C’est une conférence tout à fait exceptionnelle, organisée par le Crédit Suisse ce mercredi 27 septembre, à laquelle 500 leaders de l’économie ont assisté sur le site de Beaulieu, à Lausanne. Gérard Haeberli, Responsable de la Région Suisse Romande et Jean-Paul Darbellay, responsable de la communication, ont mis en place ce rendez-vous, qui a marqué également les 20 ans des conférences « Perspectives » et les 30 ans du Service de presse du Crédit Suisse.

Perspectives plutôt favorables
Tout d’abord, Alois Bischofberger, chef économiste du Crédit Suisse Group, s’est livré au difficile exercice consistant à résumer, en moins d’une heure, l’état du monde économique et ses perspectives pour 2007. Et en plus, à l’intérieur de ce timing serré, de brosser le même tableau pour la Suisse! Exercice réussi, brillant même. Pour résumer, la conjoncture mondiale est plutôt bien orientée, même si du côté des USA, le marché immobilier amorce une baisse sensible. L’inflation et les taux d’intérêts devraient rester à un niveau faible et les bénéfices des entreprises demeurer en hausse, mais ces derniers risquent d’être freinés par la hausse des coûts de production. La période de la politique monétaire ultra expansionniste est révolue, alors que l’offre de capitaux des pays émergents va diminuer fortement. Quant au capital « confiance », les sociétés sont optimistes, bien que les consommateurs ont un moral relativement fragile. Les perspectives de croissance en Europe restent plus fortes que ces dernières années, mais ne présentent pas la robustesse qui s’imposerait. Quant au Japon, les nouvelles sont positives. En conclusion, les perspectives conjoncturelles annoncent un ralentissement, mais il n’y a pas de chute à redouter. Concernant l’avenir économique en Suisse, après deux trimestres de très bonne facture, Alois Bischofberger annonce un futur optimiste, sans tomber toutefois dans l’euphorie. Il a fait mention au tout récent classement du World Economic Forum, qui place la Suisse numéro un en terme de compétitivité. « Cela fait du bien au moral »,a déclaré le conférencier, tout en se gardant de toute autosatisfaction.

En seconde partie, Jean-Paul Darbellay a proposé d’aborder le thème très actuel de « Quels médias demain, pour quoi et pour qui? ». Eric Hoesli, directeur des publications régionales du Groupe Edipresse, Philippe Mottaz, ancien directeur des programmes de la TSR et fondadeur de la société Anyscreen et enfin Thomas Trüb, responsable du développement des nouveaux médias chez Ringier, ont été les trois « pointures » invitées à s’exprimer sur l’avenir des médias.

Edipresse travaille à une nouvelle offre média
Eric Hoesli a brossé un brillant tableau sur l’évolution des nouvelles technologies et des changements qu’ils induisent, notamment en Suisse, et en Romandie en particulier. L’orateur a cité la Tribune de Genève et 24 heures et les défis qui attendent ces deux titres et ses lecteurs. En quelques mots, Eric Hoesli a expliqué que l’information locale et régionale doit être renforcée, que l’offre multimédia doit être rénovée, c’est-à-dire offrir une information en continu, des blogs, des canaux de sorties (loisirs), des « quotidiennes » (cible: l’univers féminin), des infos destinées au monde de la formation (hautes écoles), une encyclopédie et des sujets économiques. Edipresse, qui travaille actuellement sur ces nouveaux projets, annoncera bientôt de nouvelles formules.

« Je vous annonce un nouveau monde! »
Philippe Mottaz annonce, en terme de médias, un nouveau modèle, tout simplement! La personnalisation remplacera la masse, l’actif le passif, la conversation la diffusion, l’intercréativité l’interactivité, le parallèle le linéaire, le nomade le sédentaire. « Et à qui appartient l’avenir? », a-t-il encore lancé, en tapotant sur son clavier et en montrant les multiples possibilités de faire « son marché » dans le domaine des multimédias et les secteurs apparentés. « A ceux qui feront du « sens », et pas seulement du « contenu », à ceux qui prendront des risques et, enfin, l’avenir appartient à ceux qui inventeront des modèles économiques », a répondu Philippe Mottaz à la question qu’il avait lui-même posé.

Ringier: un groupe dans l’action!
Le troisième intervenant est entré en scène, et le mot n’est pas trop fort. Il s’agit de Thomas Trüb. Ses deux prédecesseurs s’étaient contentés d’une console, notamment pour s’appuyer et pour poser leurs notes. Pour l’homme de Ringier, la scène toute entière allait être sa console! Un véritable « Showman », au cours duquel il a commenté la réflexion du groupe sur les médias de demain et l’option somme toute prudente choisie. Avec 120 titres, 26 créés ces 12 derniers mois, dont 6 quotidiens, Ringier semble plutôt actif! En lançant tout récemment Cashdaily, le journal à lire sur Internet, le pas est néanmoins fait et il est à parier que le groupe leader en Suisse ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Si Internet représente une multitude d’opportunités, le marché reste à exploiter. La publicité demeure marginale, les acteurs de l’économie préférant encore les vecteurs tels que la TV ou les journaux papiers, a-t-on encore pu entendre lors de ces exposés.

Avec ces quatre interventions mettant en scène « demain », la conférence « Perspectives » de cette année a véritablement tenu ses promesses. Les invités se réjouissent sans nul doute de retrouver le Crédit Suisse en 2007 dans ce même cadre et pour aborder d’autres sujets passionnants!

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Alois Bischofberger, chef économiste du Crédit Suisse Group