« Pourquoi l’anglais croit-il à la supériorité des produits anglais, l’américain à la divinité des produits américains, le français à la supériorité des produits étrangers ? Serait-ce le fait d’une plus grande humilité ? Non, mais le français n’est arrogant que pour lui-même ; il est modeste pour tous ses compatriotes ». Ces mots, écrits en 1912 par Odile Barenton, capitaine d’industrie lyonnais, m’ont été confié par François Perrier, président de l’UIMM de l’Ain (union des industries et métiers de la métallurgie), navrés de constater combien ils sont toujours actuels.

Comme vous pouviez le lire dans mon édito du 21 février dernier, je partage son désespoir et espère de tous mes voeux une réelle prise de conscience de mes concitoyens qui permettrait, enfin, d’en finir avec notre problématique de désindustrialisation, et de redonner quelques couleurs à notre économie nationale. Car oui, il n’est pas possible de créer de la valeur sans s’appuyer sur des produits tangibles. D’ailleurs, le recul de notre industrie au profit des services ne s’est-il pas accompagné d’une mutation de notre balance commerciale, de 3 milliards d’excédents en 2002 à 67 milliards de déficit en 2012 ?

Les Français doivent de toute urgence réapprendre à consommer des produits fabriqués sur leur territoire. Si nous ne sommes pas fiers de notre production nationale et n’avons pas envie d’acheter français, comment pourrions nous inciter d’autres pays à le faire ?

Nous aimons notre gastronomie et nos maroquiniers de luxe ? Les secteurs de l’agroalimentaire et du luxe s’inscrivent parmi nos champions de l’exportation (avec l’aéronautique). Il nous faut donc élargir cette équation à d’autres domaines. Une nouvelle fois je partage l’avis de Gérard Perrier qui prédit : « Ce n’est pas d’aides à l’exportation dont nous avons besoin. Il faut surtout nous donner les conditions de faire de bons produits ». Et il ajoute : « L’augmentation continue du coût du travail nous oblige à économiser sur la R&D, à réduire nos investissements. Cela crée un cercle vicieux du déclin ».

Entreprise, Etat et consommateurs doivent se battre côte à côte pour briser ce cercle.