Communication non verbale: Palette du langage sans parole par le sens du geste, des expressions du visage, du mode de respiration, de la posture animée ou immobile, de la voix, de la morphologie, du genre d’écriture,de la gestion spatiale etc…
C
omme dans toute science humaine, l’amateurisme, les visions intuitives, les conventions traditionnelles, et les conditionnements culturels, religieux ou idéologiques, débouchent inévitablement sur ce que la psychologie contemporaine appelle les projections. Rien de plus dangereux donc que «d’interpréter» un geste, un regard, un soupir, une démarche ou un demi sourire à l’aide de ces seuls artifices spécieux de nos outils à percevoir. Ainsi le langage silencieux est un titre emprunté au grand anthropologue américain Edouard T. Hall qui après Darwin et quelques autres, semble bien l’esprit le plus scientifique qui a fondé d’ailleurs le terme toujours utilisé en américain de «non verbal communication» traduit par la «communication non verbale». Ce trouveur, d’une intelligence spirituelle et intellectuelle prodigieuse, a ouvert la voie, par la connaissance de la diversité des cultures qu’il a rencontrées, aux meilleures bases scientifiques qu’on puisse trouver à ce jour. Ses trouvailles les plus remarquables sont la notion de proxémie, de kinésie, et de synchronisme.

La proxémie
La proxémie est l’étude sémiotique de la position de l’individu dans l’espace, par exemple pour signaler la distance convenable qu’un être humain estime adéquate pour une situation donnée pour communiquer avec un autre, il est établi 4 distances reconnaissables: la distance conférencielle, à partir de 4-5 mètres, qui institue un rapport très formel de communication collective. Avec la distance sociale, qui est celle de 2 personnes se rencontrant dans la rue, et qui restent à distance où ils ont échangé leur poignée de main, c’est-à-dire à peu près celle de deux bras, la marque socio-amicale est marquée mais sans franchir le règne du personnel. Quand il n’y a plus que la distance d’un seul bras, on peut considérer que la distance est personnelle et que les interlocuteurs partagent plus qu’un rapport d’usage de société mais sont prêts à ouvrir leur cœur ou leurs idées personnelles à l’autre. Enfin, la distance intime va de soi, et ne craint pas le frôlement éventuel qui dissout le système territorial que nous conservons de notre héritage animal pour nous inclure l’un près de l’autre. Ainsi, comme le dit Hall, dans une même rencontre, et suivant différentes parties du corps, une vraie danse comportementale entre deux personnes révèle déjà tout un réseau d’émotions et d’informations plus pertinentes que le verbal pour un observateur sagace.

La kinésie
Kinésie signifie *mouvement* à l’origine, et donc, ce n’est pas l’interprétation mais la signification de nos mouvements. En terme médical, on parlera de flexion, d’extension, d’abduction, d’adduction, de rotation, etc… Par exemple, une rotation externe du bras positionne la main comme un outil de réceptivité à ce qui vient et induit donc une ouverture de notre instrument d’action humain privilégié. Ce même bras se trouvant en rotation interne, met la paume de la main à l’intérieur, contre le corps, n’offrant ainsi aucune prise au milieu ambiant à l’extérieur: il impliquera une position de réserve neutre. Une abduction de l’épaule est souvent utilisée pour saluer et correspond à un geste évidemment de transition enpathique entre celui qui fait le geste et à l’intention de qui il est destiné. On comprend dès lors les multiples combinaisons qui peuvent exister entre toutes ces postures, soit immobiles, soit en mouvement. C’est ainsi qu’un mouvement centripète est toujours quelque peu nombriliste, et qu’un mouvement centrifuge est toujours diffuseur. Un certain nombre de lois conditionnées par notre appareil locomoteur humain d’une part, par le fait que nous ayons un dos et une face d’autre part, et qu’enfin six directions cardinales de l’espace nous soient possible, organise une codification naturelle et rigoureuse apte à fonder en *science* une véritable éthique de l’esthétique.

Le synchronisme
Edward Hall raconte dans un de ses livres comment des metteurs en scène américains ont eu l’idée afin que leur film révèle aux spectateurs une entente pas seulement d’acteurs, mais émotionnelle entre deux acteurs, de contrôler leur courbe encéphalographique pendant une relation de communication donnée. A la grande surprise des expérimentateurs, les aiguilles des appareils testeurs fonctionnaient parfois comme s’il y avait un seul cerveau pour les deux acteurs lorsque ceux-ci réagissaient parfaitement en harmonie l’un à l’autre. On a appelé ce mécanisme être en *sync*, ce qu’on traduit souvent en français par être en phase, ou en synchronisme.
Autre ingrédient et non des moindres pour terminer, l’extraordinaire codification des danses sacrées hindoues, qui catalogue un nombre stupéfiant de gestes et d’expressions du visage, qui pour les habitants de l’Inde devient assurément un code de comportement non verbal très fiable, puisque sacralisé et défini pour tous dans une tradition reconnue par tous. Un dernier mot encore, si l’on veut trouver les fondements scientifiques de la CNV, un autre anthropologue et zoologue de talent a laissé son nom dans l’histoire en partant du comportement du singe pour comprendre les nôtres: Desmond Morris.

Interpréter un geste c’est traduire une langue avec ses projections et donc ouvrir la porte de la vision erronée. Un geste ne s’interprète pas, il se signifie, si l’on veut en voir avec éthique et sans flagornerie sa véridicité. Cela s’apprend….

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Par Maxence Brulard, Graphologue/Caracterologue, Dipômé de l’institut International des Recherches Graphologiques, Paris
Expert international en écritures,Membre de la Société des Attachés de Presse.