Une légende chinoise raconte que les dieux avaient organisé un concours entre les douze animaux du calendrier. Alignés sur le rivage d’une rivière, ils devaient la traverser à la nage. L’ordre d’arrivée sur l’autre berge de la rivière devait indiquer leur ordre dans le calendrier. Le buffle était le plus rapide, mais le rat, très rusé, avait aussitôt sauté sur son dos. Lorsque le buffle allait arriver sur la rive, le rat a sauté et est arrivé le premier, suivi du buffle, du tigre, du lapin… D’où l’ordre des animaux dans le calendrier chinois! Le rat, cet animal rusé, autant craint pour les maladies qu’il peut véhiculer que respecté pour son intelligence, sera célébré le 7 février prochain de Beijing à Macao, de Hongkong à Taïwan et dans une grande partie du sud-est asiatique. Il n’y a pas de Nouvel-An sans les pétards traditionnels ou de gigantesques feux d’artifice – une invention chinoise… -, sans les offrandes faites aux «Génies» et les petits papiers rouges avec leurs messages de bons présages.

Le Nouvel-An correspond à ce que les Chinois nomment la Fête de printemps. C’est la fête de famille par excellence, l’occasion pour tous ceux qui travaillent au loin de revenir à la maison. Tous les Chinois ont congé cette semaine-là. On se fait des cadeaux et l’on déguste un bon repas en attendant minuit. Le dîner ne peut commencer que lorsque tous les membres de la famille sont présents autour de la table. Des places sont même réservées à ceux qui œuvrent au loin et ne peuvent rentrer pour le festin familial.

Entre le cochon et le bœuf
Après une année 2007 placée sous le signe du cochon ou «Porc de feu», l’année 2008 sera placée sous le signe symbolique «rat» combiné à l’élément cosmogonique Terre. Ce sera donc l’année du rat de Terre. La diaspora chinoise fêtera l’an 4706 dans le monde entier. Ce «nouvel an du calendrier agricole» suit le calendrier chinois à la fois lunaire et solaire, à la différence du calendrier grégorien. La date du Nouvel-An chinois n’est pas à une date fixe, elle se situe toujours entre le 21 janvier et le 19 février. Les festivités durent 8 jours, auxquels s’ajoutent deux jours de préparation avant l’événement. Les seuls établissements ouverts sont les théâtres et les restaurants. La vie économique du pays reprend le septième jour de la nouvelle année. Le réveillon se termine toujours par la distribution de «l’argent de la chance». Les parents et grands-parents remettent aux enfants des enveloppes rouges contenant de l’argent censé leur porter chance durant toute la nouvelle année. Autrefois, l’argent du Nouvel-An se présentait sous la forme de cent pièces de cuivre liées ensemble. Elles symbolisaient l’espoir de vivre jusqu’à 100 ans…

A une époque où l’espérance de vie ne dépassait guère 40 ans. En un demi-siècle, le Chinois moyen a vu presque doubler sa longévité. De 40 ans à peine, il est passé à plus de 71 ans en 2002. L’espérance de vie s’accroît au fur et à mesure du développement de l’économie chinoise. Et cela décolle à une vitesse vertigineuse. Chaque année, le magazine «Forbes» publie la liste des plus grosses fortunes de la planète. Cette année, au mois de mars, la liste comprenait 746 milliardaires, dont 415 venaient des Etats-Unis et 20 de Chine. En novembre de la même année, le nombre des milliardaires chinois avait passé à 66 et la Chine devenait le deuxième pays comprenant le plus de milliardaire sur la planète. La raison? La bourse de Shanghai a cru de quelque 400 % en l’espace de 18 mois. Avec 17 milliards de dollars (20 milliards de francs), la jeune Yang Huiyan est devenue la première fortune de Chine en moins de temps qu’il ne faut pour dorer un canard laqué. Âgée de 26 ans, la fille d’un promoteur immobilier s’est vue propulsée au sommet de la liste lorsque l’entreprise fondée par son père a été introduite à la bourse de Hong Kong en avril, rendant d’un seul coup cinq personnes milliardaires. Homme discret, son père Yeung Kwok Keung lui a fait don de sa part dans l’entreprise Country Garden Holdings Co. en 2005. Selon les médias chinois, il a été agriculteur puis a travaillé sur des chantiers de construction avant d’édifier sa fortune. Egalement femme la plus riche d’Asie, Yang Huiyan, diplômée de l’Université de l’Ohio, a épousé cette année le fils d’un dirigeant chinois qu’elle avait rencontré lors d’un rendez-vous « en aveugle », rapporte le «China Daily».

Douze terrains de golf côte-à-côte
Autre personnage étonnant: David Chu, un entrepreneur hongkongais ayant fait fortune dans le papier en Chine. Il a construit un empire du golf entre Shenzhen et Hongkong, au sud du pays. Le Mission Hills Golf Club comprend douze terrains côte-à-côte, soit 216 trous concentrés sur une surface de 15 km2: «Mon unique but était de construire le plus grand golf du monde», a expliqué le milliardaire hongkongais à des journalistes suisses invités par Omega pour un tournoi de golf par équipe où 28 équipes nationales sont venues se partager un riche plateau de prix (5 millions de dollars avec 800’000 dollars en cash pour le vainqueur, l’Ecosse en l’occurrence devant les Etats-Unis et la France). En cette année préolympique des JO de Pékin, le golf bénéficie à fond du compte à rebours déclenché à l’approche de la date fatidique du 8 août 2008 à 8 heures du matin, heure de la cérémonie officielle. Le 8 est le chiffre porte-bonheur par excellence.

Souriant, élégant, «occidentalisé», David Chu est incontournable dans les coulisses du sport chinois. On trouve son nom à la vice-présidence de l’Association du football chinois, du tennis et du volleyball. Avec l’aide de Tiger Woods, le Dr Chu s’est entouré de quelques figures légendaires des cinq continents (Jack Nicklaus, Pete Dye, José Maria Olazabal, Ernie Els, Nick Faldo, Zhang Lian-Wei, David Leadbetter, Greg Norman, Jumbo Ozaki, Vijay Singh, Annika Sorenstam et David Duval). Chaque parcours reflète le style de son concepteur et offre au joueur une combinaison unique de difficultés et de gratifications. Le Dr Chu en a profité pour transformer Mission Hills en un gigantesque centre de loisir pour super-riches: 51 courts de tennis, des clubs de spa, des piscines de toutes formes et de toutes tailles, des résidences de luxe, des centres de conférence et deux hôtels cinq étoiles. La grande marque du Swatch Group a investi 72 millions de francs pour créer l’Omega Mission Hills World Cup, une somme largement supérieure à celle investie (15 millions) pour soutenir le projet d’avion solaire de Bertrand Piccard: «Ce n’est pas comparable, relativise Stephen Urquhart, le président d’Omega. Il faut tenir compte du fait que notre sponsoring s’étale sur douze ans et que la Chine représente un formidable potentiel pour l’horlogerie suisse».

L’éclatement de la bulle?
«Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera», avait prédit un certain Napoléon Bonaparte. Le monde a un peu vite oublié que la Chine était le n°1 de l’économie mondiale avant 1820, notamment avec le thé, la soie et les porcelaines. Aujourd’hui des fortunes chinoises colossales se dessinent aussi vite que poussent les gratte-ciel à Shanghai. La Chine est partie pour devenir d’ici vingt ans le n°1 mondial de l’économie. A moins que la bulle n’éclate juste après les Jeux olympique de Beijing en août prochain: «C’est le pire cauchemar des autorités chinoises: une bombe à retardement prête à exploser», commente le professeur Peter Kwong, co-auteur d’un livre sur la communauté chinoise américaine*. Selon le professeur, il y aurait plus de 200 milliardaires en Chine, mais la plupart vont disparaître aussi vite qu’ils ont émergé. Tel un champignon chinois.

Olivier Grivat

* «Chinese America: the Untold Story of America’s Oldest New Community», Agence Global

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La nouvelle année chinoise débute le 7 février pour se terminer le 25 janvier 2009. Près de 2 milliards de Chinois, issus aussi bien de Chine populaire que de la diaspora disséminée sur les autres continents, vont entrer dans l’année du rat de Terre.