«La parole dépourvue de sens annonce toujours un bouleversement prochain»,
a dit René Char. S’il a raison, c’est sûr, nous sommes à la veille de grands changements…

Partout ou presque, on entend les craquements d’un monde qui prend, jour après jour, d’inquiétants “coups de vieux”. Le monde change et l’on sent qu’il changera plus radicalement encore d’un moment à l’autre. Les vieux systèmes, les cyniques régimes totalitaires semblent devoir céder la place, irrémédiablement. Ils le devront bien…
Quand on parlait, autrefois, du “sens de l’histoire”, on ne croyait pas si bien dire. Partout l’humain, de toutes cultures, aspire à évoluer vers plus de bonheur. Trop longtemps, on a oublié les justes paroles de grands ancêtres qui, tel Victor Schoelcher, affirmaient: «Les assassinats légaux n’empêchent pas le flot de la liberté de se soulever à de longs intervalles et d’entraîner toujours dans son impitoyable courant quelques-uns de ceux qui sont assez fous pour vouloir faire digue».
On réalise maintenant, mais on n’aurait jamais dû perdre de vue que tous les peuples sont appelés à être libres et prospères. Et ce quelle que soit leur situation actuelle, quelle que soit leur culture, quelles que soient leurs habitudes, quelle que soit leur histoire… On sait que les Irakiens, pourtant mal engagés après leur long tunnel noir saddamiste et leur libération-invasion par les Américains, comme les Iraniens seront, un jour prochain, libres et sans doute bien vite prospères et heureux.

Cette liberté qui revient sans cesse
«Un dictateur n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi», écrivait François Mitterrand dans “Le Coup d’Etat permanent”, mais point n’est besoin de guerre ni de sang versé… On le constate à notre époque: souvent, le temps suffit. Les mollahs ont pris le pouvoir en Iran, il y a maintenant plus de trente ans. On aurait pu croire leur régime installé, définitif… Mais non puisqu’il ne permet pas l’épanouissement de l’humain, puisqu’il lui retire ce que, toujours et toujours plus, il recherche: la liberté. Il est condamné, forcément condamné. «À quoi bon soulever des montagnes quand il est si simple de passer par-dessus?», a dit plaisamment Boris Vian.
L’homme est un animal et, comme tous les animaux, il recherche l’endroit et le mode de vie qui lui conviennent le mieux. Rien ne peut empêcher cette réalité. Et tout ce qui n’est pas basé sur elle n’est que provisoire, temporaire, transitoire. Voltaire notait bien que «Lorsqu’une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu’elle appartient au domaine de la croyance et non à celui de la connaissance». Hors des croyances, en effet, tous les humains sont bien d’accord pour être heureux, c’est-à-dire, avant tout, libres.

Les mots et le sang
Et puisque de nombreux commentaires, pourtant bien savants, semblent aujourd’hui absolument vides de significations, au sens où René Char l’entendait, alors oui, nous sommes évidemment à la veille de grands bouleversements dans le monde.
Des commentaires creux, mais quelques paroles fortes. Guettons-les… Alfred de Musset n’a-t-il pas dit: «On a bouleversé la terre avec des mots»?
Sans doute le sang coulera tout de même, tant les dictateurs tiennent à leur place… «La dictature est la forme la plus achevée de la jalousie», pensait Curzio Malaparte (in “Technique du coup d’Etat”).
En sachant que nous sommes sans doute bien à l’abri, contempler l’évolution du monde ne peut être qu’une satisfaction. Souvenons-nous encore des mots de Lucrèce: «Qu’il est doux, quand sur la vaste mer, le vent soulève les flots, de contempler depuis la terre ferme, les terribles périls d’autrui».
Jean-Michel Rochet

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On réalise maintenant, mais on n’aurait jamais dû perdre de vue que tous les peuples sont appelés à être libres et prospères.