Le 16 novembre 2006, Anne Mahrer devenait 1ère citoyenne du canton de Genève en étant élue présidente du Grand Conseil genevois. Son mandat vient de prendre fin. Retour sur une année de présidence.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience à la Présidence du Grand Conseil?
Un bilan très positif au niveau personnel. J’ai pu mesurer l’immense richesse de Genève en rencontrant de nombreuses personnes différentes de tous les milieux… Sur le plan politique, la fonction de Présidente impose de représenter tout le parlement et par là-même un devoir de réserve s’impose. Ce n’est que lors du récent renouvellement du bureau où j’ai pu dire «je laisse là mon devoir de réserve pour retrouver ma liberté d’expression»…

Pour vous, être «vert» aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie?
Cela signifie ce que cela a toujours signifié pour moi. Non seulement dire ce que l’on fait mais surtout faire ce que l’on dit. En tant qu’individu, privilégier l’utilisation des transports publics, faire des économies d’énergie, consommer autrement… J’applique ce que je dis depuis des décennies. Si on ne change pas radicalement notre modèle de société, on va droit dans le mur. Avec les effets perceptibles du réchauffement climatique, pour la 1ère fois, les pays «dits» développés commencent à se demander s’ils ont bien fait de s’orienter dans la voie du développement qui est la leur. C’est tout cela l’écologie «je pense globalement, j’agis localement»… Plus que le discours, c’est l’exemple qui importe.

Qu’est-ce que cela vous a fait d’être la première citoyenne?
Je l’ai vécu comme un privilège et comme une reconnaissance par mes pairs. En tant que première Présidente «verte», c’était aussi une reconnaissance pour mon parti après 21 ans de présence au Grand Conseil.

Que pensez-vous de la séparation des pouvoirs au sein du Canton?
C’est un grand sujet. Il faut rester très vigilant, très attentif. On le voit très bien en tant que présidente. Il faut tout le temps remettre les choses à leur place et éviter le risque que notre parlement ne devienne une simple chambre d’enregistrement. Nous avons rebaptisé le Service du Grand Conseil en Secrétariat Général du Grand Conseil. Le changement de nom n’est pas anodin, c’est un symbole très important. Cela illustre concrètement l’égalité de traitement entre les pouvoirs législatifs et exécutifs.

Quelles sont les valeurs que vous aimeriez transmettre?
Les valeurs sont celles qui se cachent derrière les deux «D» (Développement Durable)… Un environnement digne de ce nom est assuré autant par un développement social qu’économique… A mon avis, il faudrait renouer avec la frugalité. C’est-à-dire, économiser, consommer autrement et innover. De cette manière, c’est toute l’économie qui sera stimulée… L’Allemagne a très bien compris l’intérêt économique de développer les énergies renouvelables et les nouvelles technologies moins polluantes. La Suisse a été pionnière un temps, mais elle s’est assoupie voire endormie…

N’y a t-il pas en Suisse en général et dans les Cantons en particulier trop de «députations»?
C’est lié à notre modèle fédéraliste. Mais le Fédéralisme est lui aussi en train d’évoluer, il y a des choses qui changent. Des communes fusionnent, les collaborations intercantonales se développent, c’est un débat très intéressant.

Une crise d’identité comme en Belgique peut-elle toucher la Suisse?
On dit que les Suisses s’entendent bien parce qu’ils ne se comprennent pas… A Berne, certains parlementaires parlent entre eux en Anglais… Je pense que la crise en Belgique est essentiellement d’ordre économique. Le multiculturalisme en Suisse est une immense richesse qu’il faut comprendre et respecter.

Combien de lois sont d’origines gouvernementales? Parlementaires?
A titre d’illustration concrète, à l’avant-dernière session, c’était presque 50/50. En ce qui concerne l’organisation générale, j’estime qu’il faut revoir les horaires de session. Elles ne sont pas propices à un travail de qualité. Il me semble aussi qu’il y a trop de commissions à Genève: 25, c’est tout de même beaucoup.

Au sein du Grand Conseil et des Commissions, n’y a-t-il pas un risque de surreprésenter sa profession ou son domaine d’activités?
Il existe, c’est le lobby. Et des lobbies, il y en a beaucoup…

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J’ai pu mesurer l’immense richesse de Genève