En caractérologie, aussi bien asiatique qu’occidentale, une loi qui n’avait pas échappé à C. G. Jung édicte que la licence engendre la répression, le laxisme engendre la discipline, et que globalement, tout caractère spécifique établi dans sa valeur excessive contiendra toujours en puissance son exact opposé.

Un des exemples les plus remarquables tient sans doute à la déliquescence qui engendre l’autoritarisme. Ainsi, Jean Calvin a su incarner cette inflexibilité intransigeante précisément née de l’état déliquescent de la société de son temps, ou en tout cas vu comme tel au regard de principes religieux à réformer. Par ailleurs, le grand anthropologue américain E. Hall a bien démontré qu’aucun geste, attitude, comportement, et même structure comportementale ne pouvait être étranger au milieu environnant qui l’entoure, ce qui confirme encore, s’il le fallait, que pour garantir une sorte d’intégrité psychologique innée dans un milieu par exemple aux mœurs dissolues, il convient bien d’augmenter son potentiel de rigueur pour s’affirmer soi-même avec sa propre morale. Jean Calvin n’a pas échappé à cette règle, et en poussant encore un peu plus ces constats, la forme physique même, en particulier ce visage si exceptionnellement étiré sur la verticale, ne pouvait qu’établir une relation étroite entre l’inspiration venue d’en haut à rigoureusement conduire en bas.

L’énergie Saturnienne
Même à la trentaine, les observateurs de l’époque le trouvaient beaucoup plus vieux que son âge, et déjà selon Hippocrate, cette empreinte d’un âge spécifique différent de l’âge vécu polarise le caractère vers ce qu’un vieillard intelligent et résistant comme il l’était sûrement est sensé accomplir dans une lutte farouche pour établir ses propres valeurs et ainsi… se survivre. Que nous dit notre forme humaine quant au vieil âge? D’abord la dessiccation du corps et du visage l’amenuise, en le rendant moins plastique, et cette perte en eau ouvre la sécheresse d’un plus grand ascétisme. Ensuite, la décharnation, qui prépare à l’ultime décarnation léthale, nous ramène à l’essentiel de nous-même, c’est-à-dire aux causes profondes qui nous font naître et mourir, dans lesquelles toutes les voies spirituelles s’épanouissent. Une fois de plus, la caractérologie n’a pas hésité avec l’homéopathie d’ailleurs, à utiliser une typologie dite planétaire (Saint Morand) répartissant l’humanité en des familles énergétiquement inspirées par un flux d’énergie propre à chaque planète. Ainsi Mercure comme le métal «vif argent» implique une exceptionnelle mobilité intellectuelle, Jupiter, immense planète gazeuse, une tendance au faste et à l’expansion administrative, et Saturne, comme le nom l’indique, très excentré par rapport au soleil, ramène à une orientation d’esprit centré sur la causalité des phénomènes, impliquant un temps long, laborieux, réflexif, analytique, pour sonder ce qui nous anime. N’oublions pas que le cycle de Saturne est le plus long avant ceux des planètes lourdes (Neptune ,Uranus et Pluton) …

Une pensée osseuse
Les penseurs même les plus grands, contrairement aux mystiques, durcissent leur vision lorsque l’ossature corporelle, aussi bien dans le visage que dans le reste des formes semble saillir en multiples aspérités et ne donner que peu de liberté aux muscles ou gras de la chair. On tombe bien souvent alors sur un os, comme l’usage populaire qui ne manque pas de sagesse sait si bien le traduire en raccourci. Pas de doute, le destin de cet homme a été en parfaite conformité avec la visibilité, comme on dit maintenant, qu’il a dû donner à voir à ses contemporains déjà par sa singulière esthétique, qui effectivement n’inspirait nulle extase érotique, ou exploration libidineuse. Sans délirer dans des considérations métaphysiques extrapolatives, on ne peut s’empêcher de songer qu’à certaines époques, une personne semble porter tout un destin de transformation d’un petit ou grand peuple, tel Mao-Tse-Toung, Soljenitsyne, Gandhi, De Gaulle, ou Kennedy, qui arrivaient à point nommé avec l’énergie adéquate à modifier un peu la destinée humaine (le prochain: Barack Obama sans doute…).

Les yeux et l’impressionnabilité
Curieusement, les yeux sont morphologiquement contraires à ce corps typiquement saturnien par son côté émacié et ascétique. En effet, dans la peinture de son visage jeune qu’on voit souvent de lui, ils ne manquent pas d’une grande douceur, et leur volume très important par rapport à ce visage très profilé ne peut que révéler une surexposition de sa sensibilité visuelle qui n’a pu que l’obliger à se protéger d’influences perturbatrices. Se trouve ainsi renforcé une intellection puissante qui comme on le sait est une des plus belles armes pour maîtriser durablement un morceau d’humanité ou un autre. De là, à dire, vu une lèvre inférieure non décharnée, que Calvin a dû se réprimer lui-même considérablement en plus de son déterminisme inné, il n’y a qu’un pas. Pour conclure, ces formes longilignes et verticales inspirées par Saturne se complétaient fort bien avec les formes Jupitériennes et beaucoup plus expansives de Luther plus sociophile à l’évidence. Regardons encore quelques-uns de nos conseillers d’États Genevois, ou même des passants rencontrés dans la Vieille Ville de Genève, et l’on verra de temps à autre, encore actuellement, cette structure morphologique passer, ce qui est encore plus frappant à la commémoration du jour de l’Escalade… Par Maxence Brulard

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Portrait de Calvin par Albert Anker, 1859, Exposé au Musée international de la Réforme