L’annécienne a repris les actifs et trois salariés de Mind pour s’affirmer comme bureau d’études. En parallèle, elle s’est dotée d’une ligne de production de masques… dans des conditions rocambolesques !
«Quand on a demandé un premier devis pour l’avion, c’était 18 000 euros. Quinze jours plus tard, début mai, c’était 220 000 ! Du coup, on a préféré le train… » Au début du printemps, alors que la Covid-19 s’installe en Europe, l’ADTP se dit que l’achat de masques pour ses 600 salariés va vite plomber son budget. Elle décide donc d’en fabriquer elle-même. Ça n’a rien d’une lubie : la structure haut-savoyarde opère en sous-traitance industrielle depuis plus d’un demi-siècle et s’y connaît en machines et automatismes aussi bien qu’en collage des matériaux souples.
Elle repère un fournisseur de machines… en Chine, alors que les frontières se ferment partout. Avec le feu vert du ministère des Affaires Étrangères, elle se lance et n’hésite pas à faire réaliser « plus de 150 modifications par rapport à la machine initiale, tout en visioconférence, avec assistant de traduction en ligne », sourit aujourd’hui Édouard Amaral, responsable du développement, un rien plus tendu à l’époque.

Livrée par train depuis la Chine
C’est l’étape transport qui l’a le plus fait trembler. Chine, Russie, Europe… la crainte du douanier trop sourcilleux ou de la mauvaise manipulation ne s’est que doucement estompée au fil des kilomètres de rail. Finalement, la machine à 160 000 euros (plus 300 000 euros en matières) est arrivée, fin juin, juste un peu déréglée par les vibrations. Elle produit maintenant jusqu’à 100 pièces par minute. L’ADTP et les trois collectivités cofinanceuses de l’investissement (Agglomération, Département, Région) sont les premiers débouchés. Le reste va être vendu sur https://www.boutique-adtp.com à partir du 17 août. Une dizaine de salariés ont été transférés sur cette ligne, ce qui permet aussi de combler, en partie, les productions suspendues ou supprimées par ailleurs en raison de la crise sanitaire.

Savoir-faire et réactivité
Le projet a d’emblée été calibré pour être dans les prix du marché d’avant-crise : l’idée est bien d’inscrire l’activité dans le temps. Au-delà, l’opération est aussi brandie comme un étendard par l’association qui oeuvre à l’emploi des personnes en situation de handicap. « C’est un produit d’appel, pour rentrer chez de nouveaux clients en montrant nos savoir-faire et notre réactivité », explique le directeur Bruno Vilain. Dans son viseur, des PME et ETI, pour de la sous-traitance en volumes (mécanique, électronique, emballage, tri, contrôle…), mais aussi des start-up qui se lancent dans la fabrication (accompagnement, industrialisation…). Pour cette nouvelle cible, l’ADTP veut, en plus, ouvrir à la rentrée, sur son site de Cran-Annecy, un espace de coworking dédié à l’élaboration des prototypes. « À terme, nous aimerions devenir un pôle de référence pour les start-up qui oeuvrent autour de la problématique du handicap. » Une ambition… même pas masquée !
Développer « l’esprit » Bureau d’étude

Mind, c’est l’esprit, en anglais. Mais c’était aussi le nom d’une plateforme d’innovation basée à Archamps et née de la collaboration entre collectivités, laboratoires de recherche et entreprises. Pour diverses raisons, l’expérience s’est terminée en liquidation judiciaire, il y a quelques mois. Une déconfiture qu’a opportunément su utiliser – et atténuer, finalement – l’ADTP : elle a repris le matériel high-tech à la barre du tribunal et embauché trois des quatorze ex-salariés Elle a conservé ainsi l’esprit d’innovation, les compétences et le carnet d’adresses, mais sans la marque Mind. « Nous sommes, depuis des années, bureau d’étude pour la mécanique, et nous avions déjà planifié de le devenir également en électronique », explique Bruno Vilain (photo), le directeur, soulignant l’importance de la mécatronique dans l’industrie régionale. Grâce à cette coïncidence de calendrier, l’ADTP a gagné un temps précieux dans sa structuration.
Par Éric Renevier








0 commentaires