Tourisme : quel sera l’impact de la crise sur les hébergeurs aujourd’hui et demain ?

par | 15 Juil 2020

Dans sa dernière étude, le cabinet G2A Consulting dévoile les prévisions et les attentes des hébergeurs, locaux et nationaux, en montagne. Comment ont-ils anticipé la saison estivale ? Et quelle est leur stratégie pour l’hiver prochain ?

Alors que l’épidémie de Covid-19 a touché de plein fouet le tourisme, d’abord cet hiver avec la fermeture anticipée des stations de ski puis cet été avec le lancement tardif et contraignant (protocole sanitaire oblige) de la saison, les hébergeurs sont toujours sur la réserve, manquant de visibilité. L’enquête réalisée en mai par G2A (*) montre qu’ils prévoient finalement peu de changements en termes d’offre, été comme hiver. En clair, « on poursuit comme avant ».


En dépit du pessimisme ambiant qui régnait en mai, après presque deux mois de confinement et surtout la mise en place de mesures sanitaires contraignantes pour les opérateurs sur ce marché, plus de 80 % des structures d’hébergement interrogées (mono-site et multi-sites confondus) envisageaient une ouverture, même partielle et en mode dégradé, dès le mois de juin. Quant aux dates de fermeture, plus de la moitié projette de fermer leurs établissements entre la fin août et novembre. Tout dépendra de la fréquentation. 


Cet été, les hébergeurs jouent le jeu et font de réels efforts. Pour respecter la distanciation physique, ils multiplient les services : room service, livraison des repas, vente à emporter souvent assurés par des prestataires… Plus important, et très attendues par les vacanciers, l’ensemble des opérateurs (locaux, nationaux et agences immobilières) ont revu leurs conditions générales de vente et d’annulation pour relancer les réservations. 


La crise sanitaire a un impact significatif sur le recrutement et le personnel saisonnier, revus à la baisse, pour alléger les charges. Dans une logique d’ouverture en mode dégradé et de mise en vigueur des mesures sanitaires (qui induisent également des surcoûts), les services à la clientèle ont été réduits et, par ricochet, nécessitent moins de personnel. Juillet s’affiche en demi-teinte, a contrario du mois d’août où on observe déjà un effet de rattrapage.


Pour l’hiver 2020/21, les hébergeurs anticipent un recul de la fréquentation de l’ordre de 25 %, soit deux fois moins que pour la saison estivale… dans la lignée de l’hiver dernier, marqué par la fermeture brutale des stations de ski au 16 mars (Ndlr, elles ont enregistré en moyenne une baisse de 26 % du chiffre d’affaires). En cause, les incertitudes qui pèsent toujours sur la venue des clientèles étrangères liée au Covid-19 et au Brexit (pour les Britanniques). Ces chiffres sont toutefois à interpréter avec précaution dans la mesure où cette étude de G2A a été réalisée mi mai. Toutefois, et plus positif, près de la moitié d’entre eux pensent que le niveau d’activité antérieur devrait être retrouvé à une échéance de 12 mois, et pour 75 % entre 11 et 24 mois (hiver 2021/22).


La situation actuelle et le manque de visibilité ne permettent pas de préparer la saison d’hiver dans des conditions optimales, selon 66 % des opérateurs. Au moment de l’étude, plus de 70 % d’entre eux déclaraient ouvrir, comme d’habitude, en décembre. Pour rassurer les clientèles et les tour-opérateurs français et étrangers, des stations ont pris les devants en mettant en place des labels et certifications « Safe » garantissant un haut niveau de sécurité et d’hygiène sur fond de Covid-19. Globalement, l’offre cet hiver devrait être quasi identique, même si les établissements locaux interrogés semblent plus enclins à rouvrir avec moins de services, alors que les gros hébergeurs prévoient déjà d’en proposer plus. Avec à la clé, plus d’innovations et de nouveautés, notamment par rapport à l’été, pour justement « donner le change » et faire la différence en cette période chahutée.


S’agissant de la prospection, 22 % des opérateurs multi-sites annoncent d’ores et déjà vouloir se recentrer sur les marchés porteurs, par définition émetteurs de skieurs et « connaisseurs du territoires ». Les marchés cibles : la France (en tête, les clientèles de la région Aura et Ile-de-France), la Grande-Bretagne et la Belgique. La principale raison reste la maîtrise des coûts. Cette pression accrue opérée par les gros hébergeurs sur les bassins de chalandise classiques pourrait accentuer la concurrence et desservir les plus petites structures, qui seront de fait plus impactées. 


Cette étude pointe l’insatisfaction des petits hébergeurs (56 %) vis-à-vis des pouvoirs publics dans la gestion de la situation. Plus généralement, tous attendent une vraie implication des acteurs institutionnels et une réflexion plus collective (par corporation et destination)… d’autant que la majorité pense que l’activité touristique au niveau de la destination sera impactée durablement.
Une seconde enquête sur l’activité des hébergeurs sera réalisée par G2A en octobre pour avoir des données plus précises à l’approche de l’hiver.

(*cette enquête en ligne anonyme menée auprès de 537 hébergeurs partenaires de G2A a été réalisée du 12 au 28 mai 2020, au lendemain du déconfinement). Il s’agit à 19 % d’opérateurs multi-sites ou nationaux (Pierre&Vacances, Club Med, Belambra, Interhome, GSI Immobilier…) et à 81 % d’opérateurs mono-site locaux. 

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Par Patricia Rey

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