L’agression sexuelle ou le viol, très rares, représentent les pires cas de harcèlement. Mais ce phénomène comprend aussi les remarques scabreuses sur l’apparence physique ou sexistes, la présentation de matériel pornographique ou les tentatives d’approche accompagnées de promesses de récompense ou de menaces de représailles.

Sur l’ensemble de leur vie professionnelle, 28% des salariées et 10% des salariés ont été victimes de harcèlement sexuel (respectivement 10% et 4% au cours des douze derniers mois). Les commentaires et plaisanteries dégradants sont les cas le plus souvent cités tant par les hommes que par les femmes.

Viennent ensuite, chez les travailleuses, les regards qui déshabillent, les remarques désobligeantes et les contacts corporels indésirables. Les salariés font de leur côté plus fréquemment face à des coups de fil, lettres ou courriels non souhaités, ainsi qu’à des gestes obscènes ou à des insinuations de nature sexuelle.

Harceleurs masculins
Les auteurs sont dans 64% des cas des hommes, seuls ou à plusieurs, alors que la proportion de femmes n’atteint que 15%. Des groupes composés de personnes des deux sexes sont en cause dans les 20% restants.

Dans plus de la moitié des cas, le comportement importun est l’oeuvre de collègues. Suivent loin derrière, les clients et les patients. Les supérieurs sont plus souvent mis en cause par des femmes (près de 15% des cas) que par des hommes (environ 5%).

Certaines branches, comme l’hôtellerie et la restauration ou l’industrie alimentaire, sont plus frappées que d’autres. Le phénomène concerne en outre davantage les entreprises de plus de 50 employés que celles plus petites.

Mauvais pour l’économie
Appelant à lutter contre le harcèlement au nom du respect de l’autre, le président de la Confédération Pascal Couchepin a également souligné les incidences économiques négatives de ce type de comportement. Le harcèlement démotive les employés, fait augmenter les absences et détériore le climat de travail. Souvent, la seule solution est la démission.

L’employeur peut en outre être condamné à verser au salarié harcelé une indemnité allant jusqu’à six salaires mensuels s’il n’a pas pris les mesures nécessaires. «Tous paient un prix élevé: aussi bien les personnes concernées que les entreprises», a noté Pascal Couchepin.

Pour l’instant, seul un tiers des entreprises ont pris des mesures préventives. Il s’agit pour l’essentiel de grandes sociétés de plus de 500 employés. Il serait souhaitable que les autres suivent, a souligné le chef du Département de l’intérieur.

Via un site internet (www.harcelementsexuel.ch) et des brochures, le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG) et le Secrétariat d’Etat à l’économie incitent les employeurs à agir.

La gamme des mesures est large: information sur ce qu’est le harcèlement, déclaration de principe de la direction prônant une tolérance zéro, indications sur les personnes ou services à qui s’adresser, menaces claires de sanctions, allant jusqu’au licenciement, à l’égard des harceleurs.

Peu de plaintes
Le plus souvent, les victimes se défendent directement oralement ou parlent de l’incident à leur entourage. Le recours à un service interne ou à une aide externe sont assez rares. Seuls près de 100 cas ont été portés devant un office de conciliation ou un tribunal.

«Mais nous ne connaissons pas le nombre de cas réglés au sein des entreprises», a noté Patricia Schulz, directrice du BFEG. Selon elle, le peu de procès s’explique par les craintes de se lancer dans une longue procédure ainsi que par le sentiment de honte de la personne harcelée.

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Les auteurs sont dans 64% des cas des hommes