était une étape encore indécise face à la rumeur d'un dernier obstacle à Lyon. Curieusement, les historiens avisés et les états-majors politiques de l'Isère ont décidé que la route Napoléon s'arrêtait à Grenoble. Le Nord-Isère, contrée lointaine, n'était peut-être pas digne de cet itinéraire… 200 ans plus tard, alors que plusieurs commémorations à Laffrey et autour de Grenoble, avec le soutien du Conseil général, célèbrent cet anniversaire (voir Isère Magazine de mars 2015), le souvenir de son passage à Bourgoin s'est effacé, comme si l'histoire locale n'était plus au goût du jour. Il est loin le temps où Fortuné Ramseyer et Pierre Oudot, maires de Bourgoin et de Jallieu, accueillaient en mars 1965 des représentants de différentes associations napoléoniennes…
NB : L'ancien hôtel du Parc a été remplacé en 1987 par un immeuble (résidence Napoléon au 7 rue Robert Belmont). La ferronnerie du balcon serait conservée aux services techniques de la ville. Seule une plaque commémorative, placée en 1995, rappelle cet événement.
Yves Lacour, président des Amis du musée de Bourgoin-Jallieu
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2016-03-11