La Caisse unique d’assurance-maladie : un miroir aux alouettes.
Bien sûr, comme disait Brel, il y a la rogne des professions médicales et para-médicales qui en ont assez du traitement que leur infligent les caisses d’assurance-maladie dont les maladresses et les dérives bureaucratiques peuvent laisser songeur. Bien sûr, il y a l’augmentation des primes de l’assurance de base, sorte de rituel aux contours plus ou moins marqués selon les années et la charge qu’elle fait peser sur les revenus, charge pourtant largement atténuée par les subsides dont on ne parle jamais. Bien sûr encore, il y la manière malhabile dont a été conçu le financement de la campagne contre l’initiative en faveur de la caisse unique. Mais cela suffit-il à justifier l’abandon du système actuel? Trois arguments simples devraient permettre de répondre catégoriquement par la négative.

D’abord, l’introduction de la caisse unique, c’est l’instauration d’un monopole d’Etat dans la santé. Plus de concurrence du tout, ni entre les acteurs de la santé, ni entre les caisses. Plus de choix, à terme, pour les assurés. Et plus que vraisemblablement une augmentation de tous les types de coût. Pourquoi, soudainement, oublier que les autres secteurs de la sécurité sociale suisse (AVS, prévoyance professionnelle, assurance-accident, etc.) sont administrés conjointement par le secteur public et le secteur privé, ce qui permet d’avoir les frais d’administration parmi les plus bas du monde, ainsi qu’un véritable service au public.

Ensuite, il y a la face cachée de l’initiative. La caisse unique n’est qu’un prétexte pour instaurer une prime en fonction du revenu. Sans pression concurrentielle, les classes moyennes et supérieures, qui, par leurs impôts et leurs contributions sociales financent déjà l’assurance-maladie, paieront davantage encore. L’expérience à l’étranger l’a montré. Partout où elle est instaurée, la prime en fonction du revenu ne fait qu’augmenter.

Enfin, le système suisse a un mérite indéniable : il fait prendre conscience du prix réel de la santé. Car on peut débattre à l’infini sur le rôle des caisses-maladie, il n’en reste pas moins que les coûts augmentent et que les primes sont le reflet de cette réalité. Plutôt que de voter une initiative trompeuse, qui de l’aveu même des initiants ne changera rien à cet état de fait, on serait plus avisé de réfléchir sur les choix qu’il convient d’opérer en matière de santé pour ne pas alourdir les charges pesant sur les actifs. Avec l’instauration à terme, par exemple, d’une assurance contre la dépendance due au grand âge qui, elle, aurait le mérite de faire diminuer les primes des familles de la classe moyenne.