Le Grand Conseil a voté un crédit d’étude de 3,5 millions pour la réalisation d’une traversée de la Rade. En votre qualité de chef du département du Territoire, comment réagissez-vous à la relance de ce dossier?
Robert Cramer: «Il est utile de rappeler la chronologie des événements. Le Conseil d’Etat était saisi par le Grand Conseil d’une pétition lancée par le TCS demandant une traversée urbaine de la rade. Cette proposition a fait l’objet d’une étude menée par les services du département du Territoire qui a examiné non seulement plusieurs variantes de traversée urbaine de la rade mais également une possibilité de traversée du lac. Le Conseil d’Etat a retenu cette dernière proposition, considérant que l’ouvrage dont Genève avait besoin c’est celui qui doit accompagner son développement à l’horizon 2040.

Suite à votre élection au Conseil des Etats, vous avez décidé de ne plus piloter un important dossier lié à la mobilité, celui du CEVA, pour le confier à votre collègue Mark Muller.
Mon élection au Conseil des Etats n’a rien changé quant à mon engagement dans le cadre du CEVA. Il a toujours été prévu que, comme Conseiller d’Etat en charge de la mobilité, il m’incombait de défendre ce dossier jusqu’à ce que l’autorisation de construire soit acquise, puis que ce serait à mon collègue Mark Muller, en sa qualité de chef du département constructeur, de piloter le projet. Aujourd’hui, nous sommes dans la situation où l’autorisation de construire devrait être délivrée d’ici la fin du mois de mars. Pour le surplus, je n’ignore pas que certains contestent encore cette réalisation et que des recours pourraient leur permettre, en fonction des décisions des tribunaux, d’empêcher que le chantier ne débute, comme prévu, cette année encore. Cela serait extrêmement regrettable et ne pourrait avoir que pour effet d’accroître les difficultés de la circulation à Genève.

Allez-vous vous battre à Berne en faveur de la réalisation de la 3e voie CFF entre Genève et Lausanne?
Il va de soi que la 3ème voie représente une priorité, ce d’autant que la ligne Genève-Lausanne est l’une des plus utilisées en Suisse. Mais si l’on veut avoir une chance de succès au niveau des Chambres fédérales, on ne peut pas en faire uniquement une affaire Vaud – Genève. Il faut rechercher des alliances avec d’autres cantons qui ont des projets comparables de développement du ferroviaire sur le plateau. Seul un regroupement des cantons défendant ces projets, soit concrètement la réalisation de rail 2000 2ème étape telle qu’elle était initialement prévue, aura une chance de succès. C’est en ce sens que j’œuvre aussi bien dans le cadre des conférences nationales réunissant les conseillers d’Etat en charge des transports qu’en ma qualité de Conseiller aux Etats.

Vous avez toujours défendu une vision de l’agglomération genevoise qui dépasse les frontières. De ce point de vue, une traversée complétant l’autoroute de contournement et rattachée au réseau autoroutier français entre-t-elle dans votre perspective du développement de la région franco-valdo-genevoise?
Le projet de traversée du lac est mentionné dans le cadre du projet d’agglomération franco-valdo-genevois, remis à la Confédération en décembre 2007. Il convient maintenant, par des études complémentaires, d’en évaluer plus précisément les effets sur le développement de la région. Un tel ouvrage sera-t-il de nature à accroître la dispersion de l’habitat, avec les impacts environnementaux que cela peut représenter ou pourra-t-il permettre un développement harmonieux de Genève, en évitant au trafic automobile de pénétrer en ville et en favorisant le développement de l’agglomération urbaine?

Avec l’évolution des véhicules privés peu polluants, pensez-vous que le transport privé s’intègre à nouveau complètement dans le territoire urbain?
A Genève, le trafic routier contribue à hauteur de 44 % aux émissions de CO2, principal gaz responsable du réchauffement climatique, l’essentiel de ces émissions (76 %) provenant des voitures de tourisme. De même, le trafic automobile est la principale cause de la pollution de l’air et de la pollution sonore. Même si on imagine des voitures totalement non polluantes, il n’en demeure pas moins que les routes, particulièrement en milieu urbain, ne sont pas extensibles. Il est donc inéluctable que plus la densité urbaine est grande, plus on se déplace en transports publics, à pied, ou en bicyclette, voire en vélo à assistance électrique qui représentent souvent un substitut adéquat aux scooters!

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Robert Cramer se sent toujours engagé pour une meilleure mobilité dans le Canton