« Le travail – un droit de l’Homme »… Cette année, tel est le thème de la Journée internationale du handicap, qui est d’une brûlante actualité en Suisse où les révisions successives de la loi sur l’AI (5e, 6eA et 6eB) ont toutes en commun de vouloir réduire les rentes au profit de la réintégration dans le marché de l’emploi. Si l’intention est louable, les employeurs sont-ils vraiment prêts à ouvrir les portes de leurs entreprises à des personnes handicapées ?La situation de crise actuelle indique clairement que le Conseiller fédéral Didier Burkhalter a été trop optimiste en voulant intégrer 17’000 personnes handicapées dans le marché de travail sans pour autant imposer des mesures contraignantes aux employeurs. Par exemple, la Fédération suisse des sourds (SGB-FSS) constate que lesexcellentes capacités d’innovation et d’adaptation au marché de travail des personnes sourdes et malentendantes sont encore trop souventsous-estimées par les employeurs.

Actuellement, les mesures d’économies visant à assainir l’AI proviennent uniquement des baisses de prestations accordées aux personnes handicapées, sans qu’elles soient associées à des recettes supplémentaires. En outre, il n’existe toujours aucune forme de mesure visant à encourager les employeurs suisses à engager les personnes handicapées. L’économie suisse est effectivement très compétitive : seulement 1% des personnes employées dans les entreprises sont handicapées, contre 2-4% dans nos pays voisins. De plus, seulement8% des entreprises majeures en Suisse emploient des personnes avec un handicap.
A compétences et niveau de diplôme égaux, il est reconnu que les personnes sourdes et malentendantes ont plus de difficultés à trouver un emploi et ont un risque plus élevé de se retrouver au chômage que les personnes entendantes. Preuve en est le taux de chômage de cette catégorie de la population qui est plus élevé que la moyenne suisse puisqu’il se situe à près de 10% contre 3% en moyenne nationale(chiffres de la Haute école de pédagogie curative de Zurich, HfH). Et le durcissement du marché du travail qui s’annonce avec la crise ne va pas améliorer la situation ! En effet, d’après un sondage récent de ProInfirmis, parmi 35 entreprises suisses majeures, seulement 2 ont prévu d’engager plus de personnes handicapées à l’avenir.

Pourtant, la plupart des employeurs ayant engagé une personne sourde ou malentendante se disent enchantés de leur choix et ne le regrettent pas. En effet, les personnes sourdes et malentendantes sont souvent très motivées et concentrées sur leur travail. De plus, grâce à leur acuité visuelle particulièrement développée, elles apportent une diversité qui ne peut qu’enrichir l’entreprise et stimuler l’innovation.Finalement, très peu d’aménagements sont nécessaires pour quel’intégration d’une personne sourde ou malentendante dans une entreprise soit réussie. Ces mesures peuvent comprendre la possibilitéde communiquer par courriel, fax ou SMS, ainsi que d’avoir le droit aux prestations d’un interprète en langue des signes lors de réunions. Mesures d’autant plus faciles à mettre en place que ce n’est pas à l’employeur d’en assumer le coût, mais à l’AI.

Pour ces raisons, la Fédération suisse des sourds (SGB-FSS) tient à encourager les employeurs à faire le pas d’engager des personnes sourdes et malentendantes.Par ailleurs, la SGB-FSS aimerait que la façon qu’ont de nombreux employeurs de juger les personnes handicapées soit modifiée, car elle les empêche de voir la richesse et le potentiel de ces personnes différentes. Les personnes handicapées ont mille idées innovantes, qu’elles partageront volontiers avec les entreprises, les médias, les politiciens et toute la société, à l’occasion de cette Journée du 3 décembre.

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Journée Internationale du Handicap, le 3 décembre.