«Il est important que je dédie ces lignes à ceux qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau, qui ne me laissent pas couler dans l’oubli, le néant et le désespoir.» C’est ainsi qu’Ingrid Betancourt s’adresse à sa famille, à ses proches et à toutes celles et ceux qui luttent pour la libération des milliers d’otages détenus en Colombie dans la lettre qu’elle a écrite à sa mère le 24 octobre dernier en guise de «preuve de vie» exigée par ses geôliers.

Lettres à maman par-delà l’enfer
Ce long et poignant message vient d’être publié avec la lettre que ses deux enfants, Lorenzo et Mélanie, lui ont écrite en retour, dans un petit livre préfacé par Elie Wiesel et qui doit paraître dans une douzaine de langues à travers le monde (Lettres à maman par-delà l’enfer, par Ingrid Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt, Seuil, 2008). Car ce qu’on sait moins, c’est que le 23 février prochain, l’ancienne candidate aux élections présidentielles colombiennes va entrer dans sa sixième année d’errances comme otage des FARC et qu’elle n’est qu’une des 3000 otages, dont 400 enfants, détenus en Colombie. Après quarante ans d’une guerre civile implacable, ce pays détient à la fois le record mondial du plus grand nombre d’otages (plus de 80%) et de la plus longue durée de séquestration, certains otages étant prisonniers depuis plus de dix ans. Des centaines de milliers de Colombiens sont donc victimes, directement ou indirectement, de ces prises d’otages.

Comité de soutien des journalistes
Après une longue négociation pour la libération des trois otages promise par les FARC à la fin 2007, deux d’entre eux, Clara Rojas et Consuelo Gonzalez, ont enfin été rendus à leur famille le 10 janvier dernier. Les efforts des familles, de la société civile doivent se poursuivre, parallèlement aux démarches diplomatiques. Le Club suisse de la presse a décidé d’y apporter sa contribution en lançant un comité de soutien des journalistes suisses et internationaux, tandis qu’une résolution a été déposée au Grand Conseil de Genève par une vingtaine de députés. De leur côté, la France, l’Espagne, la Suisse, et depuis quelques mois le Venezuela, se sont beaucoup investis pour tenter d’obtenir la libération des otages.

La pression ne doit pas se relâcher, estime Fabrice Delloye, l’ancien mari d’Ingrid et père de Lorenzo et Mélanie, car le conflit entre dans une période cruciale et délicate pour la survie des otages. L’arrivée au pouvoir du président Uribe, habile stratège, a coïncidé avec des succès militaires considérables de l’armée colombienne contre la guérilla des FARC. Aux abois, complètement désorganisés et avec leurs communications rompues, les rebelles ne contrôlent plus aussi bien leurs territoires et doivent sans arrêt se déplacer, ce qui aggrave les conditions de détention des otages et les risques de se faire tuer par leurs gardiens lorsqu’ils doivent fuir précipitamment.

Convaincre Uribe
De son côté, le président Uribe, dont la famille est très proche des trafiquants de drogue et des paramilitaires d’extrême-droite opposés à toute négociation, qui fait croire que son père aurait été tué par les FARC alors qu’il a été victime d’un règlement de comptes entre mafieux, sent qu’il tient le couteau par le manche et redouble d’ingéniosité pour faire échouer les tractations en vue de faire libérer les otages.

Le but est donc de maintenir une pression internationale forte, notamment aux Etats-Unis (3 Américains sont aux mains des FARC) en vue de convaincre le président Uribe qu’il est de son intérêt de ménager la vie et si possible d’obtenir la libération des otages, et de tous les otages, pas seulement d’Ingrid Betancourt, qui n’en est que l’emblème le plus connu.

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Ingrid Betancourt est détenue depuis 6 ans dans la jungle colombienne.