Les Savoie toujours terres de migrations

par | 18 Fév 2022

Les Pays de Savoie continuent d’attirer des migrants, fuyant la pauvreté ou les guerres d’Afrique ou d’Asie. Leur bonne intégration économique est un enjeu central pour eux… et pour nous.

Milieux associatifs et économiques, des dispositifs sont mis en place pour accompagner les migrants les plus démunis… en situation régulière. Porte d’entrée administrative, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) est un acteur majeur pour les primo-arrivants qui souhaitent s’installer durablement en France. Par son intermédiaire, 431 personnes (225 hommes et 206 femmes) ont signé un contrat d’intégration républicaine (CIR) en 2021 en Savoie.

Pour la Haute-Savoie, 1 234 personnes (605 hommes et 629 femmes) ont fait de même. Une situation qui évolue en pente douce si l’on compare ces chiffres avec ceux de l’année 2019 : 317 CIR en Savoie et 1 041 en Haute-Savoie. Derrière la brutalité des statistiques, il y a des parcours de vie difficiles. Ces migrants viennent principalement d’Afghanistan, du Soudan, de Syrie. La majorité d’entre eux ont entre 26 et 45 ans et un niveau de formation secondaire sans diplôme.

Migrants ? Réfugiés ? Exilés ? Demandeurs d’asile ? Quel vocabulaire employer face à ces situations diverses et souvent dramatiques ? La journaliste Chloé Leprince fait le point >>

L’enjeu de la langue

Travailler le plus rapidement possible pour être indépendant est une aspiration forte. « Le frein principal, c’est la langue. C’est elle qui va favoriser l’insertion dans la société », relève Fatima Mezzouj, directrice territoriale de l’OFII pour les deux départements savoyards, l’Isère et la Drôme. Des entretiens individuels sont organisés pour orienter les migrants vers des services adaptés à leur niveau de français. Cette maîtrise de notre langue, ajoutée à une formation civique de quatre jours, conditionne l’obtention d’un titre de séjour. Les missions locales sont l’un des partenaires de l’OFII.

« Les migrants sont des gros travailleurs. Ils ne rechignent pas à la tâche », note Myriam Moussa, coordinatrice à la 1 665 migrants ont signé un contrat d’intégration républicaine (CIR) en Pays de Savoie en 2021 Source : OFII mission locale du Genevois. Cette structure accompagne les jeunes de moins de 26 ans. Elle construit avec eux un projet d’insertion en fonction de leur situation, avec des formations adaptées pour accéder au plus vite à l’emploi.

Des métiers difficiles

«Le chômage est 2% en-dessous de la moyenne nationale en Savoie. Le volume des offres d’emploi est d’ores et déjà identique, voire supérieur, à celui de 2019. De nombreux métiers sont en tension, notamment dans l’hôtellerie-restauration, la santé, le service à la personne. L’accompagnement des migrants vers ces métiers-là est un bon moyen de les intégrer », assure de son côtéYann Metais, directeur de Pôle emploi Savoie. Les Pays de Savoie ont une spécificité : les saisons en station pour le nettoyage des appartements en location, comme le rappelle Claire Joguet. Elle est présidente de l’association Solidarité Territoires d’Albertville, structure qui accompagne une soixantaine de familles dans leurs démarches administratives. « Je n’ai pas le sentiment que les migrants aient plus de mal à trouver du travail qu’avant », observe-t-elle. « Mais ils postulent pour des métiers peu convoités. Les saisons en station sont usantes, avec des horaires difficiles et pas très bien payées. »

1 665 migrants ont signé un contrat d’intégration républicaine (CIR) en Pays de Savoie en 2021.

Source : OFII

Des Italiens aux Anglais, les multiples visages des immigrés

« L’immigration, c’est toujours un atout, tant sur le plan démographique qu’économique. » Le sociologue Olivier Chavanon est un expert en la matière. Maître de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc, il est le coauteur, avec Jacques Barou, d’un rapport de recherche pour le Musée savoisien sur les flux migratoires en Savoie et Haute-Savoie de 1860 à 2015. Ce document est unique. Il reflète, chiffres à l’appui, et fort de nombreux témoignages, l’évolution de l’immigration au fil des décennies. Premier constat : les deux départements ne suivent pas les mêmes parcours.

La Savoie a toujours été beaucoup moins concernée par les flux migratoires que sa voisine, plus riche sur le plan économique et donc plus attractive. Une situation qui se traduit, en proportion, par une présence presque deux fois moindre d’étrangers dans la population globale de la Savoie. En terres savoyardes, deux pays ont fortement caractérisé cette immigration par leur proximité géographique. La Suisse, jusqu’au début du XXe siècle, et l’Italie jusqu’aux années 1960. Les Italiens seront également nombreux dans les premières grandes entreprises. Par exemple, à Ugine, en 1906, ils sont 200 sur 350 ouvriers. L’immigration en Pays de Savoie jouera un rôle déterminant au cours de l’entre-deux-guerres, avec des taux supérieurs au niveau national. Idem après la Libération, pendant les Trente Glorieuses.

Au recensement de 1975, la Haute-Savoie a un taux de population étrangère de plus de 10 % (8,2 % pour la Savoie), alors qu’au niveau national ce taux est de 7 %. L’exemple de la vallée de l’Arve est significatif. « En Haute‐Savoie, les entreprises de décolletage ont dû s’appuyer sur une main‐d’œuvre peu qualifiée et peu exigeante pour s’adapter aux transformations de la demande. Elles ont trouvé chez les nouveaux migrants, originaires du Portugal, de Yougoslavie, d’Afrique du Nord et de Turquie, une main‐d’œuvre correspondant à leurs attentes », est-il ainsi écrit dans le rapport. Avec le XXIe siècle, l’immigration en Pays de Savoie n’est plus le seul fait d’une population peu qualifiée.

« En Haute‐Savoie, elle s’annonce comme caractéristique de nouveaux mouvements de populations qui commencent à se réaliser un peu partout sur la planète, et qui n’ont plus seulement pour principal mobile la recherche d’un emploi mais celle d’un cadre de vie correspondant à des aspirations qui se développent surtout dans les classes moyennes éduquées.

En Savoie, la situation semble plus “classique”. Les nationalités qui représentent les migrations traditionnelles liées au travail ouvrier sont encore dominantes », relève encore le rapport. Pour la Haute-Savoie, il est fait état de la présence de Suisses, dont le mobile de la migration est résidentiel (à cause des coûts de logement moins élevés), mais aussi de Britanniques, une communauté fortement implantée dans les stations. La crise sanitaire modifiera-t-elle cette tendance ?

« L’immigration, c’est toujours un atout, tant sur le plan démographique qu’économique. » Le sociologue Olivier Chavanon est un expert en la matière. Maître de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc, il est le coauteur, avec Jacques Barou, d’un rapport de recherche pour le Musée savoisien sur les flux migratoires en Savoie et Haute-Savoie de 1860 à 2015.

De l’accueil à la réalité du monde de l’entreprise

Le BTP a toujours été un gros pourvoyeur d’emplois pour les migrants en terres savoyardes. Les Italiens sont emblématiques de ce phénomène. Ils ont ainsi participé à la construction d’infrastructures majeures. On peut citer, à titre d’exemple, la voie ferrée et le tunnel ferroviaire du Fréjus, inauguré en 1871 au bout de quatorze ans de chantier.

Benoît Allègre est le directeur du Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) BTP Pays de Savoie Ain qui regroupe quelque 580 entreprises d’accueil. Chaque année, cette association a environ 300 salariés en contrat d’alternance, dont une quarantaine de migrants. « Cette main-d’œuvre est une opportunité pour les entreprises qui sont prêtes à jouer le jeu », assure ce responsable pour qui le travail est la meilleure formule pour l’intégration comme pour les finances publiques.

Benoît Allègre émet toutefois quelques bémols. Il connaît la réalité du terrain, les difficultés rencontrées au quotidien. Beaucoup des migrants, explique-t-il, n’avaient jamais entendu parler de la France avant d’en franchir les frontières, et encore moins de ce qu’est un contrat de travail. « Il y a un problème d’acculturation, avec un rapport employeur-salarié qui n’est pas familier pour eux », constate-t-il. Du côté des entreprises aussi, c’est l’inconnu ; avec des migrants venant actuellement de régions du monde méconnues par ici, comme la Corne de l’Afrique. Apprendre à s’apprivoiser est un enjeu important pour les deux parties.

Selon Benoît Allègre, le système de l’accueil doit absolument être amélioré en France pour orienter plus rapidement les migrants vers l’emploi, et ne pas en faire des assistés alors qu’ils ont fait preuve d’une force de caractère et d’une énergie vitale incroyables pour arriver jusqu’ici. Et d’insister sur la nécessité de mettre en place des formations plus courtes, comme celles que proposent Base 74 RU avec Pôle emploi : en trois semaines, elles donnent les rudiments de français pour comprendre les consignes élémentaires et être en sécurité sur un chantier. Par des mises en situation réelles, elles permettent de diriger la personne vers le métier le plus adapté à son profil et à son bassin d’emploi.

Un accompagnement professionnel sur mesure est ensuite mis en place avec la signature d’un contrat de travail à temps plein et sur du long terme (dix-huit mois en moyenne). Le reste de l’intégration professionnelle (l’apprentissage du métier) est financé directement par la profession, via l’alternance. En 2021, plus de 35 000 heures de formation ont été engagées par le GEIQ BTP Pays de Savoie Ain, avec un taux de sortie positive de 73 %.


Marie-Christine Fert


Pour aller plus loin : le « grand remplacement », vraiment ?

3 Commentaires

  1. durand

    Avant de faire travailler les immigre commencer donc a faire travailler les Français Il y a suffisamment de chômeurs que l on payent a rien faire
    Seulement les immigrés coûtent moins cher au patronat c est uniquement pou cela qu ils ont du travail car le patronat regarde uniquement la rentabilité le reste il s en fou totalement

    Réponse
    • Durieux

      Le bla bla classique sur les immigrés, les chômeurs, le patronat, etc… je suis gérant dans la restauration, je suis Français, et j’embauche des Français d’origine « étrangère », donc des immigrés. Alors peut-être que leur couleur de peau n’est pas celle que vous attendez (blanche), mais je peux vous assurer que mes salariés d’origines africaines ou maghrebines, EUX, veulent travailler, et qu’en plus ils travaillent BIEN.

      Réponse
    • Gérard Gomès-Léal

      Le problème cher Monsieur Durand c’est qu’ici comme ailleurs les immigrés sont prêts à réaliser toutes les tâches qu’on leur propose y compris les plus ingrates pour réussir à vivre dignement seuls ou en famille ce qui n’est pas forcément le cas de certains des chômeurs dont vous parlez. Ils demandent juste qu’on leur donne les moyens de s’intégrer et d’évoluer sans contrainte dans une société qui les a accueillis parfois au terme d’un long chemin semé d’embûches. Croyez-moi leur situation n’est pas toujours enviable et vous seriez bien avisé de mieux vous renseigner avant de tenir de tels propos.

      Réponse

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