L’important… c’est la rose, chantait le poète. On dit aussi qu’elle est la reine des fleurs, le jardin de roses serait-il le roi des jardins? Histoire de rose, histoire de prose, Françoise Demole, présidente du Concours international de roses nouvelles de Genève, a reçu l’Extension pour nous confier son «jardin secret».

«Le terrain appartenait à l’arrière grand-père de mon mari: Gustave Ador» confie la maîtresse des lieux. Avec vue panoramique sur le Léman, entre arbres, arbustes et compositions florales variées, le jardin semble couler des jours heureux depuis longtemps.

Françoise Demole
«Enfant, j’aidais ma mère au jardin. Elle avait la main verte et depuis cette époque, je suis resté accro au jardinage. Jusqu’à l’âge de 95 ans, ma mère avait une chambre réservée aux plantes dans son appartement. Tout y réussissait et tout y fleurissait! Mon grand-père, Jules Micheli, avait été Président de la Société Genevoise d’Horticulture pendant l’entre-deux-guerres, les chromosomes du jardin étaient déjà présents» s’amuse à dire la présidente. Au début de la seconde guerre mondiale, les citadins suisses furent invités à multiplier les jardins potagers aux abords des villes. «Nous habitions à la Servette et nous avons commencé à cultiver toutes sortes de fruits et légumes: pommes de terre, fraises, carottes, poireaux». Assistante sociale de métier, elle a travaillé auprès du tuteur général et de différents services sociaux. Mélomane, elle a également suivi des cours de solfège et fait des études de piano à un niveau avancé. Un sens de la composition qui l’a suivi dans sa passion du jardinage.

Jardin longiligne
Entretenu de main de maître, le jardin, tout en longueur, ressemble à un petit cocon propice au bonheur familial. Les couleurs sont multiples, vives et chaleureuses, les senteurs sont puissantes, le grand balcon verdoyant combine de multiples talents. De grands rosiers, les bourgeons dressés vers le ciel, arpentent les parois de la demeure. «Ma façade de roses existe depuis 1947» précise Françoise Demole. Loin des bruissements de la ville, le jardin, soutenu par l’extrême diligence d’un jardinier, écrit son histoire sur le rythme des saisons. «La terrasse jardinée a servi de terrain de jeu à mes enfants et aujourd’hui mes petits-enfants» continue l’ambassadrice des roses. Autrement dit, les fleurs délicates devaient être soigneusement disposées à distance respectable des ballons en tous genres… Surplombant un angle de la terrasse, un tilleul taillé en parasol tient la jambe de la pelouse. «La meilleure ombre est celle des arbres» observe l’hôte. C’est vrai, la partie ombragée n’est-elle pas la meilleure façon de mettre en avant la partie lumineuse d’un paysage et même d’un visage? Jeux de lumières, jeux de chaleur, chaque plante a une place définie, chaque fleur un parfum précis. C’est certain, tous les sens sont sollicités ici. «Jardiner est avant tout une hygiène mentale car physiquement on se fait mal au dos, on s’abîme les mains, on est «up and down» tout le temps… L’une des joies, c’est de le cultiver, ou en tous cas de l’embellir» précise Françoise Demole. Et c’est réussi avec ce merveilleux mélange de genres entre lavande, rudbeckias, rosiers blancs, glaïeuls, astères, viburnums, glycines, hortensias blancs (qui se reflèteront dans le bleu de la piscine tout l’été)… L’un des balcons de la maison accueille précieusement un rosier «Madame A. Meillan» appelé aussi «Peace». De beaux ifs accompagnent parfaitement les angles de la maison et adoucissent ses contours, d’immenses rhododendrons rouge carmin colorent les escaliers, et tout au fond du jardin, sous un hêtre rouge magnifiquement branché, dans la serre, quelques beaux citronniers genevois. «J’ai un petit-fils qui fait pousser des papyrus». Au loin, un immense cèdre tricentenaire berce le regard de son feuillage en camouflant légèrement une petite partie de la cité de Calvin.

Calvin et son Musée
Comme dans tous jardins, les pensées se libèrent et les souvenirs se mêlent aux projets. Du jardin à l’histoire, il n’y a qu’un pas. «Mon père Max Dominicé – Pasteur à St-Gervais pendant 20 ans –, avait une passion de Genève qu’il nous a communiquée à tous. Il se désespérait de voir tous ses amis des quatre coins du monde s’interroger sur l’absence d’un Musée Calvin ou d’un Musée de la réforme dans une ville pourtant réformée depuis 1536. Mon père n’a pas eu le temps de le réaliser mais en a confié la mission à Olivier Fatio qui m’a enjoint à venir l’aider. Nous sommes en train de préparer le 500ème anniversaire de Calvin (1509-2009) avec tous les acteurs: l’Université, le Collège, l’Église et notre Musée» explique la présidente du Conseil de fondation du Musée international de la Réforme. Situé au cœur de la vieille-ville de Genève dans la prestigieuse Maison Mallet, le Musée retrace toute l’histoire du développement de Genève, autrefois simple petite bourgade sur une colline. Devenue grande, réputée pour ses banques, ses organisations internationales, ses services, Genève l’est également pour ses fleurs, et ses roses bien sûr.

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Le Concours, qui aura lieu le lundi 16 juin, fête cette année son 61ème anniversaire.