L’intergénérationnel à l’épreuve du sport et de l’entreprise

L’intergénérationnel à l’épreuve du sport et de l’entreprise

Les troisièmes Rencontres du Leadership de la JL se sont intéressées à un aspect particulier du management : la cohabitation entre les générations.

Événement créé par la JL, le club de basket de Bourg-en-Bresse, pour mettre en avant son école des meneurs (lire ci-dessous “retour aux sources”), Les Rencontres du Leadership se tenaient pour la troisième édition, le 15 avril à Ainterexpo, autour de deux thématiques : les aspects intergénérationnels du management et l’e-sport (lire ci-dessous “e-sport, l’émergence d’un nouveau leadership ?”). « Continuer d’être moteur et trouver les bons vecteurs sont des problématiques qui se posent en entreprises comme pour les meneurs de jeu », a expliqué Julien Desbottes, président du club, à propos du premier thème autour duquel sportifs et représentants du monde économique s’apprêtaient à débattre.

Concilier des appétences différentes

« Les baby-boomers se situeront davantage sur une approche gagnant-gagnant du travail, les jeunes sur le donnant-donnant, les autres entre les deux. Le management intergénérationnel met en relation des appétences différentes, pour les faire travailler ensemble, a commencé Yaëlle Dersa Lanen, dirigeante de Right Management (Manpower). Les Y sont désignés par cette lettre car elle se prononce “Why”, en anglais. Ils ont besoin de comprendre. Parce qu’ils raisonnent en donnant-donnant, si le contrat n’est pas respecté, ils s’en vont. Un Y sur deux a des parents divorcés ou qui ont été victimes d’un plan social. Et ils ont connu les scandales financiers. C’est une génération qui, si on sait la prendre, peut faire merveille, mais elle va vous challenger. Ils ont cependant besoin de travailler sur des temps d’arrêt, de respiration, d’aiguiser leur esprit critique. » Parce que « c’est une génération qui n’a pas peur », Bpifrance a monté un dispositif qui, sur le modèle du volontariat à l’international, propose à un jeune sorti d’une grande école, plutôt que de rentrer dans un grand groupe où il sera 26e, d’entrer à la 2e ou 3e place dans l’organigramme d’une PME. « La génération Z, elle, n’est plus dans le donnant-donnant mais dans le tout, tout de suite, a poursuivi Yaëlle Dersa Lanen. Ses représentants ont une appétence pour la stratégie et se sentent autorisés à exprimer leur opinion, même s’ils n’ont pas d’expérience. Nés avec un smartphone au bout du doigt, ils vont être très sensibles aux performances des organisations, à la rapidité de circulation de l’information. »

Penser collectif

Pour Pierre Begay, directeur exécutif de Bpifrance, la recette pour faire le lien est simple : « Le mot de l’intergénérationnel, c’est l’écoute, a-t-il expliqué. C’est aussi une question d’engagement réciproque et de transmission, notamment de l’envie. » Une opinion partagée par Éric Boyer, ancien leader de l’équipe cycliste Cofidis, et Agnès Sauret, ancienne championne d’Europe et de France de basket, devenue manager de l’Hermine de Nantes. « Un leader ne peut pas gagner sans ses équipiers. Il est à l’aboutissement d’un travail d’équipe », a estimé le premier. « Obtenir des titres dans un sport collectif exige que l’on puisse compter sur tout le monde », a ajouté la deuxième, pour qui diriger une équipe masculine n’est pas un problème, « cela reste une équipe de basket ».

Lui aussi ancien champion de la discipline, Yann Bonato en a fait l’expérience. « J’étais un leader centré sur lui-même, un joli soliste. Puis mes aspirations ont évolué. Je suis devenu un meneur plus collectif. Avant cela, je n’avais remporté que des titres individuels, a-t-il témoigné. Être le meilleur joueur, c’est bien, mais le meilleur de quoi ? Dans un sport collectif, ce qui compte, ce sont les titres par équipe. » Devenu dirigeant de trois boutiques d’optique et d’une vingtaine de salariés, il a comparé le monde sportif, « très animal », et le monde de l’entreprise, qui demande davantage que l’on sache donner du sens. Et celui-ci de conclure : « On ne naît pas leader, mais cela s’apprend. » Agnès Sauret, elle, souligne que les qualités de meneur ne sont pas une question d’âge, mais « d’exemplarité, de savoir composer et d’avoir un objectif commun ». « En fin de carrière, quand on commence à être plus proche des coachs que des autres joueurs, il ne faut pas se mentir et savoir passer à autre chose », a-t-elle relevé toutefois.

Leadership intergénérationnel
Les participants à la table ronde sur le leadership intergénérationnel.

Retour aux sources

Il y a huit ans, maintenant, que la JL a créé son école des meneurs. « Celle-ci agit différemment de tout ce qui se fait ailleurs, en formant des jeunes qui ne s’inscrivent pas tout à fait dans le morphotype du basket, recrutés sur leurs capacités à mener une équipe plutôt que par leur taille, a rappelé le président du club, Julien Desbottes. Les Rencontres du Leadership ont été créées pour valoriser cette marque singulière. »

Daniel Narcisse, grand témoin

Figurant parmi les handballeurs français les plus décorés avec neuf titres internationaux, Daniel Narcisse était le grand témoin de ces troisièmes Rencontres du Leadership. Revenant sur un parcours sportif d’une vingtaine d’années, y compris comme manager, il a noté, à propos du débat sur le leadership intergénérationnel, combien la société avait évolué sur la période et la nécessité de s’adapter. « Même quand on est leader, l’on se doit de garder une capacité d’écoute, d’apprendre à composer avec des personnalités différentes, avec des échanges plus ou moins faciles. »

Il dirige aujourd’hui Allyteam, une structure où il accompagne la reconversion d’anciens sportifs comme lui. Celle-ci a notamment développé une plateforme digitale qui met en relation d’ex-compétiteurs de haut niveau avec les entreprises.

285

BB +, le club affaires de la JL Bourg Basket compte 285 entreprises adhérentes.

5

Le club affaires appuie son action sur cinq piliers : sport et business, sport et culture, sport et santé, sport et promotion du territoire, sport et recherche de talents. Autant de thématiques déclinables lors de prochaines Rencontres du Leadership.

E-sport : l’émergence d’un nouveau leadership ?

La pratique du sport digital fait apparaître de nouveaux acteurs, notamment dans la diffusion et le commentaire des compétitions.

Leadership e-sport
Les participants à la table ronde sur le nouveau leadership amené par le digital et le e-sport.

Après les relations intergénérationnelles dans les mondes sportifs et entrepreneuriaux, les troisièmes Rencontres du Leadership se sont intéressées au domaine de l’e-sport, à travers plusieurs de ses diffuseurs, organisateurs et commentateurs : Antoine Rabhi, directeur commercial d’O’Gaming, une chaîne qui retransmet des compétitions de jeux vidéo sur internet ; Samy Ouerfelli, l’un des pionniers de l’e-sport notamment avec Turtle Entertainement ; Boris Bergerot, accompagnateur de projets dans le secteur avec Stackr’N ; Alexandre Martin, cofondateur de Trash Talk, un média spécialisé dans l’actualité de la NBA. Leurs interventions ont souvent été pédagogiques, pour présenter ce secteur émergent qui représente 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en France, selon Boris Bergerot, mais qui intéresse de plus en plus d’annonceurs. Le constructeur automobile Audi a par exemple, soutenu à hauteur de 750 000 dollars, une équipe de joueurs qui concourent autour du jeu Counterstrike, considérant que les spectateurs de ces compétitions étaient ses acheteurs de demain. L’audience de Trash Talk est en effet composée à 80 %, de jeunes de 15 à 35 ans. Et le public comme les compétiteurs de l’e-sport se révèlent presque exclusivement masculins.

Thierry Pick, représentant d’Emlyon Business School, y voit en tout cas, « une activité innovante, disruptive, à laquelle les étudiants pourront être confrontés durant leur carrière ». Parce que « le digital remet en question les modes d’éducations traditionnels, notamment en permettant une individualisation des parcours », l’école de management a décidé de mettre en avant sa capacité à former des “early makers”, « des gens capables de créer, de travailler ensemble, en équipe, qui se distingue par leur capacité à aller chercher l’information qu’ils n’ont pas, à inventer l’outil dont ils ne disposent pas ». Et Xavier Collot, directeur de l’épargne salariale chez Amundi, d’observer en conclusion que « le serious game est aussi un moyen d’intéresser les jeunes à la matière financière ».


Par Sébastien Jacquart

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