Qu’on se le dise, Genève ne s’est pas faite en un jour et ne se fera pas sur un espace délimité. On connaissait la Genève-Ville, la Genève-Canton, la Genève-Agglomération, désormais, il faudra compter sur la Genève-Région… Rien de très juridique, à peine politique, beaucoup économique, énormément géographique. Quels sont les pionniers de cette métropolisation qui échappe peut-être encore à beaucoup? Exemple haut-savoyard avec la Maison de l’Economie Développement à Annemasse.

Chaque territoire détient des trésors à valoriser, des besoins à satisfaire. Et celui qui nous intéresse est riche… La région genevoise s’étend sur le canton de Vaud, l’Ain et la Haute-Savoie, regroupe 204 communes sur 1’900 km2, et propose 394’000 emplois pour 770’000 habitants. La Maison de l’Economie Développement (MED) basée à Annemasse a justement pour mission de remplir ces tâches, côté français, sur tout le pourtour sud du Canton de Genève. Que vous sortiez vers la France par Chancy, par Puplinge ou par Jussy, vous arrivez sur le territoire d’action de la MED qui y tient un rôle clé, au niveau économique, technique et opérationnel. Comme le signale le Président de la MED, Marc Favre, «notre région est tellement atypique qu’il nous fallait un outil atypique».

Maison de l’Economie Développement
Société d’économie mixte créée au début des années nonante par des collectivités publiques et des entreprises privées, la MED est compétente sur son territoire pour tout ce qui concerne les projets de développement, l’audit de territoires, l’aide aux créations et au développement d’entreprises, l’emploi-formation et l’aménagement du territoire. En un mot, avec un budget financé par les Communautés de Communes, la Région Rhône-Alpes et des fonds européens, la MED permet d’améliorer l’environnement économique et la compétitivité du territoire. «Nous sommes le service économique externalisé des collectivités publiques du Genevois Haut-Savoyard» vient préciser la directrice Nathalie Maisonniac. En fait, l’institution anime, conçoit et dessine le futur paysage socio-économique de la zone sud frontalière du Canton. Avec la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences sur son périmètre d’action, elle organise dès aujourd’hui la société de demain et élimine à l’avance tous les risques de blocages et de ruptures. La «Petite Maison dans la Région» est devenue l’un des acteurs majeurs en matière de développement économique à l’échelle de l’espace Franco-Valdo-Genevois et de l’espace du Genevois Haut Savoyard.

Genève internationale
De part et d’autre des frontières du canton, les politiques territoriales se synchronisent et les collectivités s’organisent autour d’une étiquette commune: «Genève internationale». A ne pas confondre donc avec «la Genève internationale», formule bien connue, et qui fait essentiellement référence à l’univers des organisations et sociétés internationales de la ville. Sous ce label, on observe une logique à deux niveaux. D’une part, les acteurs s’unissent au niveau régional pour «représenter» leur territoire et offrir une vitrine commune aux entreprises et investisseurs du monde. D’autre part, ils restent libres de «présenter» les avantages et particularités de leurs espaces respectifs. Manière d’exister par soi-même dans une région très polarisée. Prenons l’exemple du Marché international des professionnels de l’immobilier, le MIPIM à Cannes, qui est le premier forum mondial des professionnels de l’immobilier. L’avenir du marché immobilier mondial s’y dessine en quelques jours. A cette occasion, la région genevoise était représentée sous une identité commune: la «Genève internationale»; et derrière cette étiquette, figuraient les institutions des territoires genevois, vaudois et français. Toutes ont fait la même promotion de leur espace de vie commun sur un stand unique. Cette illustration témoigne parfaitement de cette tendance discrète mais vigoureuse de créer un centre d’accueil unique à l’échelle de la région genevoise toute entière. Un prélude à l’établissement d’une région administrative internationale. Dans cette perspective, la région s’organise à l’avantage de tout un territoire et pas seulement de la région transfrontalière. Et comme l’a dit un jour un homme politique «du sommet du Salève, on voit toute la région genevoise dans son ensemble d’un seul coup d’œil, et comme par magie, ce qu’on ne distingue pas, ce sont les frontières…»

Le dynamisme de Genève est donc, non seulement amorcé de l’intérieur, par les spécificités fiscales suisses, par l’activité bancaire et financière genevoise, par l’univers des organisations internationales… Mais il est aussi désormais conforté de l’extérieur, par toutes les communes françaises voisines qui assument leur position périphérique et qui œuvrent de concert, à leurs manières, dans les limites de leurs compétences légales et de leur capacités financières, au renforcement de la «Genève internationale». Fini le temps de la concurrence malsaine des territoires. Bienvenue à l’harmonie territoriale.

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La région genevoise s’étend sur le canton de Vaud, l’Ain et la Haute-Savoie, regroupe 204 communes sur 1’900 km2, et propose 394’000 emplois pour 770’000 habitants.