Manuel Tornare a été l’initiateur du Jardin Impressionniste situé rue Moillebeau au-dessus du parc Trembley. Petit écosystème de la minutie, discret, protégé, cet espace a été rebaptisé Jardin de la Paix en hommage aux victimes disparues dans l’attentat contre l’ONU à Bagdad en 2003.

Même si le nom peut laisser penser le contraire Manuel Tornare n’est pas d’origine italienne. En réalité, «tornare» veut dire «tourneur» en patois fribourgeois. Le grand-père Tornare a quitté Fribourg pour Genève à la fin du 19ème siècle. Il a commencé comme jeune apprenti à la Société des Banques Suisses et a terminé sa carrière au poste de Directeur général. Sa femme était une catalane française originaire d’Amélie-les-Bains près de Perpignan: «cela explique mon côté latin et mon sang chaud, je suis très fier de mes origines méditerranéennes» s’exclame le conseiller administratif. Du côté de sa mère, son grand-père Claudius Terrier l’a beaucoup marqué. Il fut pendant 40 ans doyen de la faculté des sciences économiques à l’Université de Genève et recteur dans les années 60. C’était une vraie personnalité du monde universitaire qui était connue au-delà des frontières.

La famille
Les parents de Manuel Tornare ont divorcé pendant qu’il était adolescent. A l’époque, dans les classes primaires, il y avait deux enfants de parents divorcés sur 30, le divorce était inconcevable, d’autant plus dans une famille très catholique: «On ne le vit pas toujours très bien. J’ai eu un petit passage à vide au niveau scolaire. Ma mère, mes deux frères aînés, ma sœur cadette et moi sommes allés vivre chez mes grands-parents et maman a dû reprendre son métier d’institutrice. En 1975, elle s’est remariée avec un médecin allemand et est allée vivre en Allemagne. Mon beau-père était quelqu’un d’extraordinaire qui est malheureusement décédé l’année passée.»
Dans ce parcours de vie, Manuel Tornare rappelle que plusieurs femmes ont joué un grand rôle: Daisy Aubri, l’ancienne directrice du Collège Sismondi qui a toujours cru en lui. Monique Mani, la grande comédienne genevoise avec qui il est toujours en contact régulier depuis les années 70 lorsqu’il lui arrivait de jouer au théâtre. Et sa mère juive, Ruth Fayon, rescapée de trois camps de concentration nazis.

Le métier
Après des études de littérature et de philosophie, le jeune Manuel commence à 22 ans son métier d’instituteur. Il restera 24 ans et demi à l’instruction publique. Sans négliger aucun élève, ceux qui étaient le plus en difficulté, les plus vulnérables l’intéressaient tout particulièrement: «J’essayais de faire en sorte qu’ils puissent se reconstruire, progresser et trouver leur chemin. Ces défis m’intéressaient. J’aime bien être un relais dans la transmission des connaissances».

La politique
Dès les années septante et ses débuts en politique, Manuel Tornare se sent attiré par le socialisme: «J’ai toujours été sensible aux injustices, peut-être en raison des cassures vécues au niveau familial… La défense des plus faibles, des plus opprimés, de ceux qui sont précarisés, de ceux qui n’ont pas forcément de la chance dans la vie m’a rapidement interpellé. J’avais l’exemple de ma mère qui tout à coup, devait avoir deux métiers, celle de mère et d’enseignante». Très attaché à la notion de service public, son grand-père Terrier l’a également beaucoup influencé. Plus précisément, pour le conseiller administratif, l’action politique se mesure par une addition de petites avancées… surtout dans le domaine social, et dans le domaine de la qualité de vie. Il rappelle d’ailleurs ses derniers engagements en faveur de l’amélioration de l’alimentation des restaurants scolaires et de l’accueil de la petite enfance: «Pas des révolutions, mais de sérieuses avancées!»

La même région
Nous sommes tous de la même région note le conseiller qui soutient l’idée d’une assemblée consultative transfrontalière élue au suffrage universel. Mais pour quoi faire? «Elle permettrait d’avoir la même politique de part et d’autres des limites administratives sur les transports, le social, la culture ou le sport». Le sport justement, parlons-en: «J’aime beaucoup le football depuis tout petit, mon père a été vice-président du Servette FC pendant très longtemps, et l’un de mes frères aussi». Côté politique sportive, débloquer les dossiers le passionne. Il a essayé de créer des synergies et d’avoir une politique horizontale, de favoriser le sport pour les aînés et pour la jeunesse avec des sports de rue. Il a également fait beaucoup dans l’événementiel avec la piste de ski de la Treille notamment. Des centaines d’enfants ont découvert le ski à cette occasion. A l’échelle plus large par exemple, c’est bel et bien Manuel Tornare, alors premier magistrat de la ville, qui s’est rendu à Annecy cette année, en visite officielle pour apporter tout le soutien de Genève à la candidature aux Jeux Olympiques d’hiver 2018.

Le Jardin de la Paix
En 1999, arrivé à l’exécutif, Manuel Tornare découvre ce jardin à l’abandon et squatté… «J’ai proposé au conseil administratif de l’époque qu’on y crée un jardin impressionniste avec une touche moderne. La serre a été restaurée, des bancs ont été installés le long des murs de pierre et sous une tonnelle fleurie, des étangs côtoient des rangées de fleurs, des pelouses permettent le farniente, le tout parsemé de chemins en fins graviers… Ce lieu, parfait pour la lecture et le repos, accueille de nombreuses plantes et arbres fruitiers, nymphéas, iris, lys, capucines, roses, cosmos, anémones, poissons et grenouilles… «Ce n’est pas le jardin de Monet mais cela y ressemble, il faut que la patine du temps s’inscrive dans ces lieux, dans les pierres et dans la nature». Depuis l’attentat contre le quartier général de l’ONU à Bagdad, le jardin est dédié à toutes les personnes qui y ont perdu la vie dont le haut commissaire aux droits de l’homme Sergio Viera di Mello: il porte désormais le nom de Jardin de la Paix.

«Je suis un peu bouddhiste au sens philosophique, je suis un être humain qui se sent partie prenante de la nature. Je suis quelqu’un qui adore les animaux, je n’aime pas tuer ce qui vit. J’ai besoin de cette nature pour oublier toutes les turpitudes qu’on peut subir en politique. Pour moi, c’est mon jardin secret au propre et au figuré. Avis aux détracteurs, Manuel Tornare est bien dans sa peau: «pour penser aux autres et pouvoir les aider, il faut d’abord être bien dans sa peau, et ne pas les ennuyer avec ses propres difficultés». Voilà, c’est dit. L’impressionniste a fini sa toile. Et comme il vaut mieux prévenir que guérir, pour éviter tout saccage, le jardin est fermé la nuit.

img14009.jpg

Manuel Tornare, Conseiller administratif de la ville de Genève