Le 24 février, les Genevois devront dire s’ils acceptent l’initiative populaire «Pour la gratuité des transports publics genevois».

La gratuité des TPG n’a qu’un défaut: son coût
Il sera ardu de compenser les 135 millions de francs perdus par les TPG si l’initiative d’A gauche toute! passe. Anticipant les critiques, les initiants ont lancé une seconde initiative qui, elle, prévoit un mode de financement. Un expert de l’EPFL doute malgré tout de l’efficacité de la gratuité car les exemples étrangers sont peu probants.

Il y a bien des journaux gratuits, pourquoi les transports publics ne le seraient-ils pas? C’est ce que propose l’initiative «Pour la gratuité des Transports Publics Genevois», lancée par A gauche toute! et soumise aux Genevois ce 24 février.

A première vue, l’idée aurait pu séduire au moins les défenseurs de l’environnement et la gauche. Il n’en est rien et la formation à gauche des socialistes se retrouve bien seule avec l’Avivo et les syndicats à défendre la gratuité. Car cette dernière, assurent ses nombreux détracteurs, a un coût et des effets qui ne seraient pas sans péril pour le maintien de la qualité des prestations des TPG.

A l’exemple de Robert Cramer, le magistrat écologiste de tutelle des TPG, qui n’hésite pas à prédire une catastrophe en cas de oui. «Cette initiative équivaut à un démantèlement des transports publics, assure-t-il. Il sera impossible de trouver les ressources nécessaires au financement de la gratuité.»

Facture de 135 millions
En 2007, la billetterie (billets, abonnements et «amendes») a rapporté 135 millions de francs aux TPG. La subvention du canton se monte, elle, à 152 millions. Le financement compensatoire ferait exploser cette dernière à 287 millions. Sans compter l’augmentation de la fréquentation attendue (+25% selon les TPG), qui nécessiterait des efforts financiers accrus.

Ces craintes, les initiants n’en ont cure. Pour eux, il s’agit avant tout de voter sur un principe: «La mobilité est un droit de l’homme et les transports publics doivent être gratuits, tout comme l’est l’éducation publique», rétorque Jérôme Béguin, des Communistes, ce petit groupe de militants qui a conçu l’initiative. Le reste ne serait qu’une question de volonté politique.

En dépit de cette position ferme, le comité d’initiative a bien senti qu’il était trop vulnérable sur le volet financier. Il a créé la surprise en lançant, le 10 janvier, une seconde initiative précisant le mode de financement. Deux sources sont proposées: une taxe sur chaque passager décollant de l’aéroport et une modification de la taxe sur les véhicules motorisés. Le tout devant rapporter environ 150 millions de francs.

«Cela nous a permis de recentrer le débat sur la question de principe, explique Laurent Tettamanti (des Communistes). Cela a coupé l’herbe sous les pieds de nos contradicteurs. Mais il est vrai qu’il y avait aussi une réelle inquiétude de la population à ce sujet.»

Est-ce que ce sera suffisant pour convaincre une majorité de Genevois? Ce n’est pas certain car les citoyens de ce canton savent à quel point il est difficile de faire accepter de nouvelles taxes.

Il n’empêche! Seule contre tous, A gauche toute! a réussi à imposer le débat sur la gratuité des transports publics. Et à le prolonger, quoi qu’il arrive le 24 février, sur le coût des billets et des abonnements. «Nous voulons convaincre les Genevois que la gratuité est possible, conclut Laurent Tettamanti. Et que c’est un choix de société qui permettra un développement durable de notre ville.»

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Un expert de l’EPFL doute malgré tout de l’efficacité de la gratuité car les exemples étrangers sont peu probants.