En plus de mettre les nerfs à rude épreuve, le bruit a aussi une facture élevée: il engendre des coûts indirects sous forme de dépenses de santé et de pertes de revenu locatif, qui s’ajoutent aux coûts directs de mise en oeuvre des mesures de lutte contre le bruit. Les trafics routier et ferroviaire constituent la principale source de bruit. Les coûts indirects (ou externes) des nuisances sonores imputables à ces deux types de trafic se chiffrent dans notre pays à près d’un milliard de francs chaque année. Or, seuls 160 millions de francs par an sont dépensés pour des assainissements acoustiques. Ces fonds sont principalement dévolus à la pose d’écrans ou de fenêtres antibruit.
La Suisse participe en 2008 pour la quatrième fois à la «Journée internationale de sensibilisation au bruit».
Cette journée est organisée par le Cercle Bruit, la Société Suisse d’Acoustique, la Ligue suisse contre le bruit et les Médecins en faveur de l’Environnement. Elle est soutenue par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Le coût du bruit
Cette année, la «Journée contre le bruit» du 16 avril est consacrée aux coûts externes du bruit. En effet, le bruit ne fait pas que déranger, il a aussi un coût économique. Ainsi, il peut réduire la valeur de biens immobiliers et occasionner des coûts pour le traitement des problèmes de santé liés au bruit. Il engendre des coûts externes, c’est-à-dire les coûts qui ne sont pas pris en charge par les responsables des nuisances, mais par des tiers, en l’occurrence la collectivité. Les nuisances sonores sont générées par les usagers du trafic, mais ce sont les personnes qui habitent à proximité des voies de circulation qui en subissent les conséquences. Les coûts externes imputables au bruit du trafic routier et ferroviaire sont estimés à 998 millions de francs par an, soit environ 140 francs par habitant – 90% de cette somme revenant à la dépréciation des biens immobiliers et 10% aux dépenses de santé. Ces chiffres ne prennent pas en compte les coûts externes du trafic aérien ou de la volonté d’échapper aux nuisances sonores (pour aller vivre au vert), ni de la perte de performance sur le lieu de travail ou à l’école en raison de difficultés de concentration.

Les appartements exposés au bruit sont moins attrayants
Les appartements exposés au bruit sont moins demandés que des logements comparables situés dans des zones calmes. Cette demande réduite se traduit concrètement par un loyer plus bas. Selon diverses estimations, la valeur d’un appartement décroît de 1 à 1,5% par décibel d’augmentation du bruit. Les premiers concernés sont les logements d’une à trois pièces. Les grands appartements de 4 pièces et plus se situent en général dans des endroits plus calmes. Les pertes de loyer induites par le trafic routier se montent à 770 millions de francs par an. Le trafic ferroviaire occasionne de son côté environ 100 millions de francs par an de pertes de loyer – soit sept fois moins que le trafic routier. Globalement, le bruit du rail et de la route est responsable de pertes de revenu locatif estimées à 874 millions de francs. Ce chiffre n’inclut pas les mesures d’isolation acoustique.
Une étude de l’OFEV a révélé que les locataires de Zurich étaient prêts à débourser chaque mois environ 240 francs de plus de loyer pour jouir d’un surcroît de tranquillité.

Des dépenses de santé en hausse
Les conséquences des nuisances sonores pour la santé et la qualité de vie ne doivent pas être sous estimées.
Le bruit est souvent associé à des troubles auditifs. Mais même de faible intensité, il peut avoir des répercussions sur la santé. A terme, les personnes constamment exposées au bruit tombent malades, car leur organisme se trouve dans un état de stress permanent. Cette exposition prolongée peut provoquer troubles auditifs, hypertension artérielle, infarctus ou troubles du sommeil. Le bruit peut aussi engendrer des problèmes de concentration et des troubles de l’humeur (dépression ou agressivité), car le corps n’a pas la capacité de s’y accoutumer.
Les coûts du bruit pour les maladies liées à l’hypertension artérielle et à l’infarctus sont connus. Le manque de calme se solde par une facture annuelle de 124 millions de francs, la grande majorité des coûts (95%) relevant des coûts immatériels (douleur et souffrance). En revanche, on ne dispose d’aucun chiffre étayé sur l’ampleur des troubles de l’audition, de la concentration, du sommeil et du psychisme.

Un nombre grandissant de routes et de voies ferrées assainies
Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la protection de l’environnement en 1985, 1 milliard de francs a déjà été investi dans l’assainissement de routes, dont trois quarts pour les routes nationales, et le quart restant pour les routes principales et autres routes. Jusqu’à présent, la majeure partie des fonds a été utilisée pour empêcher la propagation du bruit. Pour l’essentiel, des parois antibruit ont été construites, et des routes mises en tunnel. Quant aux dépenses restantes, elles ont servi à financer des mesures de remplacement concernant les bâtiments, comme des fenêtres antibruit. A ce jour, environ un quart des routes suisses ont été assainies.
Grâce aux votes populaires de l’automne 1998 sur la modernisation du rail et le financement des transports publics, la question de la réduction du bruit ferroviaire a pu être prise à bras-le-corps. Au total, 1,8 milliard de francs a ainsi été débloqué. Grâce à l’amélioration du matériel roulant et à la pose de parois et de fenêtres antibruit, quelque 260’000 personnes devraient être soustraites à une exposition excessive au bruit ferroviaire d’ici 2015. A ce jour, la réduction du bruit ferroviaire a coûté près d’1 milliard de francs.

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«Journée internationale contre le bruit», le 16 avril 2008.