La Fondation Martin Bodmer expose pour la première fois en Suisse les trésors du «Maténadaran», la prestigieuse bibliothèque d’Erevan, dont l’histoire remonte au Ve siècle. L’histoire de l’Arménie est inséparable de l’écriture et du livre. C’est en quoi elle touche au cœur de la collection des écrits fondateurs de l’histoire humaine que Martin Bodmer édifia comme un monument de la mémoire universelle.

Lorsque, au début du IVe siècle, le royaume d’Arménie, sous protectorat romain, se trouva exposé à la menace de l’empire perse des Sassanides, la conversion des Arméniens au christianisme, opérée par Grégoire l’Illuminateur et adoptée par leur roi Tiridate pour contrer l’influence iranienne, décida de leur histoire.

Mesrop Mashtots
Cette conversion marqua un tournant de l’histoire de la Chrétienté. L’Arménie, que l’on dit à l’origine de l’histoire du monde, où la Bible plaçait le Paradis terrestre et faisait échouer l’arche de Noé sur son mont Ararat, cette terre caucasienne située au point de rencontre entre Orient et Occident au long de trois millénaires, fut, en effet, bien avant Rome, le premier Etat officiellement chrétien. L’Arménie condense notre histoire et ses enjeux.
A la fin du IVe siècle, quand l’Arménie fut partagée entre l’empire romain et le royaume perse, saint Mesrop Mashtots, tel Moïse avec les tables de la Loi, leur apporta en 405 un alphabet divinement inspiré, faisant d’eux aussi un peuple du Livre et un peuple élu. Les «Saints Traducteurs», ses disciples, dotèrent alors ce peuple de culture orale d’un patrimoine de textes bibliques et exégétiques désormais écrits en langue arménienne. La création de l’écriture arménienne permit d’accomplir l’évangélisation et fut le moyen de préserver au long des siècles l’identité d’un peuple qui a toujours résisté au joug que lui imposaient les puissances étrangères: Perses, Arabes, Byzantins, Turcs seldjoukides, Mongols, Turcs Ottomans, Persans et Russes !
C’est pourquoi compte une troisième date symbolique, en 451, celle de la bataille perdue, mais exemplaire d’Awarayr, où ils moururent en martyrs de la foi contre les Perses.

Renaissance
Invention d’une écriture, traductions incessantes, copies de manuscrits dans la diaspora, prolifération du livre imprimé passant par les relais commerciaux, tels furent les moyens proprement spirituels pour préserver une âme et pour renaître des cendres de l’histoire.
«Illuminations d’Arménie», cette nouvelle exposition célèbre un art chrétien du livre «enluminé», réunissant plus de 40 manuscrits du Matenadaran, de la Bibliothèque nationale de France, de la Bibliothèque de Genève, de la Bodmeriana, du Centre arménien de Troinex et du couvent de San Lazzaro à Venise. La lumière qui éclaire la page manuscrite est à l’image de celle qui illumine le cœur s’éveillant à la vérité.

Photos sublimes
Des photographies sublimes des églises du VIIe siècle prises par un historien de l’art s’y ajoutent, révélant la vision architecturale de la Croix mystique propre aux édifices religieux centrés qui font converger vers un carré central surmonté d’une coupole les quatre bras d’une croix, miracle d’architecture réalisant la quadrature du cercle!.

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illuminations d’Arménie Collection du Maténadaran du 15 septembre au 30 décembre 2007 du mardi au dimanche de 14h à 18h