Si l’image de l’apprentissage a évolué de manière positive ""ces dernières années, il reste encore du chemin à parcourir pour qu’il s’inscrive totalement comme une “voie de réussite” dans l’esprit du grand public. Consciente des freins qui perdurent, Stéphanie Pernod-Beaudon, vice-présidente LR du Conseil régional en charge de la formation professionnelle, était de passage à Bourgoin-Jallieu mardi 6 septembre. Accueillie par le maire, Vincent Chriqui, Jean-Pierre Girard et Virginie Pfanner, elle s’est d’abord rendue au Centre de Formation des Apprentis du BTP, avant d’enchaîner par l’EFMA.
Jean-Marc Jeandemange, vice-président de l’association des CFA BTP Rhône-Alpes, est également présent. Il insiste : «L’apprentissage n’est plus une voie de garage ! Il faut savoir que 85 % des jeunes qui décrochent un diplôme dans un CFA trouvent du travail dans les six mois.» L’employabilité, c’est bien le défi majeur. à Bourgoin, 500 jeunes apprennent un métier du Bâtiment et des Travaux Public en alternance entre cours théoriques et périodes en entreprise. Au gré d’ateliers modernes et bien équipés, Stéphanie Pernod-Beaudon souligne : «A la Région, nous sommes déterminés à valoriser la formation professionnelle. Apprendre un métier, c’est gagner en liberté. C’est se lever le matin en étant heureux d’aller bosser.» Ce ne sont pas les futurs menuisiers que l’on croise qui diront le contraire. «Un CAP, un bac pro ou un Brevet Professionnel sont des qualifications très recherchées» enchaîne la directrice, Nelly Tirard-Gatel.

Une communication à renforcer, l’orientation à revoir
Pour autant, tout n’est pas rose. La vice-présidente de la Région déplore «l’incapacité qu’a l’Education Nationale à accompagner un jeune fâché avec les études classiques vers un choix positif.» Il y a des progrès en terme d’orientation, mais le “mammouth” est un peu lent à bouger… Stéphanie Pernod-Beaudon poursuit : «En matière de formation professionnelle, les difficultés s’expliquent aussi par le partage de compétence entre la Région et l’Etat, ce qui fait que depuis 20 ans, pas grand chose n’a bougé.» Pour sensibiliser les enseignants, la Région vient d’inviter les profs principaux de 4e et 3e à venir visiter des entreprises, avec l’appui des CCI notamment. L’élue relève : «Un maçon, un électricien ou un menuisier peut très bien créer sa propre boîte !»
Autre piste de réflexion : séduire les parents, leur faire comprendre que se former aux métiers du BTP à la fin de la 3e n’est pas un échec, bien au contraire ! «A Bourgoin-Jallieu, nous avons la fierté de compter plusieurs “meilleurs ouvriers de France” parmi nos jeunes», insiste un formateur. La vice-présidente rejoint Jean-Marc Jeandemange lorsqu’il parle de la nécessité d’accentuer la communication sur les vertus de l’alternance et la plus value qu’apporte l’apprentissage d’un métier manuel. Il faut également être conscient que les CFA évoluent sans cesse. Le CFA BTP de l’Isère vient ainsi de créer une spécialisation “Energies renouvelables.” La vice-présidente du Conseil régional regrette toutefois qu’encore trop de jeunes fassent un choix par défaut ou parce que leurs parents sont déjà du métier. D’où l’importance de réussir l’orientation et de pouvoir “essayer.” L’élue indique : «La Région a ouvert pour la rentrée 500 places de pré-apprentissage à partir de 14 ans. Nous allons voir ce que donne cette expérimentation.»

Des PME réticentes…
Stéphanie Pernod-Beaudon aura beaucoup écouté ce 6 septembre. Plusieurs formateurs lui ont tenu le même discours : «Les PME sont de plus en plus réticentes à signer des contrats d’alternance de trois ans. C’est trop long compte-tenu du manque de visibilité en raison de la crise.» Et puis, prendre un apprenti a un coût, 1 000 euros/mois en moyenne pour un jeune de Terminale. Beaucoup pensent que c’est cher payé en plus de l’investissement que ça demande en matière de formation. L’élue en a pris bonne note, émettant l’idée de renforcer les aides pour les entreprises qui jouent le jeu. Elle prévenait toutefois : «Attention, le rôle de l’apprenti n’est pas de se substituer à un salarié.» Tout est question d’équilibre et de formule “gagnant-gagnant” pour préparer la relève…
Stéphane Perrin 


2017-09-15