La fièvre des Oscars s’est emparée de Hollywood où l’on met la dernière main aux préparatifs de la grande soirée annuelle du 7e art, dominée pour cette 80e édition par des films sanglants et des personnages sombres et torturés.

Un tapis rouge de plusieurs centaines de mètres a été déroulé sur Hollywood Boulevard, tandis qu’un rideau et des reproductions des fameuses statuettes dorées décorent l’entrée du théâtre Kodak, la salle de 3.500 places où la cérémonie va avoir lieu.

Plusieurs artères ont été graduellement fermées à la circulation depuis lundi pour transformer le quartier historique du cinéma américain, au nord-ouest de Los Angeles, en camp retranché protégé par des centaines de policiers.

Contrastant avec le « glamour » associé à ce rendez-vous de la grande famille du cinéma, la sélection de l’Académie des arts et des sciences du cinéma fait cette année la part belle à des oeuvres brutales, des personnages de tueurs et des scénarios effroyables.

« There will be blood » (« Le sang va couler »): le titre de l’un des longs métrages en lice pourrait s’appliquer à la quasi totalité d’une sélection où foisonnent des histoires de meurtres, de vengeances et d’amours maudites.

Après les « Infiltrés » de Scorsese en 2007, « cela va être la deuxième année de suite que des armes vont parler dans le film vainqueur de l’Oscar », prédit à l’AFP Tom O’Neil, un expert de la cérémonie.

Après avoir enlevé tous les prix des syndicats professionnels ces dernières semaines, la fable sanglante « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme » des frères Joel et Ethan Coen est nommée dans huit catégories et fait figure de favorite pour la statuette la plus prestigieuse, celle du meilleur film.

Le non moins violent « There will be blood », chronique de l’ambition d’un magnat du pétrole au début du XXe siècle, a aussi décroché huit sélections, dont l’Oscar du meilleur acteur à l’Anglo-irlandais Daniel Day-Lewis.

Suivent avec sept nominations la tragédie britannique « Reviens-moi » et le thriller « Michael Clayton », porté par George Clooney qui disputera l’Oscar du meilleur acteur à Day-Lewis, Tommy Lee Jones (« Dans la vallée d’Elah »), Viggo Mortensen (« Les promesses de l’ombre ») et Johnny Depp, barbier égorgeant ses clients dans « Sweeney Todd ».

Chez les acteurs, George Clooney, en avocat sur le retour dans « Michael Clayton », disputera l’Oscar à Day-Lewis, Tommy Lee Jones, père accablé par le chagrin (« Dans la vallée d’Elah »), Viggo Mortensen, chauffeur de la mafia russe (« Les promesses de l’ombre ») et Johnny Depp, barbier égorgeant ses clients dans « Sweeney Todd ». Britannique Julie Christie (« Loin d’elle »), de l’Américaine Laura

Marion Cotillard, sélectionnée pour son rôle d’Edith Piaf dans « La môme », pourrait devenir la première Française à obtenir un Oscar de la meilleure actrice depuis Simone Signoret en 1960.

Elle devra triompher de la Linney (« La famille Savage »), de l’Australienne Cate Blanchett (« Elizabeth, l’âge d’or ») et de la jeune Canadienne Ellen Page, dans « Juno ».

Triomphe inattendu au box-office, ce film où une adolescente de 16 ans part à la recherche de parents pour son enfant à naître constitue la seule comédie en lice pour les principaux trophées.

En Bob Dylan dans « I’m not there », Cate Blanchett dispute aussi l’Oscar du second rôle féminin, qu’elle avait déjà remporté en 2005 avec « Aviator », tandis que l’Espagnol Javier Bardem, tueur psychopathe chez les Coen, est cité comme favori pour la statuette du second rôle masculin.

Outre Marion Cotillard, le cinéma français sera représenté par « Persépolis » pour le meilleur film d’animation, alors que « Le scaphandre et le papillon », tourné en français, vaut à l’Américain Julian Schnabel une sélection à l’Oscar du réalisateur.

Cinq ans après sa statuette pour « Bowling for Columbine », le polémiste Michael Moore revient à Hollywood pour « Sicko ». Parmi ses concurrents dans la catégorie du documentaire, trois films évoquent la « guerre contre le terrorisme ».

Enfin, le trophée du meilleur film étranger se décidera entre des oeuvres israélienne, polonaise, russe, kazakhe et autrichienne.

Vingt-quatre catégories sont récompensées par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, dont les 5.829 membres du collège électoral sont tous des professionnels du 7e art.

La cérémonie sera présentée par le comédien Jon Stewart au théâtre Kodak à Hollywood, le quartier historique du cinéma dans le nord-ouest de Los Angeles à partir de 17H30 (lundi 1H30 GMT). Le défilé du tapis rouge pourrait être perturbé par le temps: la météo prévoit des averses et 16°C, une température fraîche pour la saison en Californie. Synonyme de tenues de soirée et de limousines aux vitres fumées, l’événement a failli être gâché par la grève des scénaristes qui a pris fin le 12 février après trois mois de conflit.

img8045.jpg

Un tapis rouge de plusieurs centaines de mètres a été déroulé sur Hollywood Boulevard…