Dans le cadre de l’exposition consacrée à la manufacture de porcelaine de Langenthal, le Musée Ariana a convié cinq céramistes à porter en toute liberté leur regard d’artiste sur cette fabrique, à travers une oeuvre créée pour l’occasion : Müller -b-, Magareta Daepp, Magdalena Gerber, Michèle Rochat, Paul Scott.

En 1990, la céramiste zurichoise Müller -b- (1953) a séjourné durant un mois dans la fabrique bernoise. A cette occasion elle a repris pour mieux les détourner les formes traditionnelles de la manufacture, en particulier les cafetières, qui appartiennent aujourd’hui à un monde révolu (le développement des machines à café a rendu cet ustensile désuet), pour en faire une installation sous le titre « Heisser Kaffee ». L’artiste proposera une vision à plus large échelle ce travail conceptuel.

C’est également sur la forme de la cafetière, en l’occurrence l’élégante cafetière à moka Landi des années 1940 que s’appuie Margareta Daepp (1959). Ici le contenant a disparu, ne reste de ce geste appartenant au passé plus que le contenu, le café odorant qui s’échappe dans une trajectoire parfaite du goulot de la cafetière pour remplir la tasse. C’est ce contenu qui devient objet, tout ce qui l’entoure – le rituel social du café pris en bonne compagnie comme la porcelaine de Langenthal – se sont comme évaporés.

Avec « Dschinn », Magdalena Gerber (1966) questionne de manière politico-poétique la disparition du savoir-faire artistique et artisanal dans la production de porcelaine suisse. Des empilements totémiques de vaisselle de Langenthal sont recouverts d’une mousse de porcelaine Bone China, qui émousse les contours des pièces, rappelant les cargaisons de porcelaine chinoise échouées en mer. Oscillant entre beauté et laideur, « Dschinn » met en relation rigueur industrielle et forme aléatoire dans des sculptures dont s’échappe un nuage transparent– un esprit de bouteille.

Michèle Rochat (1971) travaille depuis plusieurs années sur le décor céramique, tentant, par le biais de différents procédés, de révéler les objets du quotidien en renouvelant leur lecture. Elle prend ici pour point de départ une frise décorative d’un service de Langenthal, qu’elle agrandit de manière démesurée avant de la reproduire sur un lot d’assiettes ; chaque exemplaire est dépositaire d’un fragment décoratif aléatoire qui ne prend sens que dans la juxtaposition de l’ensemble.

L’Anglais Paul Scott (1953) est le seul céramiste étranger du groupe. Pour le Musée Ariana, il réutilise des plats d’un service bleu et blanc de Langenthal déniché au marché aux puces de Genève. Il transfère par décalcomanie sur ces derniers des paysages composés des quatre centrales nucléaires de Suisse : Beznau, Gösgen, Mühleberg et Leibstadt, et d’éléments tirés de gravures anciennes, dans une juxtaposition critique et provocante, mêlant vision idyllique de la Suisse et réalité contemporaine.

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Musée Ariana, du 23 mai 2012 au 25 novembre 2012