Les banques se montrent toujours plus enthousiastes à l’égard du blockchain. Le bitcoin, qui s’appuie pourtant sur cette chaîne de transactions électroniques transparente, est par contre jugé de manière nettement plus critique. Il y a deux jours, le CEO de JP Morgan Jamie Dimon menait une attaque en règle contre la crypto-monnaie. Quitte à servir quelques bons vieux clichés, comme celui assénant que seules les personnes menant des activités douteuses avaient intérêt à faire des transactions en bitcoin plutôt qu’en dollars. Il reste des reproches plus fondamentaux, comme le fait que le bitcoin ne soit pour l’heure sujet à aucune réglementation, et qu’il ne fonctionne pas du tout de la même manière qu’une monnaie classique. Les fortes fluctuations de la crypto-monnaie au cours de cette année semblent attester de sa nature spéculative. Ne pas être régulé ne signifie pourtant pas ne pas avoir de règles. Le bitcoin obéit à des algorithmes et n’est pas fixé de manière arbitraire.
Les banques suisses adoptent des attitudes divergentes. Les unes offrent le négoce de bitcoins ou de produits financiers basés sur celui-ci. Les autres restent à l’écart, mais sont très intéressées par le potentiel du blockchain.
La montée en importance du bitcoin fait enfin réagir les banquiers. En premier lieu le CEO de JP Morgan Jamie Dimon, qui ressuscite de vieilles polémiques. «Si vous étiez au Venezuela ou en Equateur ou en Corée du Nord, ou si vous êtes un trafiquant de drogue, un assassin ou quelque chose de ce genre, vous préféreriez sans doute le bitcoin aux dollars américains», selon sa déclaration tonitruante. Plus concrètement, il lui paraît hautement suspect que cette monnaie n’obéit à aucun des paramètres normalement fixés par une banque centrale, comme la masse monétaire, ou encore les taux directeurs. Sans même parler du fait que pour l’heure, aucune régulation n’existe visant les cryptomonnaies. Il est même allé jusqu’à qualifier le bitcoin d’«escroquerie, pire que les oignons de tulipes», en allusion à la première crise financière provoquée par la spéculation au 17ème siècle.
Le bitcoin est un élément incontrôlable
Cela ressemble aussi à une stratégie de défense. Car avec le bitcoin, les banques se voient confrontées à un élément difficilement prévisible, qui échappe à leur contrôle, et qui connaît de surcroît de fortes fluctuations. Rien que cette année, le bitcoin a enregistré un plancher face au dollar US de 787,6 le 11 janvier, et un nouveau record historique à 4969,1 le 2 septembre, soit une multiplication par plus de six, pour retomber à 3590! La confiance croissante tout comme l’acceptation grandissante de la technologie sous-jacente, le blockchain, semble à l’origine du mouvement de hausse. La dernière baisse a quant à elle été provoquée par les restrictions annoncées en Chine, BTC China cessant le négoce de toutes les monnaies virtuelles à la fin de ce mois, et la People’s Bank of China interdisant la levée de fonds par des émissions de crypto-monnaies (lire en page 13).
Pour d’autres crypto-monnaies, les sauts de valeur peuvent être encore plus importants, pour autant que leurs cours soient accessibles. Le message de Jamie Dimon s’adresse ainsi officiellement à ses employés (auxquels il interdit strictement de faire des transactions en bitcoins), mais tout autant aux clients qui pourraient vouloir faire des investissements en bitcoins ou d’autres crypto-monnaies.
Scission en deux du bitcoin en août
Ce qui est manifestement possible, apparemment en raison d’un conflit entre miners (ils placent les transactions dans le blockchain et les font valider par le réseau) concernant la taille maximale d’une transaction pouvant être prise en charge, c’est de scinder en deux le bitcoin existant en créant un nouveau ledger/blockchain. Depuis le 1er août, il existe ainsi le Bitcoin Core et le Bitcoin Cash. L’augmentation de capacité que cela engendre, ainsi que la discussion des autres effets de cette mesure (le Bitcoin Cash peine à susciter beaucoup d’intérêt), ont probablement contribué à susciter plus d’attention de la part des banquiers.
Les algorithmes utilisés ne sont pas transparents
Cela met aussi en évidence que le manque de régulation n’est pas synonyme d’absence de toute règle. Au contraire, le bitcoin a recours à des algorithmes complexes. En revanche, le système n’est pas très transparent. Même après l’abandon de l’étalon or par les banques centrales, les cours des devises traditionnelles bougent en fonction de facteurs macro identifiables. Il est nettement moins évident de déterminer les éléments responsables des changements du cours du bitcoin, plus précisément de prédire son évolution. Si ce n’est que les fluctuations récentes soulignent simplement l’importance du rapport entre l’offre (le nombre de bitcoins pouvant être émis, ou «minés», est limité à 21 millions) et la demande. Cela rappelle aussi ses origines dans l’échange d’égal à égal (peer-to-peer), sans conversion dans une autre monnaie.
Plusieurs banques suisses ont des offres bitcoin
Les banques suisses adoptent pour l’heure des attitudes divergentes. C’est probablement la raison pour laquelle l’Association Suisse des Banquiers n’a fait aucune remarque à ce sujet lors de la Journée des banquiers qui s’est tenue hier à Berne (lire en page 3).
Depuis la mi-juillet, en collaboration avec la société luxembourgeoise Bitstamp, Swissquote propose le négoce de bitcoins, précédée de quelques jours par Falcon Private Bank (avec Bitcoin Suisse). Le certificat tracker bitcoin de Vontobel lancé en juillet 2016 a déjà été à plusieurs reprises le produit structuré coté sur SIX le plus échangé. Cornèr Banque lui a emboîté le pas mercredi avec le lancement de deux trackers bitcoin sur OMX Stockholm.
D’autres banques suisses se trouvent beaucoup plus proches de la position du CEO de JP Morgan Jamie Dimon, qui a certes fortement critiqué le bitcoin, mais qui estime en même temps que la technologie sous-jacente, le blockchain, pourrait être utile. Cela semble également être la position des deux grandes banques, UBS préférant faire des tests avec des crypto-monnaies autres que bitcoin.
Christian Affolter
L’Agefi, mercredi 20 septembre 2017

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