Michel Balestra, 13 fois champion suisse d’haltérophilie, Directeur de Balestrafic SA -Transports et Déménagements – spécialiste de l’économie genevoise, féru d’économie politique, est président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et des services de Genève depuis plus 5 ans et demi. Son 6ème et dernier mandat prendra fin au mois d’avril 2008.

Comment était la chambre au moment de votre arrivée?
Créée en 1865, la CCIG est une vieille dame de plus de 140 ans qui a passé toutes les années de manière tout à fait exemplaire. Le challenge n’était pas de faire mieux qu’avant, mais d’essayer de faire aussi bien. C’est ce que nous nous sommes appliqués à faire les collaborateurs et moi-même pendant ces 6 années.

En 6 ans qu’est ce qui a changé?
Aujourd’hui, les dossiers politiques qui vont influencer le fonctionnement de l’économie sont de plus en plus complexes. La formation de l’opinion est donc plus nécessaire que jamais. La Chambre doit réunir l’ensemble des opérateurs économiques pour connaître leur position sur l’évolution politique et doit être capable d’en faire un résumé compréhensible pour la majorité de la population. Celle-ci ne se contente plus de slogan. Elle veut qu’on lui explique. Elle veut être convaincue qu’un projet fera de sa vie demain une vie meilleure qu’aujourd’hui. L’économie est l’économie de tous… Que ce soit la droite ou la gauche, c’est égal. Il faut simplement que les conditions-cadres de l’économie soient respectées. Et que l’économie puisse s’exprimer.

Qu’attendent les membres de la Chambre?
La CCI offre d’abord des produits. Elle assure par exemple le cautionnement provisoire des exportations temporaires. Pour l’industrie d’exportation genevoise qui représente plus de 50% du produit cantonal, c’est un mécanisme tout à fait indispensable… Nous développons aussi l’arbitrage international. La Suisse est très bien placée au cœur de l’Europe pour être une cité de l’arbitrage du commerce international. Nous sommes également actifs sur la médiation commerciale. Bien sûr, comme toute chambre de commerce, la CCI met en relation d’affaires les entreprises et organise de grandes manifestations comme l’évènement économique.

Est-ce le rôle de la Chambre de faire du lobbying?
Toute la difficulté, c’est qu’une entreprise par nature, n’a ni le temps, ni les moyens de résister à l’évolution des marchés et à l’évolution des conditions de production. Alors elle s’adapte… Soit en faisant évoluer ses produits, soit en allant dans des lieux qui lui offrent des conditions-cadres avantageuses pour son développement. Et là, la CCI a un rôle majeur: celui de trouver le plus grand commun dénominateur en matière de fiscalité, d’aménagement du territoire, de circulation, de sécurité, salubrité, pour l’économie et de les communiquer aux autorités politiques et à la population. L’entreprise est la mieux placée pour percevoir au mieux les évolutions du monde économique… Et d’avoir une organisation qui récupère ce genre d’informations, qui les synthétisent et qui les communiquent, c’est absolument déterminant. Alors si c’est cela qu’on appelle du lobbying, oui c’est le devoir de la Chambre de le faire.

Avez-vous changé votre vision sur le Développement durable?
Je pense que, contrairement à ce qu’on imagine, les entreprises ont toujours eu à cœur, en tous cas en Suisse, de respecter l’environnement et de respecter leur engagement social. Je ne pense pas qu’il y ait un système plus proche du terrain, plus en phase avec la réalité, donc plus social, que le système suisse. Les entreprises suisses ont toujours été dans un environnement d’une qualité exceptionnelle. La Suisse a toujours été le pays d’une industrie propre. La Suisse ne produit même pas 1 pour 1000 de la production de CO2 au niveau international. L’équilibre entre l’économique, le social et l’écologique, c’est vraiment là dessus qu’on doit travailler sans mettre les gens dos à dos, en leur faisant comprendre qu’ils sont tous sur le même navire, à des postes différents et avec chacun leurs responsabilités. La CCI a trouvé que c’était tellement nécessaire que des fiches pratiques à destination des PME ont été réalisées en accord avec les services de l’Etat par la Chambre. Mon entreprise dispose d’une plate-forme de transbordement rail-route, soit un système de distribution parmi les plus écologiques.

Quel est le défi de Genève?
Genève doit choisir d’accepter son développement. Et pour faire ce choix, elle doit accepter de loger une plus grande partie de ses actifs. Le vrai problème économique de Genève aujourd’hui, c’est le logement. Quelles conséquences? Le trafic pendulaire avec 380’000 passages par jour et une asphyxie complète des pénétrantes au centre de Genève.

A quelle région la Genève économique devrait-elle appartenir?
Nous avons une chance exceptionnelle, c’est d’être à la croisée des chemins sur le développement mondial ouest-est. Et si nous sommes capables, non pas d’être en concurrence entre Lausanne, Neuchâtel, Genève, Lyon, Grenoble, mais de travailler ensemble sur les axes du Master Plan, et de faire de l’ensemble de cette région le cœur des axes de développement ouest-est, alors l’avenir est totalement exceptionnel. Etre au cœur de cette région qui est au cœur de ce développement est une chance historique qui n’a jamais eu d’égal. Je ne vais pas l’arrêter ni à Etrembières ni à Thoiry, c’est la région que les entreprises seront capables de desservir en tant que marché.

Pouvez-vous nous parler du partenariat avec «Place des Affaires»*?
Je pense sincèrement et du fond du cœur que «Place des Affaires» est un vrai bon concept. Je suis d’ailleurs très triste que la CCI n’ait pas eu cette idée. C’est la possibilité pour les entreprises genevoises de présenter leurs services et leurs produits, de se rencontrer pendant quelques journées privilégiées et d’avoir la circulation de l’ensemble des clients entre les différentes entreprises. Et le fait qu’il ait pu être réédité avec le succès que Place des Affaires a obtenu, c’est la preuve que c’est une vraie bonne idée. C’est tout à fait naturel que la Chambre salue cette réalisation et dans la mesure de ses moyens participe à sa réussite.

Finalement, quelle doit être la qualité d’un entrepreneur?
Je disais que l’entreprise n’a ni le temps ni les moyens de résister et qu’elle doit s’adapter… Or, la qualité première d’un entrepreneur, c’est de résister. Mais c’est de résister sur ce qu’il maîtrise. Pas de résister aux tendances lourdes qui restent incontournables. Une entreprise est soumise à 3 vecteurs: ses clients, ses fournisseurs, et son personnel. Au milieu, l’entrepreneur doit régler le curseur des frustrations pour permettre à tous de vivre de manière acceptable tout en conservant une marge qui permette de financer les investissements, la Recherche & Développement, et d’assurer les emplois à l’avenir. Le métier d’un entrepreneur, c’est donc le métier d’un homme de caractère qui doit résister dans une entreprise qui s’adapte.

Des projets futurs?
Je suis très fier que le Conseil d’Etat m’ait donné la présidence du Conseil d’administration des HUG il y a deux ans. Les HUG, ce sont 10’000 personnes et 1 milliard 420 millions de budget. Je suis aussi heureux du développement de mon entreprise. Et j’aimerais faire partager mes expériences et mon savoir-faire avec mon fils.

* Retrouvez le programme de l’événement économique «Place des Affaires» dans le cahier central du magazine.

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Pour Michel Balestra, le vrai problème économique de Genève aujourd’hui, c’est le logement.