Marie Curie, modèle et inspiration

par | 29 Déc 2011

Marie Curie-Sklodowska (1867-1934), femme d’exception, deux prix Nobel, deux filles dont l’une, Irène, aura elle aussi un prix Nobel, «la seule personne que la gloire n’ait jamais corrompue» (Albert Einstein) même si elle fut la femme la plus célèbre de son temps; Marie Curie l’ensorceleuse aux yeux gris, femme libre, d’orgueil, de passion et de labeur, grande amoureuse, frugale et exigeante plus qu’il n’est possible de l’imaginer…

Marie Sklodowska, jeune Polonaise, immigre en France à la fin du 19ème siècle pour étudier à la Sorbonne. Non sans avoir au préalable payé les études de médecine de sa soeur Bronia, en travaillant comme «jeune fille» comme l’on dit aujourd’hui, dans des familles bourgeoises polonaises. En 1893, Marie Sklodowska est reçue première à la licence ès sciences physiques; en 1894, deuxième à la licence ès mathématiques; plus tard, première au concours d’agrégation. Celle qui voulait devenir «quelqu’un» – c’est-à-dire elle-même avant tout – travaille. Le travail, au centre de son existence, un travail qui ne l’empêchera nullement de vivre une vie riche de mille vies – bien au contraire. Une femme modèle, en tout, y compris de par ses doutes, salutaires toujours.
Une fois à Paris, Marie Sklodowska devient rapidement «franco-polonaise», tant par son mari, Pierre Curie, que par ses engagements. Ses cendres sont françaises sans aucun doute et se trouvent désormais au Panthéon, aux cotés de celles de son mari et collaborateur bien aimé, Pierre Curie, et de celles de Paul Langevin, avec lequel elle vécut une histoire passionnée qui fera scandale.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas à ses cendres que nous nous intéressons, mais à sa vie – ses vies – si souvent revisitées dans des livres, désormais aussi par la musique. La Pologne en effet se passionne plus que jamais pour son héroïne et fait revivre Marie Curie-Sklodowska. A Paris encore! Dans le cadre de la présidence polonaise de l’Union européenne, Krzysztof Kocel, Ambassadeur, Délégué permanent de la Pologne auprès de l’UNESCO à Paris, grand amoureux de musique, a organisé, le 15 novembre 2011, la première mondiale de l’opéra «Marie Curie» de la compositrice Elsbieta Sikora, elle aussi franco-polonaise. Elsbieta Sikora? Une autre grande dame, de la musique contemporaine en l’occurrence. Après des études de composition, d’électroacoustique, d’analyse, d’informatique musicale,… elle se voit largement reconnue et primée (Prix aux concours de composition à Varsovie, Dresde, Mannheim, Bourges; deux Prix de la SACEM en 1994; Prix «Nouveau Talent Musique» de la SACD en 1996, Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République Polonaise, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2004…) et vient d’être nommée directrice artistique du festival Musica Electronica Nova 2013. Une première mondiale qui est un immense succès, grâce aussi à l’interprète de Marie Curie, la merveilleuse Anna Mikolajczyk.
Sur la scène de l’opéra, nous nous retrouvons peu avant l’attribution du premier prix Nobel reçu par Marie – et Pierre – Curie. Nous revivons ensuite l’accident de Pierre, une tragédie pour Marie; son travail après la mort de son époux, sa liaison avec Paul Langevin, le scandale que cela provoque, puis le deuxième prix Nobel; l’arrivée de la guerre enfin, les Etats Unis, la mort, celle d’une femme qui aura vécu pleinement sa vie, fidèle à elle même, intense, extrême. Une intensité qui ne la protège pas du doute, qu’il soit à la fois scientifique ou existentiel: d’ailleurs, au début de l’opéra, Einstein met Marie en garde contre les conséquences que les découvertes scientifiques peuvent entraîner si elles ne sont pas maîtrisées. Le doute est ainsi l’un des véritables sujets de cet opéra étonnant, qui fait revivre sous nos yeux Marie Curie et la Pologne d’un même tenant.

A la recherche de Marie Curie lui aussi, Marek Weiss, directeur de l’Opéra Baltique de Gdansk, s’exprime ainsi (extrait) : «J’essaie d’imaginer la conversation que j’aurais, moi, homme contemporain, s’il m’était donné de m’entretenir avec elle pendant quelques instants. Cette conversation pourrait avoir lieu la nuit où elle dut prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie – allait-elle, oui ou non, accepter pour la seconde fois le prix Nobel? L’un des membres du comité de l’Académie royale lui avait suggéré de renoncer au prix en raison du scandale qui avait éclaté dans les dernières semaines autour de sa liaison avec Paul Langevin. Cette nuit blanche de novembre, où il lui fallut prendre une décision, fut pour Marie une épreuve de force. Il serait fascinant de la vivre à ses côtés: une nuit lors de laquelle les fantômes du passé et de l’avenir assaillent notre héroïne… N’est-il pas vrai que seul l’opéra avec tout son appareil à mettre en scène le pathos peut se mesurer à un tel sujet ?».

On connaît la suite. Marie Curie a reçu un deuxième prix Nobel. Le Prix Nobel, et c’est heureux, récompense non pas le respect des convenances sociales – mais la qualité, scientifique et humaine.

Libres livres

Une femme honorable, de Françoise Giroud

Françoise Giroud est née à Genève en 1916. Femme d’exception, elle commencera sa carrière en étant script girl, assistante-metteur en scène, et écrit des chansons, des scénarios, des dialogues, avant de se consacrer au journalisme. Elle dirige pendant sept ans la rédaction du magazine ELLE avant de fonder, avec Jean Jacques Servan Schreiber, L’Express, qu’elle dirigera jusqu’en 1974. Elle sera ensuite secrétaire d’Etat à la Condition féminine puis Secrétaire d’Etat à la culture. Elle publie Une femme honorable, récit de la vie de Marie Curie, en 1981 chez Fayard.
Françoise Giroud, femme d’exception donc, elle aussi – elles sont nombreuses en ces pages –, nous fait découvrir avec passion et rigueur une Marie Curie passionnée et rigoureuse elle aussi. Une biographie qui se lit comme un roman, sous une plume acérée, qui n’oublie pas, entre affection et fascination pour cette femme «dure et douce, irréductible et fragile, vénérée et insultée», qu’elle a pu être, aussi, «irritante» selon les termes mêmes de Françoise Giroud. Pas une hagiographie donc – et heureusement – mais bien l’histoire d’une femme, qui aura su, au-delà de ses fantastiques découvertes, concilier vie familiale et professionnelle. En choisissant notamment de renoncer au confort: le mobilier de l’appartement où habitaient les mariés rue de la Glacière est réduit au minimum: le confort risquerait de prendre du temps sur celui du laboratoire. «J’arrange peu à peu mon appartement, écrit Marie à son frère en 1895, mais je compte lui garder un style qui ne me donne aucun souci et qui ne réclame pas d’entretien…» écrit Marie Curie. Et au luxe bien sûr: la robe de mariée est choisie, elle aussi, «sobre», pour que Marie puisse la mettre ensuite pour travailler en son laboratoire… Ce laboratoire, qui ressemblait plus à un hangar qu’à un laboratoire d’aujourd’hui, et dans lequel elle purifiera sans relâche la «pechblende» (oxyde d’urane), extraite des mines de Bohême, dont la radioactivité plus forte que celle de l’uranium lui faisait suspecter l’existence d’un élément radioactif différent, nouveau: le radium, qui rongera les doigts de Marie, sa santé et jusqu’à sa vie, mais qui la fera rayonner aussi des mille feux que la découverte allume en ceux qui se dédient à elle…
En exergue du livre, cette merveilleuse phrase de Paul Valéry: «Les esprits valent ce qu’ils exigent. Je vaux ce que je veux». Alors, comme Marie Curie exigeons tout! De nous-mêmes d’abord.
Par Barbara Polla, Médecin, galeriste, écrivain…

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Madame Curie, Opéra de Elzbieta Sikora
Anna Mikolajczyk chante Marie Curie; Pawel Skaluba chante Pierre Curie
Opera Bałtycka, Gdansk

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