Les mesures de confinement mises en place par la Chine pour limiter la propagation du Covid-19 commencent à se répercuter sur l’activité des entreprises locales. Sans parler de la dissémination du virus sur le continent européen. Tentative d’état des lieux.

Une note d’information du Medef 74

Encore peu sollicité par ses adhérents, le Medef 74 a diffusé dès le 20 janvier une note d’information relative à la conduite à tenir face au Covid-19. « C’est une situation complètement inédite dont on mesurera sans doute mieux les conséquences en mars ou en avril. Elle démontre bien l’interdépendance des économies mondiales, en particulier des industries françaises du décolletage, de l’automobile, des machines spéciales, de l’aéronautique… », observe Patrick Lucotte, son délégué général.

L’UI Savoie mène l’enquête

L’Union des industries (UI) de Savoie a réalisé une enquête auprès de ses adhérents. Une cinquantaine d’entre eux a répondu. « La situation est très compliquée pour les industriels qui possèdent une unité de production en Chine, car ces unités sont au moins partiellement à l’arrêt et que le redémarrage n’est pas programmé, détaille Jean-Patrick Bailhache, son secrétaire général. Une bonne partie du personnel est absente en raison des mesures de confinement mises en place. » Les sociétés dont les fournisseurs directs ou indirects sont basés en Chine peuvent se heurter à des ruptures d’approvisionnement. « Les effets les plus immédiats concernent les entreprises dont les clients, directs ou indirects, sont en Chine. Ils se traduisent par un report des commandes dans le temps », observe Jean-Patrick Bailhache.

Le pire à venir

Déjà ralentie fin 2019 par les festivités du Nouvel An chinois, l’activité n’a pas redémarré compte tenu des mesures de quarantaine instaurées par les autorités locales. Les délais d’acheminement pour les marchandises transitant par les ports varient d’un à trois mois. Les syndicats patronaux estiment que le pire reste à venir, avec une probable rupture de stocks pour certains composants et/ou produits finis. D’autres conséquences sont attendues : les tarifs se sont envolés pour les rares containers qui prennent la mer tandis que l’option d’un acheminement par voie aérienne est structurellement plus chère. Pour certaines activités, cela pourrait paradoxalement se traduire par un surcroît d’activité, avec la mise en place d’équipes supplémentaires en France ou en Europe, pour les industriels qui disposent des savoir-faire, des équipes et du matériel pour le faire.

Des mesures nationales à court et long terme

Selon les estimations actuelles du gouvernement, la crise du coronavirus devrait se traduire par une baisse de 0,1 point de la croissance française en 2020. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances, l’a évoqué lors de son déplacement en Haute-Savoie, le 20 février et interrogé les industriels locaux sur leur situation. Lors d’une conférence de presse donnée le 21 février, il a annoncé des mesures pour soutenir la trésorerie des entreprises rencontrant des difficultés (recours à l’activité partielle, dérogation aux heures supplémentaires, étalement des charges fiscales et sociales…). Le gouvernement demande par ailleurs aux donneurs d’ordre de faire preuve de compréhension vis-à-vis de leurs fournisseurs et sous-traitants. Et accélère les processus d’agrément pour certaines filières d’approvisionnement. Au-delà des mesures de court terme, Bruno Le Maire annonce aussi des réflexions pour sécuriser les filières d’approvisionnement jugées stratégiques.

La demande s’envole pour MSSA

Seul fabricant non chinois de sodium, le Savoyard MSSA (lire aussi p. 15) enregistre une forte hausse de ses commandes. L’industriel de Pomblière- Saint-Marcel dont les niveaux d’activité étaient déjà importants s’adapte à cette situation dans le cadre de contrats long terme signés avec ses clients.

Le Simodec maintenu

Rochexpo annonce le maintien du Salon international de la machine-outil de décolletage (Simodec) qui se tiendra du 10 au 13 mars à la Roche-sur-Foron. Il précise qu’il adaptera les mesures mises en place au fur et à mesure des décisions prises par les autorités.

En Haute-Savoie

Le département a été l’un des premiers touchés par l’épidémie. Elle comptait début février cinq malades dont un enfant, ce qui a conduit à la fermeture temporaire d’écoles aux Contamines, à Saint- Gervais et à Thonon. Dans un communiqué de presse du 27 février, l’Agence régionale de santé annonce la confirmation de deux nouveaux malades pris en charge par le Centre hospitalier Annecy Genevois. Il s’agit d’un homme d’une soixantaine d’années, ayant récemment séjourné en Lombardie pour raisons professionnelles, et de son épouse.

À Genève

En Suisse aussi, la situation évolue constamment. La confirmation du premier cas de contamination à Genève (un informaticien de 28 ans revenant de Milan), le 25 février, n’a pas suffi à pousser les organisateurs du Salon international de l’auto (le Gims) à modifier l’édition 2020, programmée du 5 au 15 mars à Palexpo. Mais « la situation est réévaluée par les organisateurs à intervalles réguliers », en lien avec les autorités de santé cantonales et fédérales, souligne l’organisateur. Un report ou une annulation de dernière minute n’est donc pas totalement exclu. Pour ce qui est de Watches & wonders (ex-Salon international de la haute horlogerie, SIHH), la décision est prise : l’édition 2020, prévue du 25 au 29 avril, est annulée. Le Salon international des inventions, lui, avait déjà fait part, le 17 février, de son report du 16 au 20 septembre (au lieu du 25 au 29 mars).

Un voile d’incertitude

L’arrivée de l’épidémie sur le continent européen, avec la multiplication des cas et la mise en place des premières mesures de confinement en Italie du Nord, laisse planer un voile d’incertitude sur la robustesse de l’économie locale. Les entreprises possédant des centres de production en Italie du Nord enchaînent les réunions de crise.


Par Sophie Boutrelle avec Éric Renevier


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 28 février 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.