Chiffres en main, Vincent Chriqui dit ne pas vouloir noircir le tableau. Le maire livre ""toutefois un constat sans détour : «La Ville de Bourgoin-Jallieu n’est pas en faillite, mais la situation financière est pré-occupante.» L’audit commandé sur les finances de la commune à «un cabinet indépendant» fait en effet apparaître une épargne nette en chute libre depuis 2008. L’épargne nette ? C’est l’argent qui reste une fois payé les dépenses de fonctionnement (53 % de frais de personnel) et les anuités d’emprunts. Pour 2014, elle est proche de zéro (645 000 euros), «ce qui réduit d’autant les marges de manoeuvre de la Ville pour investir sans avoir recours à l’emprunt, sachant que le minimum pour entretenir les bâtiments publics et les voiries, c’est 4 millions d’euros.»

L’épargne nette en chute libre
Vincent Chriqui relève : «La majorité précédente n’a pas réellement fait d’efforts de gestion, le désendettement ne s’expliquant que par une hausse de la fiscalité de l’ordre de 10 % en 2009 et des recettes exceptionnelles.» Il cite l’assurance versée suite à l’incendie du théâtre, «qui ne suffira pas à payer un nouvel équipement», ou encore la vente de la gendarmerie, «qui nous prive des loyers dans les années futures.» Olivier Dias, adjoint aux Finances, complète : «Compte-tenu de l’évolution prévisible des dépenses de fonctionnement et du désengagement de l’Etat, l’épargne nette de la Ville serait négative de 2,7 millions d’euros en 2018 si nous ne faisons rien. A ce niveau, c’est la mise sous tutelle du budget communal par la préfecture !»
Pour Vincent Chriqui, l’heure doit donc être à la rigueur budgétaire. Il en profite pour égratigner le gouvernement : «L’Etat est hypocrite. Incapable de mener des réformes structurelles, il fait peser l’essentiel de son plan d’économies sur les collectivités locales. Pour Bourgoin-Jallieu, ça se traduit par une dotation en recul de 300 000 euros cette année. Ensuite, la baisse de cette recette sera de l’ordre de 600 000 euros par an, soit un cumul de 1,7 milllion en moins à l’horizon 2017 !» Le maire fustige également «la réforme imposée des rythmes scolaires, sans aucun financement pérenne, qui va grever le budget communal de 500 000 euros chaque année.»
La municipalité aurait pu explorer la piste d’une augmentation des impôts locaux. Vincent Chriqui s’y refuse : «C’est la solution de facilité.» Son adjoint complète : «Nous avons choisi la rigueur budgétaire dans nos dépenses, pas la rigueur pour les Berjalliens, qui payent déjà assez d’impôts comme ça.»

Le choix de réduire les effectifs, «pas d’augmenter les impôts»
La volonté politique de la majorité de “desserrer l’étau” va donc se traduire par un «considérable effort» d’économies, «l’idée étant de baisser les dépenses de fonctionnement de la commune de l’ordre de 2 millions d’euros à l’horizon 2020 par rapport au scénario de référence», explique Olivier Dias. Soit 350 000 euros chaque année. Ce qui correspond à une quasi-stabilité des dépenses réelles, sachant que les charges de personnel progressent naturellement de l’ordre de 3 % par an (avancement de carrière no-tamment). Vincent Chriqui précisait sur ce point : «Il va falloir jouer avec les départs en retraite, examiner comment garantir le même service avec moins d’employés communaux, réfléchir à des redéploiements du personnel… Il est clair que les effectifs vont diminuer. Nous n’avons pas d’autre choix.» Il annonce que les deux seuls recrutements porteront sur deux policiers municipaux supplémentaires et un chargé de mission “Economie”. Le maire explique : «La sécurité et le développement économique font partie de nos engagements de campagne.»

Le “désengagement” de l’Etat pointé du doigt
Autre piste d’économie : «Voir ce qui est réellement de la compétence de la Ville et ce qui est de la compétence de l’Etat.» Dès la rentrée, le maire et ses adjoints vont donc engager une large revue des programmes afin de définir les actions qui devront être réduites, voire supprimées. «Chaque décision de dépense sera évaluée à l’aune de ce contexte budgétaire extrêmement contraint», annonce Vincent Chriqui. Il va falloir définir des priorités. Les arbitrages ne seront pas simples. Le maire en est conscient. Il anticipe : «L’opposition va nous dire que l’on s’en prend à la qualité du service public… Mais un désengagement à ce niveau de l’Etat, c’est du jamais vu. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les dotations avaient simplement été gelées. Là, elles baissent carrément !»

Quid des investissements ?
S’agissant du niveau d’investissements et des travaux engagés, rien n’est encore tranché à ce jour. Il semble aujourd’hui clair que le plan d’investissement sera lié à la réussite du programme d’économies sur les dépenses de fonctionnement. Olivier Dias confirme : «Plus l’épargne nette sera élevée, plus on aura des marges de manoeuvre pour investir.» Le nouveau parking “promis” durant la campagne ? «Il se fera, nous ne pouvons pas donner de date, mais il se fera», certifie le maire. Le réaménagement du centre-ville et de la rue piétonne en lien avec la CAPI reste également à l’ordre du jour. Ce sera sans doute plus compliqué pour la nouvelle salle de spectacles multimodale. Vincent Chriqui relevait à ce sujet : «Pour cet équipement, ce n’est pas uniquement une question financière. Il s’agit également d’étudier son articulation avec ce qui existe.» Une nouvelle ère placée sous le signe de la rigueur vient de débuter à la mairie…
Stéphane Perrin


2015-06-24