La Chambre France-Suisse pour le commerce et l’industrie a organisé ce mardi 14 novembre 2006 dans la salle Saint-Gervais du grand Mandarin Oriental Hôtel du Rhône, avec le soutien du Crédit Agricole Suisse, un déjeuner-débat avec Gilles Marchand, directeur de la TSR. Pour le jeune directeur franco-suisse «Toute l’économie des médias est en cause, c’est donc normal qu’on soit interpellé».

TSR dans le cadre général de SSR SRG
Le directeur de la TSR a pris soin de rappeler que l’ordre juridique audiovisuel est inséré dans l’ordre juridique constitutionnel de la Confédération. En effet, l’article 93 de la Constitution Suisse stipule que «la législation sur la radio et la télévision…relève de la compétence de la Confédération». Ce même article garantit également l’autonomie des médias dans la conception des programmes. Enfin, la nouvelle loi fédérale sur la radio et la télévision LRTV conçue en mars 2006 devrait entrer en vigueur en avril 2007. Elle mettra notamment en œuvre de nouvelles dispositions concernant le financement et le contrôle de la télévision.

TSR: de l’entreprise complexe à l’idée suisse
La TSR a cela de complexe que son fonctionnement structurel suit de manière générale l’organisation décentralisée et confédérée de la Suisse. Pour Gilles Marchand «il est extrêmement compliqué de faire des émissions communes entre régions linguistiques», et rajoute que dans certains cas pour ce genre d’émission interrégionale «l’audience n’est pas au rendez-vous, chaque région ayant sa propre culture audiovisuelle». Pourtant même s’il est difficile d’intéresser chaque communauté à une programmation uniforme, le directeur précise immédiatement que la chose qu’il défend tout particulièrement, c’est «l’idée suisse, autrement dit le principe de solidarité de moyens entre les régions, et notamment en direction des régions minoritaires». Inutile de rappeler que l’unité Suisse est fondée sur la diversité. A ce titre la devise européenne «Unie dans la diversité» convient parfaitement à l’Helvétie. Cette idée suisse a ceci de particulier pour la radio et la télévision qu’elle impose de se mettre d’accord en plusieurs langues sur les clés de péréquation financière entre régions. Par exemple, la Suisse italienne qui représente 4,4% de la population totale, apporte 3,9 % des recettes à la SSR et reçoit près de 22,3 % des moyens alloués. Et le directeur de continuer «le coût de la redevance de 450,35 fr.- est dû en partie à l’effet de la décentralisation linguistique».

TSR: ambition nationale
«Aujourd’hui, on assiste à une atomisation du paysage audiovisuel» s’exclame Gilles Marchand. L’évolution du paysage médiatique ne l’empêche pas lui et toute son équipe de faire progresser toute la chaîne – le plus grand groupe média en Suisse avec un budget de 1 milliard 500 millions de francs – «cela fait 3 ans qu’on progresse» lança-t-il! Mais la tâche n’est pas aisée. Le Directeur doit concilier l’impératif culturel de la diversité suisse à l’ambition nationale de la TSR. La TSR a de grosses structures face à elle, «notre principal concurrent, c’est TF1» avoue le directeur et précise que «les autres TV européennes se moquent complètement des particularismes de la Suisse, de nos différences cantonales, régionales et linguistiques». Allier savamment les impératifs aux désirs, les moyens aux résultats, tel est le destin de la TSR.

Un loup dans la bergerie?
Pour Gilles Marchand «le site internet de la TSR www.tsr.ch ne nuit pas à la télévision. Il y a un effet de chaînage entre nos deux médias…Sur notre site, nous mettons en ligne près de 4 heures de vidéos, ce qui est exceptionnel au niveau européen». La TSR a semble-t-il su construire des passerelles modernes entre ses 52 ans d’existence et les nécessités de l’adaptation aux nouvelles technologies.

TSR: Enjeux du changement
Pour le directeur, le paysage média a tellement changé qu’il n’offre une visibilité maximale qu’à 3 ans…Tout a changé, voire muté. Tant la culture d’entreprise qui n’est plus la même que celle d’il y a 20 ans, que la technique et la pratique de ces techniques autrefois réservée aux seuls professionnels. Les caméramans se demandent s’ils ne devront pas se mettre au journalisme, et les journalistes se demandent s’ils ne devront pas passer une partie de la journée derrière les caméras. En ce qui concerne plus précisément la technique et le mode de distribution «la TSR basculera sur la TNT au mois de juin 2007», mais attention inutile de jeter les râteaux métalliques, il suffira d’y rajouter le capteur pour la télévision numérique terrestre.

L’Avenir
Les choses sont claires et la marge de manœuvre bien définie pour Gilles Marchand: «J’ai une capacité d’investissement de 11 millions par année, je dois imaginer l’avenir de la TSR en sachant dans quoi investir». Finalement le directeur a une vision assez nette et dynamique de l’avenir: rester dans une logique télévisuelle «d’amener des téléspectateurs d’un contenu à un autre contenu» tout en «adaptant la TV aux modes de vie des gens», à l’image de la Corée du Sud (son dernier voyage en date), pays où les gens sont le plus souvent dans les transports en communs, et pays où la programmation télé – d’une parfaite qualité – se visionnera directement sur les téléphones portables. Proximité, modularité, fonctionnalité, accessibilité, adaptabilité, la télé de demain et d’après-demain…

Benjamin Perrier

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Gilles Marchand, directeur de la TSR