La paternité du congé paternité fait couler beaucoup d’encre. En réaction à des articles parus dans la presse, Fabiano Forte, Président du Parti démocrate-chrétien du canton de Genève, vient préciser que le sujet du congé paternité n’est pas nouveau et que le parti qu’il préside avait déposé une motion demandant son instauration à Genève il y a plus de deux ans déjà. Rectification de tir dans la salle des pas perdus.

Est-ce que certains partis vous volent vos idées?
Je ne pense pas qu’on puisse parler de vol d’idées. Je constate seulement que les sujets que nous présentons et que nous avons présentés il y a déjà quelques années sont repris par d’autres partis… Au final c’est positif, car cela signifie qu’à un moment donné ils nous ont rejoints. En revanche, à l’époque où nous avions déposé l’idée du congé paternité, nous n’étions pas forcément suivis. Il est d’ailleurs instructif de noter que les actuels partisans du congé paternité sont ses ennemis d’hier.

La campagne électorale pour le grand conseil cet automne joue-t-il déjà un rôle dans ces péripéties?
Oui, c’est évident. Mais il fallait rétablir la vérité et la réalité des choses. Le congé paternité n’est pas un sujet nouveau, mon parti l’avait déjà proposé.

Pouvez-vous rappeler aux lecteurs la teneur de la motion PDC qui demande l’instauration à Genève d’un congé paternité*?
Grosso modo, dans un premier temps, l’idée était d’instaurer un congé paternité au sein de l’administration cantonale: deux semaines rémunérées avec possibilité de prendre deux semaines supplémentaires non rémunérées dans un délai de deux ans après la naissance d’un enfant. Nous n’avons rien inventé, cette pratique existait déjà chez Swisscom, Swiss Re, UBS, Migros… Pour séduire les entreprises privées désireuses d’instaurer un congé paternité et pour que le financement de ces mesures soient possibles, les sociétés intéressées auraient bénéficié d’allègements fiscaux; par exemple, un allégement de la taxe professionnelle.

Pourquoi un congé paternité?
C’est une mesure familiale pertinente pour Genève et en règle générale pour la société. Elle est en faveur des futurs papas mais aussi des entreprises. Le congé paternité devrait augmenter l’esprit de loyauté du collaborateur envers l’entreprise et devrait créer une motivation supplémentaire chez lui, donc accroître sa productivité. Nous pensons que cela peut être positif pour chacune des parties. C’est également une mesure qui pourrait doper la natalité à Genève et en Suisse.

Quelque part, cette idée n’est pas la vôtre. On l’a trouve notamment dans les pays d’Europe du Nord…
Les pays du nord offrent des avantages sociaux très étendus pour les salariés. Mais pour les financer, la population paie beaucoup plus d’impôts que sous nos latitudes! En France, le congé paternité a été institué et a l’air de bien fonctionner. En Suisse, il faut que nous puissions trouver le meilleur système sans prétériter les entreprises et les employeurs. Il faut donc trouver un mécanisme idéal qui ne chargerait pas les entreprises avec un «impôt» nouveau. Lancer le débat, c’est déjà réfléchir à des solutions.

Que répondez-vous au directeur général de la Fédération des Entreprises Romandes Blaise Matthey qui énonce qu’«il y a vraiment d’autres priorités en ce moment» et sur l’idée d’un congé maternité qui soit ensuite (après huit semaines) utilisable aussi par le conjoint.
Il y a des réactions du côté du monde des entreprises et c’est tant mieux. C’est justement le but, il faut se mettre autour de la table pour en discuter. Cette proposition mérite d’être étudiée et si l’on arrive à trouver une solution dans ce sens, je dis d’ores et déjà pourquoi pas. Maintenant dans l’ordre des priorités, Blaise Matthey a tout à fait raison.

Que voulez-vous dire aux autres partis?
Je me réjouis de leur ralliement aux propositions du PDC.
Propos recueillis par bp

•Motion 1739 déposée le 29 janvier 2007. Mise aux voix, elle a été adoptée et renvoyée au Conseil d’Etat, par 43 oui contre 30 non et 1 abstention. Le PDC attend toujours la réponse du Conseil d’Etat.

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Fabiano Forte, député et président du PDC genevois