Maxime Chattam…

Prisonnier de son succès, un écrivain décide de tout quitter pour entrer au plus profond de ses cauchemars, de ses abysses, explorer ce qu’il y a de pire en lui. Dans ce terreau de peurs se cache la matrice des monstres enfouis en chacun de nous. Un Léviathan d’ombres, un golem de violence. Guy de Timée voulait déterrer la fange, il va rencontrer le Mal. Des cercles ésotériques du Paris 1900 aux démesures de l’Exposition universelle, le début du XXe siècle inspire à Maxime Chattam un thriller halluciné où les progrès de la science nourrissent la folie des âmes perdues en quête d’éternité. Son titre? «Léviatemps»1.

Maxime Chattam il y a dans ce titre un jeu de mot entre le Léviathan et le temps qui compte beaucoup dans cette histoire?
Il y a longtemps que je voulais parler du temps, mais il fallait juste trouver le bon moment. Et il m’a semblé évident, le temps passant, que ce livre ne serait pas une histoire contemporaine. Le tout étant de trouver comment concilier ce qui est une passion et une intrigue policière qui n’intéresserait pas que moi. Dans la première idée que je m’étais faite de ce qu’allait devenir le roman, je me voyais entrer dans le détail de l’horlogerie en parlant de tourbillons par exemple. Je ne sais pas si en Suisse, vous êtes génétiquement prédisposés à comprendre ce genre de choses, mais en France ce n’aurait absolument pas été possible. Il a donc fallu trouver un moyen de concrétiser le temps dans une histoire et de le travailler à tous les niveaux. Le temps reste le tueur en série le plus redoutable de l’histoire de l’homme, celui auquel personne n’échappe.

Le Léviathan fait aussi référence à vos œuvres précédentes!
Oui, il renvoie à «Autre-monde» (2) la fresque romanesque qui parle de la fin du monde, ou plutôt du début d’un nouveau monde dans lequel les enfants ont un rôle à jouer bien plus important qu’aujourd’hui. Mais Léviathan c’était avant tout pour moi cette créature qui vit dans les abysses, dans nos abysses. C’est notre part d’ombre. C’est cette entité qui nous fait prendre des décisions sans être tout à fait conscient de ce qu’on fait. C’est l’inconscient d’une certaine manière. Mais «Léviathan» est aussi un ouvrage de Thomas Hobbes qui m’intéresse beaucoup. Je me sens beaucoup plus proche de lui que de Rousseau par exemple car il considère que l’homme est capable de basculer beaucoup plus facilement dans les excès, dans le vice ou dans ce que nous pourrions définir comme étant le Mal. C’est à mon sens plus intéressant que de dire que l’homme naît profondément bon et que c’est la société qui va le pervertir. Je pense que la société n’est que le reflet de ce que nous sommes et qu’elle nous renvoie à ce que nous avons fait.

Malgré l’horreur des meurtres dont il est le témoin, votre héros, Guy de Timée, ressent une certaine fascination pour cette horreur…
C’est un romancier pour qui tout va bien et, un beau jour, il décide de claquer la porte et de tout quitter. Femme, famille, succès, sa vie! Il décide de tirer un trait, de se reconstruire, mais d’abord de se perdre dans les vices et les excès pendant plusieurs mois. Et lorsqu’il décide de partir dans quelque chose de nouveau, il va s’enfermer dans les combles d’une maison close, et ce n’est pas un hasard s’il va s’installer dans les combles. Ce capharnaüm dont ne sait pas trop ce qu’il est, c’est le reflet de sa conscience. C’est en fait sa pensée.

C’est la première fois que votre héros est un écrivain. De plus il s’appelle Guy, qui est votre deuxième prénom. On a le sentiment que ce personnage vous permet de porter un regard sur votre propre travail, mais aussi de nous dire qui vous auriez aimé être ou qui vous auriez pu être?
Oui, oui. Si j’ai choisi un romancier, ce que je n’ai jamais fait dans mes romans précédents, ce n’est pas un choix anodin. Ça signifie que l’heure est venue pour moi de parler de ce que je fais, et donc de ce que je suis. Alors, après, je le fais au travers de la fiction. Mais il n’empêche qu’au travers de ce qu’il est, de ce qu’il pense, de ce qu’il fait, je me suis projeté plusieurs fois dans ce personnage, d’autant plus qu’effectivement Guy est mon deuxième prénom.

Et Timée est un dialogue de Platon qui n’est pas tout à fait un dialogue, il s’agit plutôt d’un mythe vraisemblable qui décrit la genèse du monde physique et la genèse de l’homme…
… et de la pluralité. Oui, il est cette incarnation, mais c’est une projection. A travers ses yeux, je peux mettre en avant pas mal d’éléments du quotidien du romancier et en même temps, des aspects qui renvoient aux limites du roman policier et du romancier qui croit qu’il peut tout maîtriser et donner un sens à toute chose. Dans toute l’histoire, il va tenter de confondre la réalité à ce qu’il pense que le monde est. Comme si la réalité pouvait être schématisée et rentrer dans une petite boîte qui est celle de son cerveau.

Mais s’il fuit, sa femme notamment, c’est parce qu’il a aussi l’impression que sa pensée est en partie formatée par la proximité de cette femme.
Il est tombé dans une belle-famille un peu particulière qui a bridé l’homme qu’il était avec une femme qui est un personnage très très fort, qu’on ne voit jamais dans le roman, mais qui est abordé par les yeux de son mari. Il faut donc aussi se méfier de ce qu’on lit comme ça. Ce livre est un diptyque, même si ce roman se suffit à lui-même et qu’il y a une fin. Il y a une autre partie qui arrive, je suis en train de la terminer, dans laquelle on va découvrir que tous les excès de Guy, sa vision, sa pensée, sont contrebalancés par une autre vision de l’histoire, y compris dans les moindres détails de l’histoire policière.

Je me suis demandé si vous n’aviez pas songé à publier ce livre sous pseudonyme.
Non, et c’est là que c’est intéressant. Si j’avais écrit ce livre en premier dans ma carrière de romancier, je ne pense pas qu’il aurait été d’un grand intérêt d’utiliser un romancier comme personnage. Or je le fais à un moment où le fait d’utiliser un romancier me permet de dire que je fais un premier bilan de ce que j’ai écrit jusqu’ici, des thématiques que j’ai travaillées et des univers que j’ai voulu balayer. Je m’arrête pour faire ce premier bilan et pour préparer ce que va être la suite. Finalement les livres sont un prétexte au divertissement mais surtout un prétexte à une réflexion pour essayer de mieux comprendre la civilisation dans laquelle nous sommes. C’est en tout cas comme ça que je conçois ma littérature.

C’est un livre charnière, on y retrouve tous les grands thèmes de vos livres précédents, mais il annonce aussi la suite comme si les quatre ou cinq prochains livres étaient déjà dans votre tête?
C’est exactement ça. Dans ce diptyque, le premier volume est censé être le bilan de ce qui a été fait, et le second est censé être la projection vers ce qui va suivre. C’est le préambule à la thèse qui va suivre dans les livres à venir, sachant que j’ai toujours plusieurs projets en tête pour les faire mûrir. Pendant que j’écris un livre, j’essaie de faire mûrir cinq ou six autres histoires. En fait, avec «Autre-monde» (2) et les thrillers, j’ai à peu près dix romans en tête. Maintenant, il n’y a plus qu’à les rédiger.
Pascal Schouwey
1 « Léviatemps », aux éditions Albin Michel, 443 pages
2 Trilogie romanesque publié par Albin Michel

…met son érudition au service de ses thrillers

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ