Dans l’équipe de Laurent Wauquiez, il porte les dossiers d’environnement, de développement durable, des énergies et des parcs naturels régionaux. Un large portefeuille, dont le vice-président régional Éric Fournier présente la cohérence.

Comment préparez-vous la région Auvergne-Rhône-Alpes à la transition écologique ?

Nous avons adopté en juin 2018 les grandes lignes d’une politique qui couvre de nombreux domaines, depuis l’énergie jusqu’aux déchets en passant par le développement de l’économie circulaire.

En matière énergétique, que peut faire une Région ?

Agir sur l’énergie, schématiquement, c’est produire mieux et consommer moins. Sur le premier volet, notre scénario Auvergne-Rhône-Alpes 2030 liste les potentiels de développement des énergies renouvelables chez nous. Auvergne-Rhône-Alpes est déjà leader dans l’hydroélectricité, mais l’essentiel des sites a déjà été équipé. Il reste des microcentrales à construire et il ne faut pas s’en priver, mais les plus gros potentiels de développement sont plutôt dans le bois-énergie, la méthanisation et le solaire, nos priorités. Les énergies renouvelables pèsent aujourd’hui 19 % de notre mix énergétique. Notre ambition est d’atteindre 40 % en 2030.

C’est tenable ?

Notre trajectoire reste compatible avec le plan voté il y a un an et demi. Les projets de méthanisation et de bois-énergie sortent. Ce sont de vraies filières qu’il s’agit de structurer.

Comment consommer moins ?

C’est l’immense chantier de la rénovation des appartements. La Région a un rôle de chef de file en la matière, et nous devons signer durant ce trimestre une convention pour un déploiement mutualisé d’un service de rénovation en direction des particuliers. L’idée est de proposer un guichet unique permettant de réunir les financements afin de simplifier les parcours. Aujourd’hui, les plateformes territoriales de la rénovation couvrent 55 % de la Région. Notre objectif est d’être à 100 % sous trois ans. Nous agissons également en direction des collectivités. Nous avons créé une société publique locale, Oser, pour les aider à monter leurs projets.

La qualité de l’air devient un sujet sensible. Vous vous en préoccupez ?

Auvergne-Rhône-Alpes est très concerné par le problème avec, d’une part, de grandes agglomérations (Lyon, Grenoble) qui concentrent la pollution et, d’autre part, des situations particulières, dans la vallée de l’Arve ou autour de Valence par exemple. C’est pourquoi j’ai souhaité un traitement global. Nous avons ciblé les cinq plans de protection de l’atmosphère (PPA) de Saint-Étienne, Grenoble, Lyon, Valence et la vallée de l’Arve, mais également quatre zones de PPA étendus avec les agglomérations du Genevois français, d’Annecy, Chambéry et Clermont-Ferrand. Aujourd’hui, huit des neuf conventions avec les territoires et les partenaires sont passées. La dernière, pour le Genevois français, prend plus de temps en raison de son caractère transfrontalier.

« LES ÉNERGIES RENOUVELABLES PÈSENT 19 % DE NOTRE MIX ÉNERGÉTIQUE. NOTRE AMBITION EST D’ATTEINDRE 40 % EN 2030. »

Des conventions… mais aussi des moyens ?

Chaque territoire reçoit 4 millions d’euros pour des actions à réaliser sous trois ans. C’est un effort inédit au niveau national. Nous soutenons également Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air, à hauteur de 10 millions d’euros. Au global, il s’agit d’un plan à 45 millions d’euros.

La préservation de la biodiversité, c’est un sujet pour vous ?

C’est une dimension de notre schéma, bien sûr. Sur les territoires sensibles, il s’agit de mailler tous les acteurs concernés pour mieux mutualiser les efforts. Mais nous n’oublions pas la biodiversité “ordinaire”, en ville par exemple. Là aussi, nous voulons animer la communauté des acteurs. Ce qu’il faudrait, c’est parvenir à une reconnaissance, à l’image des démarches Territoires à énergie positive ou Territoire engagé pour la nature. Ma conviction, c’est qu’il y a de l’argent pour ces sujets, mais qu’il reste insuffisamment mutualisé.

De l’argent, il va également en falloir pour faire face aux enjeux du changement climatique…

Nous lançons des appels à manifestation d’intérêt pour nous mettre en capacité d’aider les territoires dans leur diversité : les problèmes ne sont pas les mêmes dans une ville, une zone de montagne, une zone humide… Nous voulons identifier des territoires pilotes et apprendre à travailler avec eux avant de généraliser. C’est une action forcément transversale. Au plan énergétique par exemple, nous sortons en ce moment une cinquantaine de méthaniseurs chaque année. Cela veut dire, très concrètement, des techniciens pour les faire tourner, et donc des formations à lancer !

Vous venez de voter votre schéma régional de prévention et de gestion des déchets. Que dit-il ?

Nous avons hérité de la compétence de la planification… mais je précise que les autorisations d’installation continuent à être données par les préfets. Nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne avec : l’État, qui doit par exemple fixer des règles fiscales cohérentes ; les territoires, qui doivent être partie prenante ; et les producteurs de déchets. Aujourd’hui, nous enfouissons encore 24 % de nos déchets en Auvergne- Rhône-Alpes, la pire des solutions. Notre objectif est de ramener ce taux à 10-12 %, toujours à l’horizon 2030. De même, nous voulons passer de 54 % à 70 % de déchets ménagers triés. Cela veut dire favoriser le recyclage, mais également réduire la production de déchets. C’est tout le dossier, central pour moi, de l’économie circulaire.

Un dossier plus économique qu’environnemental ?

Je travaille en bonne intelligence avec Annabel André-Laurent sur ces sujets. La Région doit aider à la mise en oeuvre de process d’écoconception, au développement d’une économie de la fonctionnalité. Nous soutenons des projets d’innovation prometteurs, nous stimulons des accords de branche… L’enjeu est considérable : nous estimons que sur dix à douze ans, l’économie circulaire pourrait créer ou relocaliser 30 000 à 40 000 emplois.

Encore une fois, un rôle d’animateur ?

Pas seulement. Oui, il faut mobiliser les industriels, les filières, les formateurs. Oui, il faut travailler en bonne intelligence avec l’État, mais il est également de notre devoir de mettre sur la table des dossiers délicats. Je pense par exemple qu’il y aura assez vite un incinérateur de trop en Haute- Savoie. Il va falloir s’attaquer au problème. Pour autant, je suis effectivement convaincu que le travail en communauté est essentiel sur ces sujets. Le défi écologique impose une action collective et concertée. Ce genre de politique ne peut pas venir d’en haut, elle doit aussi émaner des territoires eux-mêmes. C’est pourquoi nous venons de mettre en place une gouvernance qui combine une organisation régionale – avec un comité de pilotage réunissant l’État, la Région et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) – et un échelon plus local, avec des comités départementaux coprésidés par les préfets et un conseiller régional, afin de faire remonter les informations et les initiatives du terrain.

Un plan suffisant par rapport aux enjeux ?

La tâche est immense. Elle nous impose de rester humbles… et de travailler ensemble, collectivement !


Propos recueillis par Philippe Claret


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord-Isère du 24 janvier 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.