Un petit chemin dans la campagne genevoise bordé de chênes centenaires. Virage à droite et une petite allée de graviers blancs mène à une magnifique propriété. Nous entrons dans le fief de la famille «de Toledo», une maison construite il y a une soixantaine d’années en lieu et place d’anciens champs de blé. Jean de Toledo, 96 printemps, nous salue de sa fenêtre du premier étage dominant une petite cour intérieure parfaitement calme. Traversant le vestibule nous sommes accueillis sur la terrasse…Immédiatement éblouis par une pelouse d’un vert émeraude qui court à perte de vue.

«Ma mère ne vivait que pour la nature et les fleurs. A Genève, elle avait un mur célèbre en tuf, garni de plantes de rocailles. Elle avait aussi réalisé un jardin près de Sainte-Maxime en France qui avait retenu l’attention du Larousse des Jardins comme jardin type du midi. J’ai un peu hérité de cette passion de ma mère. Je suis très nature».

Cinq hectares de gazon
La vue est sublime, en pleine campagne, face aux Alpes, face au Mont-Blanc. Le parc est magnifiquement vert : cinq hectares de gazon de couleur émeraude. «J’aime par-dessus tout le vert, qui est très reposant» commente notre hôte. Clos par une rangée d’arbres et d’arbustes formant un véritable mur de végétation, le parc est soigné comme le plus beau des greens de golf. Nous faisant embarquer dans sa petite jeep de jardinier, il nous invite à parcourir les petits coins de la propriété. Une serre au milieu d’un petit bois qui sent la bûche fraîchement coupée et les dernières boutures de roses plantées, un jardin où l’on pouvait encore voir les tomates rougir il y a peu, un verger, un petit olivier de Provence arrivé par ici spontanément, un joli figuier, des framboisiers par dizaines au fond du parc, à deux pas d’une immense frontière végétale nous coupant du reste de la civilisation. Plus à droite, nous arrivons près d’une piscine, dessinée dans la verdure, et orientée à l’ouest, entre plusieurs massifs de fleurs et d’arbres. «Le grand architecte-paysagiste Russel Page m’avait conseillé une piscine sans carreau bleu « et dont la teinte varierait avec la lumière et les couleurs du ciel» explique Jean de Toledo.

Russel Page
«Tout ce que vous voyez, c’est soixante ans de travail». Nous sommes étonnés d’apprendre que Jean de Toledo tond lui-même son gazon deux fois par semaine depuis cinquante ans en à peine quatre heures et demie. Impressionnant. Nous l’imaginons détourer ses plans d’arbres et de fleurs avec un enthousiasme inaltéré. Reprenant le précepte de Russel Page qui lui avait dit de faire différents plans, différents massifs, notre hôte avoue que «tous ces plans donnent une impression d’espace qui est merveilleuse. Pour régénérer son bonhomme, il y a tout ici»…

Ginkgo Biloba
Un cyprès sur le côté de la maison signale «qu’il y a une chambre d’ami, tradition espagnole oblige», nous explique Jean de Toledo. Entre plusieurs rosiers parfumés, dont certains travaillés par le spécialiste Gérald Meylan, des citronniers et des orangers, surgit un beau Ginkgo Biloba, l’arbre le plus ancien apparu sur terre avant même les dinosaures. La visite arrive à son terme. Dernière photo en poche, une douce sensation de paix nous envahit. Nous quittons ces lieux uniques, en remerciant Jean de Toledo pour cette charmante rencontre et son accueil chaleureux.

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Jean de Toledo est aujourd’hui âgé de 96 ans.