L’attente des premières reconnaissances de son indépendance a commencé pour le Kosovo, tandis que la Russie martèle qu’un Etat indépendant ne saurait être imposé à la Serbie sur son territoire.

La journée de festivités à Pristina s’est achevée par un feu d’artifice. Dans l’après-midi, le parlement avait voté la déclaration d’indépendance et déclaré Etat souverain la République du Kosovo.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissent lundi afin de débattre du sujet. La France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie devraient rapidement reconnaître le Kosovo, de même que les Etats-Unis.

Lors d’une réunion extraordinaire au Conseil de sécurité des Nations unies, les puissances occidentales sont parvenues à s’opposer à la tentative russe d’empêcher l’indépendance du Kosovo, et ont affirmé que l’Otan et l’Union européenne auraient la responsabilité de la stabilité régionale.

Devant le parlement kosovar, le premier ministre Hashim Thaci avait assuré que le Kosovo serait un pays ouvert à « tous ses citoyens », en geste de conciliation avec les 120.000 Serbes de la province.

La Serbie et la Russie ont cependant averti des possibles conséquences de l’indépendance.

« Nous mettrons fermement en garde contre toute tentative de répression au cas où les Serbes du Kosovo décideraient de ne pas se conformer à cette proclamation unilatérale d’indépendance », a déclaré le représentant permanent de Moscou à l’Onu, Vitali Tchourkine.

La communauté serbe du nord du Kosovo, pleinement soutenue par Belgrade, a rejeté la proclamation du nouvel Etat.

Des appels à la manifestation ont été lancés pour lundi à midi (11h00 GMT) dans les villes serbes du Kosovo. Dans la nuit, des témoins ont rapporté qu’un véhicule de l’Onu avait été incendié à Zubin Potok.

Des grenades ont été lancées contre des bâtiments de l’UE et de l’Onu à Mitrovica dans les heures suivant la proclamation.

L’UE divisée
La majorité des membres de l’UE devraient reconnaître le Kosovo et l’épauler par l’envoi de l’Eulex, une force de police et de justice forte de 2.000 hommes qui supervisera la province devenue Etat en remplacement de l’Onu.

L’Union européenne ne présente toutefois pas un front uni, une demi-douzaine de ses membres ne souhaitant pas reconnaître cette indépendance.

« Les événements survenus aujourd’hui marquent la conclusion d’un processus qui a épuisé toutes les possibilités dans la recherche d’une issue négociée », ont déclaré en commun la Belgique, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Croatie, l’Allemagne et les Etats-Unis.

Selon ces pays, tous membres du Conseil de sécurité à l’exception de l’Allemagne, le statu quo était « devenu intenable ».

La Russie a prévenu que la sécession du Kosovo aurait des répercussions dans les régions séparatistes du monde entier. La Chine, qui craint de voir Taïwan encouragée par ce geste, s’est dite « profondément préoccupée » par cet événement.

Pour les Albanais du Kosovo, le point de non-retour est atteint depuis que l’armée serbe a tué plusieurs milliers d’entre eux et contraint à l’exil un million de réfugiés, lors d’une guerre de deux ans contre la guérilla séparatiste de l’UCK.

A l’issue de onze semaines de bombardements de l’Otan en 1999, les soldats serbes se sont retirés du Kosovo, depuis administré par l’Onu et protégé par les soldats de la Kfor.

La nouvelle mission de l’UE devrait toutefois se heurter au même obstacle que celle de l’Onu: la rivière Ibar, au nord de laquelle les Serbes du Kosovo refusent l’autorité des organismes internationaux.

De nombreux analystes discernent à Belgrade un « plan B », destiné à mettre en place une partition de facto, à défaut d’être officielle, du nord de la province.

« Dans la période qui s’ouvre, la Serbie fera office d’Etat dans les zones du Kosovo où les Serbes sont majoritaires », a assuré le ministre serbe du Kosovo, Slobodan Samardzic, à Mitrovica. « Il en sera ainsi, car les Serbes ne reconnaissent qu’un Etat, la Serbie ».

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De nombreux analystes discernent à Belgrade un « plan B ».