Interview : Hervé Brelaud « Construire l’industrie du futur autour de l’homme »

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Hervé Brelaud, le Vice-Président de NTN-SNR est également le Président de Thésame. La plateforme se définit aujourd’hui comme un think tank autour des problématiques de l’entreprise du futur… donc de ses hommes. Voici son interview.

Thésame lance son projet Thésame 5.0. Marque-t-il une inflexion sensible par rapport au projet de départ ?

C’est le conseil général de Haute- Savoie qui a créé la structure en mars 2000. L’objectif initial était déjà d’aider les entreprises à relever les nouveaux défis auxquels elles étaient confrontées, autour notamment de deux thèmes alors émergents : l’innovation – souvenez-vous, à ce moment-là, ce n’était pas vraiment un sujet ! – et la mécatronique. Puis, au fil des années, les problématiques se sont élargies à celles du management.

Où en est Thésame aujourd’hui ?

La structure touche chaque année quelque 2 500 entreprises. Elle en accompagne plus de 1 000 dans des actions structurantes de plus de trois mois. La moitié de ces entreprises sont situées dans un rayon de cent kilomètres autour d’Annecy, mais le “terrain de jeu” de Thésame, c’est d’ores et déjà Auvergne-Rhône-Alpes. Près de vingt ans après, le contexte a changé… L’environnement institutionnel a évolué avec la loi NOTRe, qui transférait la compétence économique aux Régions. Il y a un an, Thésame a dû véritablement négocier un virage de survie. Nous en avons profité pour vérifier que nous nous posions les bonnes questions. Cela a été l’occasion de se réorganiser.

Les axes d’origine ont changé ?

Le thème de l’innovation reste bien sûr d’actualité. En revanche, le concept de mécatronique est en train de se diluer dans celui de la révolution digitale. Digitaliser, finalement, c’est ajouter des capteurs, recueillir de l’information, mettre en réseau… on retrouve les fondamentaux de la mécatronique. Enfin, nous faisons le pari que l’entreprise du futur sera avant tout centrée sur l’humain.

Les problématiques humaines, c’est nouveau pour Thésame ?

Non. Les équipes travaillent sur ce thème depuis dix ans, au travers des démarches lean manufacturing, lean office… L’analyse de l’équipe, c’est que l’entreprise affronte deux innovations de rupture : dans le digital, et dans les modes de management. Pour Thésame, le lean a toujours été un enjeu humain plus que simplement des outils à mettre en oeuvre. L’industrie du futur, ce n’est pas l’usine connecté. C’est une industrie basée sur le talent humain dans l’entreprise.

Un an après, où en est Thésame ?

L’agence régionale a été créée et son challenge est celui d’arriver à irriguer tout ce vaste territoire comme bras armé de la Région. De notre côté, nous sommes en pleine action sur nos expertises : le chef d’entreprise n’attend pas, et nous devons répondre aux besoins. Nous sommes fiers d’être au bon endroit, avec les bons thèmes.

Thésame est toujours une plateforme haut-savoyarde ?

Cela fait des années que l’audience dépasse largement ce cadre. Il n’est pas question de renier le soutien sans faille du conseil départemental de Haute-Savoie, depuis le début. Pas question non plus de s’éloigner du Grand Annecy, qui accompagne et nourrit la connivence entre l’université et le tissu industriel. Nous menons des dossiers régionaux voire nationaux depuis longtemps et le mouvement devrait s’amplifier, mais nous sommes très attachés à notre ancrage territorial, parce que nous sommes convaincus que nous tenons notre expertise de ce lien unique avec les entreprises. Elles testent nos solutions innovantes, nous irriguons l’écosystème… C’est un cercle vertueux. Nous allons continuer à expérimenter localement, déployer régionalement, benchmarker nationalement.

Ce renforcement de la vocation régionale de Thésame va-t-il entraîner un changement de taille ?

Nous devrons sans doute intégrer de nouvelles compétences dans le digital et le management, mais le but n’est pas de grossir pour grossir. Thésame, c’est vingt personnes, qui se connaissent bien, c’est une structure agile et réactive et nous tenons à le rester. En revanche, nous savons faire appel à des compétences extérieures. Chaque année, Thésame fait travailler quelque 200 experts au plan régional. Nous intensifierons ces relations. Par ailleurs, nous savons qu’une de nos forces est notre réseau : le pôle Mont- Blanc industries, le Cetim-CTDec, Citia à l’échelle départementale ; l’espace numérique, la digital league à l’échelon régional ; le syndicat des machines et technologies de production (Symop), le syndicat des industriels de la mécatronique (Artema) à la maille nationale. Il est crucial de conserver cette masse critique de compétences en local.

Mais pour déployer l’expertise Thésame sur d’autres territoires ?

Il est vrai que la limite du projet est le nombre de kilomètres parcourus (sourire). L’idée est plutôt d’intensifier nos relations avec d’autres réseaux, dans d’autres régions. Nous les aiderions à monter en compétences, un peu dans une logique de franchise.

Nous serons intransigeants sur l’expertise, parce que toutes les sociétés, y compris de petites PME, nous la demande. Nous serons également intransigeants sur l’agilité.

Quel sera votre niveau d’exigence ?

Nous serons intransigeants sur l’expertise, parce que toutes les sociétés, y compris de petites PME, nous la demande. Nous serons également intransigeants sur l’agilité. Pour réussir, dans une entreprise ou dans une structure comme la nôtre, il faut être capable de se reconfigurer très vite. Je crois que la force de Thésame, c’est sa capacité à piloter des programmes complexes, à aborder dans leur globalité les défis de l’entreprise.

Voilà pourquoi Thésame intègre dans ses murs une start-up ?

Il y a dix ans, lorsqu’ils quittaient l’école, les meilleurs partaient dans les grands groupes. Aujourd’hui, ils créent leur propre entreprise. Nous nous devons de suivre de près l’univers des start-up, parce qu’une partie de l’innovation s’y fait. Nous avons signé un partenariat avec French tech in the Alps pour accompagner des start-up à fort potentiel. Nous les confrontons à de grands comptes.

Thésame va monter en compétence sur le digital ?

L’objet, ce n’est pas d’être demain les rois du digital, mais plutôt d’être en mesure d’accompagner les entreprises et leur management confrontées à la révolution du digital. Encore une fois, il faut être capable d’appréhender de façon globale l’entreprise, de l’accompagner globalement dans ses mutations. Innovation, digitalisation, mais également intégration de nouvelles générations… les défis sont partout. Ils sont d’ailleurs même hors les murs : lorsque nous travaillons avec une entreprise, nous nous intéressons à tout son écosystème. La finalité, c’est d’aller vers une organisation qui accueille la complexité et en fait un atout. Il y a une source incroyable d’innovation en dehors des murs…


Propos recueillis par Philippe Claret


Cette interview est parue dans ECO Savoie Mont Blanc du 15 juin 2018. Pour vous abonner, cliquez ici.

1 Comment

  1. Frederique FINITI-BROISIN

    Je salue cette initiative de Thésame d’intégrer des start-ups pour favoriser leur expérimentation vers de grands industriels ; elles ont souvent besoin d’aide pour valider leur proposition de valeur et affiner leur ciblage commercial.

    Réponse

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