Les grands rendez-vous pour la planète s’enchaînent et ne se ressemblent pas. A peine la COP21 terminée, voici poindre en novembre prochain la GHGT 13, la 13ème Conférence Internationale sur les technologies de contrôle des gaz à effet de serre (GreenHouse Gas control Technologies) un événement scientifique phare organisé par l’Agence Internationale de l’Energie (IEA). Elle a choisi la Suisse et notamment le tout nouvel EPFL Swiss Tech Convention Center pour l’accueillir. L’occasion de revenir sur les grands enjeux environnementaux liés à la production électrique et l’industrie lourde en Europe avec le Prof. Lyesse Laloui directeur de la Chaire « Gaz Naturel » – Petrosvibri à l’EPFL. Grand ordonnateur de la manifestation, il prône la séquestration souterraine des gaz à effet de serre comme réponse majeure au réchauffement climatique.

1 En quoi consiste cette technologie et quelle quantité de CO2 permet-elle de stocker ?

Lorsqu’il est injecté à grande profondeur, avec des températures et pressions suffisamment élevées, le CO2 passe à un état dit « supercritique ». Dans cet état, il occupe 500 fois moins de volume que dans son état gazeux à la surface de la terre. Le procédé de stockage du CO2 tire profit de cette caractéristique en récupérant le dioxyde de carbone à la source, dans les fumées des centrales thermiques et des usines, et en l’enfouissant dans des formations géologiques profondes onshore ou inshore, permettant ainsi d’éviter son rejet dans l’atmosphère. En 1996, la Norvège, pionnière, l’a expérimenté puis le procédé s’est disséminé à travers le monde comptabilisant aujourd’hui pas moins de 80 projets permettant de séquestrer en moyenne un million de tonnes par an et par site.

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2 Quelles sont, d’après vous, les chances de généralisation à grande échelle ?

La séquestration souterraine des gaz à effet de serre est, à mon sens, l’unique technologie capable de répondre aux exigences des nouvelles stratégies énergétiques. En Suisse, pour remplacer progressivement d’ici 2050 la production des 40% de nos besoins en électricité fournis par l’énergie nucléaire, il n’existe pas d’autre option réelle que de produire l’électricité à partir des centrales à gaz, les énergies renouvelables n’étant pas encore en mesure de prendre la relève. Mais bien que le gaz soit l’énergie fossile qui produise le moins de CO2, ces émissions restent problématiques. Pour pallier cette difficulté, on pourrait acheter des « droits à polluer » qui varient aujourd’hui de 5 à 10 euros la tonne mais, dans notre pays, 70 pour cent du CO2 doit être compensé ici en Suisse, d’où la solution revenant à le stocker durablement dans le sous-sol.

3 Si la séquestration du CO2 est une solution viable, quels sont les principaux écueils à une mise en oeuvre élargie du procédé ?

En Suisse, nous possédons l’essentiel : d’une part la technologie, et d’autre part, les couches géologiques nécessaires au stockage à plus de 800 m sous terre, notamment au niveau du plateau situé entre Fribourg et Baden (voir carte). Les principaux blocages sont d’ordre réglementaire, chaque canton possédant un cadre juridique propre qui, pour le moment, ne prend pas en compte la possibilité de stockage souterrain du CO2; d’ordre psychologique, notre pays n’ayant pas une culture développée en matière d’hydrocarbure, la population et les politiques se montrent toujours très méfiants à l’égard des solutions énergétiques qui en découlent; et d’ordre financier enfin, ce frein ayant tendance à diminuer considérablement avec le temps.

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4 Et quels risques présente-elle ?

L’enfouissement géologique du CO2 comporte certains risques, comme toute activité humaine. A court terme, ils sont plutôt liés aux conditions de pression induite par l’injection de CO2 (risque de microséismes notamment). A long terme, ils sont inhérents à l’étanchéité du stockage et aux probabilités de fuites pouvant altérer la biodiversité en surface. C’est pourquoi nous développons des possibilités de monitoring en temps réel et des outils de prédiction permettant de rendre de plus en plus négligeables ces considérations.

5 Quelles sont vos attentes à l’égard de ce grand rendez-vous de la science qu’est le GHGT 13 ?

Au-delà des contributions scientifiques, il s’agira de transmettre aux populations et aux politiques nos convictions : la recherche est mûre, il est temps de transférer le travail en laboratoire en projet pilote pour que la Suisse puisse maitriser sa sortie du nucléaire avec une production électrique locale et des émissions contenues de CO2.

blankLe professeur Lyesse Laloui, directeur de la chaire « Gaz Naturel » – Petrosvibri à l’EPFL

Dossier paru dans l’édition N° 55 du magazine L’Extension

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