Jean-Paul Darbellay, responsable des relations avec les médias du Crédit Suisse, a récemment organisé une rencontre avec les représentants de la presse sur l’actualité économique, notamment immobilière.
Alois Bischofberger, chef économiste du Crédit Suisse, s’est d’abord exprimé sur “La croissance économique, un défi pour la Suisse ». Brossant un tableau général de la situation conjoncturelle, « l’économie mondiale est placée sous une bonne étoile », a précisé le conférencier en préambule. Avec une croissance qualifiée d’exceptionnelle de 5% par an ces trois dernières années, la dynamique conjoncturelle connaît cependant un ralentissement sous l’effet de la remontée des taux courts, de la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, ainsi que du recul des marchés immobiliers américains. «De telles accalmies sont nécessaires», a poursuivi Alois Bischofberger, « car elle permettent au moteur conjoncturel d’éviter la surchauffe ».

Un millésime exceptionnel
Au plan des risques qui pourraient surgir et qu’il ne fait jamais écarter de nos esprits, l’économiste en chef cite la nouvelle augmentation des déficits extérieurs américains, un effondrement des marchés immobiliers surévalués, un atterrissage brutal en Chine, une nouvelle hausse importante des prix de l’énergie, des turbulences sur les marchés financiers, ainsi qu’une aggravation des crises politiques et des attentats terroristes. Revenant en Suisse, Alois Bischofberger a rappelé le millésime exceptionnel de l’année 2006. Quant à 2007, les perspectives demeurent bonnes, avec une consommation des ménages soutenue. La situation sur le front de l’emploi (croissance de 1% attendue et baisse du chômage) et des revenus renforcera cette tendance positive.

La réussite par quatre
Quelles perspectives de croissance à moyen et long terme en Suisse ? A cette question, l’expert du Crédit Suisse répond par le fait que notre pays a de bonne chances de se positionner de manière favorable grâce à quatre éléments : la Suisse est l’une des économies les plus mondialisées et les plus innovantes de la planète, des progrès dans la suppression des entraves à la croissances ont été réalisés, il existe une grande ouverture à l’innovation et à l’expérimentation et enfin, la marché du travail est sur la voie d’une remise à niveau qualitative.

N’oublions pas les réformes
« Mais attention, des efforts et des réformes restent nécessaires », souligne Alois Bischofberger. Au plan de l’équilibre du budget de l’Etat et de la gestion de la dette, à l’égard du démantèlement de l’îlot de cherté suisse par l’intensification de la concurrence et de la libéralisation, des nouvelles réformes à entreprendre à tous les niveaux du système éducatif et d’un assouplissement facilitant la venue en Suisse d’un plus grand nombre de spécialistes et de cadres issus de pays extra-européens. Pour conclure, l’économiste a déclaré : « Il reste beaucoup à faire. La bonne conjoncture doit inciter à accélérer les réformes nécessaires, pas à marquer une pause ». Une phrase que beaucoup d’entrepreneurs pourraient mettre en évidence sur leur bureau !

Immobilier :un atterrissage en douceur attendu
La deuxième partie de conférence a été consacrée aux marchés immobiliers et aux risques de retournements de tendances. C’est au docteur Sara Carnazzi-Weber, incarnation de la réussite suisse, avec des origines tessinoises, un poste à Zurich et le maniement d’un français parfait, qu’est revenu l’honneur d’exposer les conclusions d’une étude qu’elle a menée, avec son équipe, au sein du Crédit Suisse. « Un atterrissage en douceur du marché du logement, c’est ce que nous prévoyons à la lumière de l’étude que nous venons de mener. Forte de 44’000 unités, la production de nouveaux logements renouera en 2007 avec les chiffres des années 1980. La robustesse de la conjoncture assurera toutefois une large absorption de cette offre supplémentaire. Par ailleurs, le recul du nombre de demandes de permis de construire jusqu’à fin 2008 laisse escompter une détente du côté de l’offre ».

Immobilier commercial : amélioration
«Quant au marché des surfaces des bureaux », a poursuivi la conférencière, « il a déjà amorcé un tournant l’an dernier avec des taux de vacance en baisse. Sa progression sera plus modérée que durant les phases de croissance précédentes, car les surfaces inoccupées restent considérables dans ce segment. Sur le marché des surfaces de vente, des facteurs structurels devraient ruiner les espoirs d’une hausse de rendement ».

Sara Carnazzi-Weber a aussi insisté sur les particularités régionales, avec le concours de Frédéric Junod, expert au Crédit Suisse. En effet, il est toujours difficile, en Suisse, de tirer des généralités sur le plan économique. Il est clair que l’arc lémanique demeure sous pression, notamment en matière de logements, et qu’il est nettement moins question dans cette région « d’atterrissage en douceur », le marché étant encore largement sur orbite !

img2600.jpg

Alois Bischofberger, Chef économiste du Crédit Suisse