La fin de l’été arrivant, les négociations salariales entre patrons et syndicats vont commencer, du moins dans tous les secteurs où des règles conventionnelles les prévoient. Soucieux d’éviter le creux médiatique de juillet et août, l’USS a demandé une hausse généralisée des salaires, arguant de la bonne santé de l’économie suisse et des «hauts salaires» touchés par les dirigeants des grandes sociétés. Travailsuisse a entonné la même chanson en août.

Ces revendications appellent plusieurs remarques. Quand l’économie suisse va bien, il est normal que les employés bénéficient de ses bons résultats. Ce ne peut être toutefois que dans une proportion que la marche prévisible des affaires doit déterminer. Et même si les signaux sont bons, c’est toujours à l’avenir qu’il faut penser. L’important est de faire en sorte que la consommation des fruits ne détruise pas les semences du printemps.

Ensuite, des revendications globales, comme les formulent les syndicats, n’ont guère de sens. La Suisse se caractérise par un éclatement d’entreprises et de branches, essentiellement des PME, sans comparaison avec l’UBS ou Novartis. S’appuyer sur le seul exemple de ces dernières, c’est ni plus ni moins que se couper de la réalité dans laquelle se trouvent la majorité des entreprises. Toutes n’ayant pas une convention collective de travail individuelle ou de branche, la négociation demeure très largement décentralisée, voire isolée, ce qui a toujours été un atout puisque l’on épouse au plus près les contours de l’activité économique. La paix du travail, qui ne se conçoit et ne se conclut que de manière parcellisée, compte au rang des conditions-cadre qui fondent la compétitivité du pays et procède de la stabilité politique générale.

Contrairement à ce qu’écrivait récemment un économiste, les patrons n’ont jamais abandonné leurs prérogatives de négociateurs au profit de ladite paix. Autrement, les revendications syndicales n’auraient qu’une valeur rituelle, ce que les faits démentent. La paix du travail se renouvelle donc en permanence, ce qui est normal, car il en va de ce facteur comme d’autres dans le domaine économique: il n’est pas gravé une fois pour toutes dans le marbre. Et le marbre n’est pas d’une seule couleur dans tout le pays et dans tous les pays.
Enfin, les revendications salariales n’auront guère d’impact sur le secteur public, en particulier lorsqu’il est terriblement endetté comme c’est le cas à Genève, c’est-à-dire sans aucune marge de manoeuvre. Le pire, c’est que l’Etat, par le jeu d’une fiscalité très forte pour la classe moyenne, va largement reprendre ce que l’économie va donner, sans pour autant pouvoir récompenser ses propres employés. Ce qui démontre qu’une gestion parcimonieuse des ressources publiques, au rang desquelles se trouvent les ressources humaines, est le seul moyen de récompenser les fonctionnaires et les employés du secteur privé.