La Suisse a un système de santé coûteux, qui suit de près celui très cher que connaissent les Etats-Unis. Philippe Cassegrain, directeur de la clinique générale Beaulieu, est président de l’Association des Cliniques Privées de Genève (ACPG). Mais quels sont donc ces enjeux cruciaux auxquels la médecine privée est aujourd’hui confrontée?

Parlez-nous de la situation actuelle des cliniques privées?
C’est une certitude en matière de santé : la médecine est en pleine mutation. Nous restons très attentifs aux réformes de la LAMal et notamment à celles qui concernent le financement du système de santé. Avec le contrat d’Assurance privée, les cliniques privées sont directement touchées par ces changements. Deux législations nous concernent directement, la Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal) et le droit privé (la loi sur le contrat d’assurance qui gère les Assurances complémentaires).

En ce sens, quel est le rôle de l’ACPG?
Son but est de protéger les intérêts des cliniques privées. Nous essayons de prendre des positions communes et de les faire connaître, tout en conservant à l’esprit que nous sommes concurrents. Avec leurs 1841 collaborateurs et leurs investissements, les cliniques privées apportent beaucoup à l’économie genevoise. En accueillant de nombreux patients étrangers, elles sont aussi les ambassadrices de la médecine suisse dans le monde. Sur ce point, elles participent directement à l’image de la Genève internationale.

Quels problèmes rencontrez-vous?
Je soulignerai deux points fondamentaux. Chaque clinique, comme toute entreprise, se doit de couvrir ses coûts d’exploitation et ceux relatifs aux investissements. La médecine est devenue extrêmement technologique et par voie de conséquence plus chère qu’avant. De manière positive, ces technologies augmentent l’efficacité de nos services et sont bien accueillies par les patients. En revanche, ces nouveaux outils sont constamment en voie de perfectionnement et demandent dès lors des investissements permanents. De manière générale, les cliniques ont du mal à se faire entendre auprès des assureurs. Il s’agit pour nos établissements de négocier avec eux des accords tarifaires adaptés aux prestations et raisonnables en termes de coûts.

Quels seront les enjeux de la santé dans le monde de demain?
Sur les plans du chirurgical et du diagnostic, la tendance dominante est d’être le moins invasif possible. Nous sommes passés d’une chirurgie ouverte à une chirurgie «laparoscopique» (opération par quelques points d’entrée seulement). Autre tendance: l’«ambulatoire». Avec les progrès de la médecine, les durées de séjour se raccourcissent. Le patient arrive le matin et repart le soir. Aux Etats-Unis par exemple, l’hospitalisation pour accouchements est traitée en moins de 24h. Il est évident qu’il nous faut tous œuvrer pour contenir la hausse des coûts de la santé. Au niveau de la gestion, il faudrait recourir davantage à une approche macro-économique et se dire que ce qui est investit dans la médecine est récupéré autre part (dans les assurances perte de gain par exemple, car le patient retrouve plus vite son travail).

Quels sont vos liens avec les HUG?
A Genève, il y a une place tant pour la médecine privée que pour la médecine publique. Elles sont complémentaires. On ne peut pas imaginer Genève sans son hôpital public et universitaire qui répond à d’autres missions, comme la formation pour ne prendre qu’un exemple. Un patient qui choisit d’être soigné dans une clinique privée coûtera peu au Canton, sa prime d’assurance complémentaire couvrant ce qui n’est pas pris en charge par l’assurance de base.

Qui êtes-vous Philippe Cassegrain?
Parisien de naissance, je suis genevois depuis l’âge de 16 ans. J’ai suivi une formation en économie d’entreprises à l’université de Genève. C’est une ville exceptionnelle, lovée dans un environnement magnifique. J’aime beaucoup la marche en montagne et le ski alpin.

Vous avez dit LAMal?

La nouvelle loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal) est basée sur le principe de la solidarité entre les personnes en bonne santé et les malades. Cette assurance de base comporte un catalogue de prestations complet et clairement défini. Elle est un élément de la législation sur les assurances sociales et est soumise depuis le 1er janvier 2004 à la surveillance de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dans le cadre du Département fédéral de l’Intérieur. La LAMal prévoit que chaque citoyen est obligatoirement assuré contre les risques liés à la maladie et aux accidents. Elle est entrée en vigueur le 1er janvier 1996 en remplacement de la LAMa de 1912. Il existe en Suisse plusieurs dizaines de caisses d’assurance maladie qui sont toutes des sociétés privées. Il n’existe pas en Suisse de caisse maladie étatique. Une initiative populaire de passage à un système de caisse maladie unique avec primes fixées selon le revenu a été rejetée le 11 mars 2007 par plus de 71% des voix.

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Philippe Cassegrain, directeur de la clinique générale Beaulieu, est président de l’Association des Cliniques Privées de Genève (ACPG)