Monsieur Mark Muller, conseiller d’Etat en charge du département des constructions et des technologies de l’information (DCTI), a inauguré ce matin le site archéologique du temple de Saint-Gervais. Un patrimoine historique et architectural de 6000 ans est désormais accessible au public sous la forme d’un parcours didactique allant du Néolithique au Moyen Age.

Les recherches archéologiques effectuées sous le temple de Saint-Gervais et aux alentours de celui-ci ont été réalisées par le service cantonal d’archéologie du DCTI lors de deux campagnes de fouilles conduites de 1987 à 1994 puis de 2000 à 2005. Les trois années suivantes ont été consacrées à l’aménagement du site. La surface fouillée lors de ces deux campagnes avoisine les 2000 m2 et celle du site accessible au public les 1500 m2. Les fouilles ont été entièrement financées par le service cantonal d’archéologie, avec l’aide de subventions fédérales à hauteur de 20%, pour un montant global de quelque deux millions de francs. Il s’agit du septième site archéologique du canton de Genève accessible au public après ceux de la cathédrale Saint-Pierre, du temple de la Madeleine, du Prieuré de Saint-Jean, du parking Saint-Antoine, du Parc de La Grange et du Château de Rouelbeau.

D’importantes découvertes concernant la Rive droite
Les recherches archéologiques du temple de Saint-Gervais apportent de précieux éléments sur les origines du bourg et le développement de la rive droite du Rhône, des temps préhistoriques à l’époque moderne. Il s’agit en effet d’un très vieux quartier de Genève.

La fouille du temple de Saint-Gervais a accompagné la restauration de l’édifice lui-même qui date de la première moitié du XVe siècle. Ces investigations étaient indispensables à la connaissance de ce secteur car, malgré les efforts déployés par plusieurs archéologues dès le début du XXe siècle, on ne disposait que de peu de renseignements sur ce qui se trouvait, par exemple, de l’autre côté du pont sur le Rhône détruit par César en 58 avant J.-C. dans le but d’empêcher le passage des Helvètes sur la rive gauche. Cette lacune est aujourd’hui en partie comblée.

Une succession de constructions de l’ère préchrétienne
La lecture du sous-sol de l’église, que le public pourra également redécouvrir à l’occasion des prochaines portes ouvertes du site de Saint-Gervais les 9 et 10 mai 2009 (voir en fin de communiqué), montre l’importance de la terrasse dominant le Rhône qui a été occupée par un habitat du Néolithique moyen (4000 avant J.-C.), une aire d’inhumation d’époque Bronze final (1000 avant J.-C.) et un alignement de pierres dressées (âge du Fer, vers 800). De 40 avant J.-C. à la fin de l’époque augustéenne (20 après J.-C.), plusieurs constructions en bois et en terre se succèdent dont certaines sont vouées au culte et d’autres à l’habitat.

C’est encore durant la première moitié du Ier siècle après J.-C. que l’on rebâtit, en brique crue et en pierre, un temple gallo-romain, constitué d’un double lieu de culte. La deuxième moitié du Ier siècle après J.-C. voit l’adjonction d’un troisième lieu de culte qui donne au sanctuaire un aspect monumental. L’ensemble est modifié au IIIe siècle et abandonné au milieu du IVe à la suite d’un incendie. A cette époque, celle de la christianisation, on édifie sur la rive gauche la première cathédrale de Genève. Il est possible que l’abandon du lieu de culte païen à Saint-Gervais soit lié à cet évènement. Un mausolée, puis une église funéraire paléochrétienne de grandes dimensions sont ensuite élevés à cet emplacement.

Première église au Ve siècle
La première église du site est édifiée au Ve siècle pour abriter, sous son chœur surélevé et dans un caveau qui fera office de crypte, la tombe d’un personnage important, peut-être l’un des premiers évêques de Genève. Selon la tradition antique, c’est en effet hors les murs de la cité que l’on installe, le long des voies de communication, les nécropoles. Elles s’organisent souvent près de la tombe d’un individu dont la vie a été exemplaire et en souvenir duquel on édifie un monument. Ces sépultures privilégiées sont à l’origine de la plupart des églises funéraires qui entouraient la cité.

Les murs de l’église paléochrétienne, dont le plan est en forme de croix, sont conservés dans le site et constituent l’enveloppe de la partie centrale aménagée. L’accès à la crypte, que l’on visite en empruntant les passages latéraux aménagés au XVe siècle, permet aussi de découvrir les annexes placées de part et d’autre du chœur. L’une d’elles, dotée d’une abside, date du VIe siècle et abrite des tombes monumentales. A cette époque et au VIIe siècle, de nombreuses sépultures formées de coffres en dalles de molasse occupent le sous-sol de l’église et ses abords. Autour de la nef, elles sont protégées par un portique visible, avec le sanctuaire gallo-romain, sous l’esplanade située au nord du temple.

Les fouilles qui ont eu lieu dans le quartier, notamment lors de la construction d’un grand magasin rue De-Grenus puis durant le chantier du tram n°13, sont aussi évoquées dans le parcours archéologique ouvert au public.

Renseignements pratiques
Temple de Saint-Gervais, rue des Terreaux-du-Temple 12, 1201 Genève
Visites du site archéologique: sur demande auprès du service cantonal d’archéologie au  +41 (0)22 327 24 86, e-mail: scag@etat.ge.ch.
Un dépliant à disposition dans le temple permet de guider le visiteur pour aller à la découverte de l’édifice actuel, édifié entre 1430 et 1450.

samedi 9 et 10 dimanche mai 2009 de 14 h à 18 h
Portes ouvertes du site archéologique du temple de Saint-Gervais:
Accueil par le service cantonal d’archéologie qui présentera ses activités, visites commentées du temple et du sous-sol, animations pour les enfants (jeux de l’Antiquité et Memory).

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Ouverture au public du site archéologique du temple de Saint-Gervais: 6000 ans d’histoire genevoise à parcourir.