Gabriel Barrillier est Secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB) depuis 1980. Député radical au Grand Conseil depuis 2001, l’homme est très attaché au dynamisme de Genève en général et au projet CEVA en particulier. Rencontre avec un politicien tourné vers le consensus.

Parlez-nous de la situation actuelle des métiers du bâtiment à Genève.
Le degré d’activité est satisfaisant sauf dans le génie civil qui souffre particulièrement du retard dans la réalisation d’infrastructures importantes dans les transports et dans la construction de logements. Sans une forte demande pour les travaux d’entretien, de rénovation, de transformation due à l’installation de quartiers généraux d’entreprises multinationales et le développement réjouissant de la place financière et de l’horlogerie de luxe, les carnets de commandes des entreprises seraient moins remplis. A noter que près de 1’000 apprentis sont en formation dans le bâtiment, secteur qui compte à Genève 1’000 artisans et entrepreneurs environ et offrant 12’000 emplois stables et qualifiés.

En ce sens quel est le rôle de la FMB?
Principalement, c’est de rassembler 21 associations de métiers réparties en 3 groupes principaux : le Gros œuvre (maçonnerie, travaux publics, taille de pierre), le Second œuvre (bois, gypserie-peinture, vitrerie et stores, toiture, etc.) et la Métallurgie du bâtiment (métiers techniques, chauffage, ventilation, construction métallique, électricité, ferblanterie, sanitaire et serrurerie). La FMB fait la promotion des métiers auprès des maîtres d’ouvrages publics et privés en matière de soumission d’adjudication, de relève professionnelle et de développement durable. En dépit de l’ouverture des marchés, la FMB est d’avis qu’il y a lieu de favoriser – à offres comparables – les entreprises formatrices, utilisant les matériaux et les techniques de construction respectueux de l’environnement.

Quels sont les effets de l’ouverture des marchés publics sur le secteur du bâtiment à Genève?
Nos entreprises genevoises sont compétitives et dynamiques, elles ont fort bien supporté le choc de cette ouverture.

Mirage ou réalité du marché noir à Genève?
C’est une réalité maîtrisée, parfaitement contrôlée dans le bâtiment grâce au précieux travail des contrôleurs paritaires.

Quels seront les enjeux de demain du secteur du bâtiment?
Incontestablement de participer à la lutte engagée pour économiser les énergies non renouvelables. En effet, le domaine bâti consomme près de 60 % de ces énergies. Les métiers du bâtiment détiennent la clef de la lutte contre les émissions de CO2. C’est à eux qu’il revient d’assainir les bâtiments existants et de construire des immeubles et des installations qui ne consommeront plus que des énergies renouvelables. Les techniques de construction existent et seules les entreprises capables de les maîtriser profiteront de cet énorme potentiel de travail. En fait, la lutte pour les économies d’énergie est une chance unique pour la branche de la construction. Un autre enjeu consistera à mieux intégrer la fonction de production sur les chantiers de façon à améliorer encore la sécurité, la qualité, les délais, tout en maintenant la capacité concurrentielle des entreprises locales.

En quoi le CEVA peut-il solutionner une partie de l’engorgement genevois?
En rapatriant sur le rail une partie des 97 % de pendulaires de Haute-Savoie et de la Vallée d’Arve qui se rendent à Genève en voiture faute d’un moyen de transport public performant et de les conduire au centre de l’agglomération. A terme, le chaînon manquant de 5km entre Cornavin et Annemasse permettra de tisser dans un rayon de 40km un réseau RER tel qu’il existe autour de Zurich par exemple (Sbahn). Ce réseau RER complètera le réseau des trams, bus et trolleybus et constituera une offre de transports publics cohérente. Parallèlement, il s’agira de réaliser une traversée du lac de façon à libérer le centre de l’agglomération du trafic pendulaire d’une rive à l’autre et de fluidifier la circulation individuelle – surtout professionnelle et marchande – au centre ville.

Comment attirer au CEVA les très nombreux pendulaires?
Le réseau RER construit et modernisé à partir du CEVA, permettra aux navettes de circuler selon l’horaire cadencé, d’abord à la ½ heure, puis au ¼ d’heure. Ce système a fait ses preuves en Suisse. C’est une puissante incitation à l’abandon de la voiture, comme le démontrent les exemples de Zurich, Bâle ou Berne. Annemasse ne sera pas la seule gare d’accès. Toutes les gares et haltes prévues, à partir d’Evian, de Chamonix, de la Roche-sur-Foron et Annecy, vont être utilisées pour drainer les pendulaires dans leur propre rayon géographique.

100 ans après le projet initial, peut-on dire que ce maillon manquant sera bientôt comblé?
Oui. Le financement fédéral et cantonal est acquis. La procédure de mise à l’enquête est quasiment terminée. Les autorisations de construire vont tomber au début 2008. L’initiative cantonale déposée par d’irréductibles opposants aux transports publics sera invalidée par le Grand Conseil car tardive et contraire aux accords passés depuis longtemps avec les instances supérieures (Confédération, CFF, etc…). Mais, en cas de retards excessifs dus à des procédures dilatoires, Genève pourrait bien perdre le subventionnement fédéral (550 millions!) et se retrouverait complètement paralysée pour des décennies. Belle façon de «se tirer une balle dans le pied»!

Une grève de la SNCF perturbera-t-elle la liaison Annemasse-Genève?
En principe non car les trains en provenance de la Suisse allant jusqu’à Annemasse dépendront des CFF. Par ailleurs, il est prévu l’achat et la gestion en commun du matériel roulant. Dès lors l’éventualité d’une paralysie de la ligne Cornavin-Annemasse en raison d’une grève en France est peu probable.

Qui êtes-vous Gabriel Barrillier?
Je suis Secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB) depuis 1980, membre de la Chambre des arts et métiers à Berne et du Comité de constructionsuisse à Zurich et je siège au Grand Conseil depuis 2001 dans le groupe radical que je dirige actuellement. J’ajoute que je suis plutôt un politicien et un professionnel tourné vers le consensus comme le montre, par exemple, la pacification à Genève du conflit dans le Gros œuvre de la construction auquel j’ai participé discrètement mais avec conviction. Je suis aussi pour la pacification du dossier des transports puisque je m’engage autant pour la réalisation du CEVA que d’une grande traversée routière du lac, solution que je défends au Grand Conseil. Je ne suis donc pas un intégriste monomaniaque du rail comme on pourrait le croire à tort! L’avenir de la région franco-valdo-genevoise dépend en grande partie de la résolution des problèmes de mobilité et d’aménagement du territoire et je compte bien m’y investir à fond pendant quelques années.

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Gabriel Barrillier, Secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment