Maxime Morin occupe la fonction de directeur du centre hospitalier de la Savoie (CHS) depuis avril 2025. Après une carrière dans les hôpitaux de France, il dirige son premier établissement psychiatrique. Maxime Morin a pour mission notamment de mener à bien un programme immobilier de 40 M€. Interview.
Quels sont les principaux travaux engagés au CHS de la Savoie ?
Le projet d’établissement du CHS, prévu jusqu’en 2029, repose sur un programme d’investissements de 40 M€. L’opération phare du moment est la construction de la nouvelle maison d’accueil spécialisée (14 M€), dont la livraison est attendue fin 2026. D’autres projets sont engagés : reconversion de bâtiments, rénovation du château, création du dispositif d’intervention précoce en Savoie et d’un bâtiment tertiaire dédié aux équipes médicales et au service « Santé mentale et justice ». Une partie de ces opérations devra être achevée avant la fermeture du site de la Livettaz en 2028 que nous avons vendu 20 M€ à l’EPFL pour le compte de la mairie de Bassens, tandis que d’autres chantiers se poursuivront au-delà.
Que deviendra l’ancien bâtiment qui hébergeait la maison d’accueil spécialisée ?
L’ancien bâtiment était devenu vétuste : il subira une transformation pour accueillir deux activités : les services techniques et logistiques et les fonctions financières. Il sera reconfiguré complètement de l’intérieur. Il bénéficiera d’une petite extension pour héberger les entrepôts et le magasin général ainsi que le garage : nous avons un important parc automobile à gérer d’à peu près une centaine de véhicules. Ces services se trouvent toujours à La Livettaz.
Vous prévoyez d’autres bâtiments neufs ?
Nous allons construire un bâtiment de PC médicaux, lieux de travail des médecins, des cadres, des assistantes médicales, des secrétaires médicales ainsi qu’une partie du service « santé mentale et justice ». Le bâtiment sera sur trois niveaux : l’investissement se monte à 4 M€. Nous attendons la validation du permis de construire pour lancer la consultation des entreprises.
Vous menez également des chantiers de réhabilitation… où en sont ces opérations ?
Il y a un chantier pour lequel nous avons aussi déposé le permis de construire. Il s’agit d’un bâtiment d’hospitalisation qui a fermé ses portes en janvier 2025 et dans lequel nous allons installer un tout nouveau service : le DIPSA ou dispositif d’intervention précoce en Savoie qui comptera une douzaine de lits. Il y a plusieurs autres petites unités qui vont y être intégrées : le bâtiment sera entièrement reconfiguré. En parallèle, le château continue d’être rénové : le rez-de-chaussée est terminé, on y trouve le centre de documentation, une bibliothèque et le hall historique. Les deux niveaux du dessus seront dotés d’un ascenseur installé à l’arrière pour assurer l’accès PMR aux futures salles de formation et de réunion. Cette opération va se dérouler à partir de cet hiver.

Quelle est la santé financière du CHS de la Savoie ?
Nous nous trouvons dans une situation confortable avec des excédents un peu exceptionnels depuis trois ou quatre ans, entre 4 et 6 M€ chaque année. C’est pourquoi nous sommes à l’aise pour investir grâce notamment au produit de la cession de La Livettaz que nous percevons ces quatre dernières années. Notre budget de fonctionnement tout consolidé, en comptant les différents établissements et services, s’établit autour de 85 M€ dont 75 M€ pour le CHS seul.
La psychiatrie rencontre des difficultés de recrutement, pourquoi ?
La spécialité manque de médecins, elle doit remplacer plusieurs générations qui partent à la retraite. Il n’y a pas assez de jeunes qui choisissent d’être formés en psychiatrie pour venir remplacer les générations des années 70-80 qui ont été très importantes, à la faveur d’un fort développement des établissements de psychiatrie. La répartition territoriale complique également les recrutements, car les psychiatres en Savoie doivent souvent intervenir sur plusieurs sites éloignés : Saint-Jean-de-Maurienne, à Albertville et Aix-les-Bains, Pont-de-Beauvoisin et Yenne. C’est une spécialité où la mobilité s’impose mais certains de ces territoires sont plus difficiles à couvrir que d’autres. La psychiatrie mérite autant que la médecine générale d’être présente partout sur le territoire.
Comment remédier au manque d’attractivité de la profession ?
La commission médicale d’établissement mène plusieurs travaux de fond : analyse sur l’attractivité, réflexion autour de la manière de mieux accueillir les nouveaux arrivants ou encore de faire venir des internes. Cette année, nous avons enregistré environ une douzaine de recrutements, pour quatre départs. Le ratio est très positif, ce qui est loin d’avoir été le cas ces trois dernières années où la balance était soit équilibrée, soit négative. L’autre particularité c’est que, contrairement aux établissements de santé généralistes, la psychiatrie se porte bien financièrement, en grande partie à cause des nombreux postes vacants. Cela génère des économies – bien involontaires – sur le personnel médical.
Peut-on affirmer que la situation s’améliore en Savoie ?
Cette année est encourageante, avec nos douze recrutements, mais à présent il faut inscrire cette amélioration dans la durée. Entre douze et treize postes médicaux restent vacants tandis que d’autres départs sont prévus. L’établissement nécessite autour de 70 médecins psychiatres. Aujourd’hui, l’équipe est constituée d’environ 55 professionnels. Le besoin demeure assez marqué avec une pyramide des âges élevée.
Il y a eu récemment une révision des projets territoriaux de santé mentale, qu’en est-il ressorti ?
Au printemps dernier, tous les acteurs impliqués dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM), se sont réunis. Nous travaillons beaucoup sur la déstigmatisation et la prévention en santé mentale : nous nous concentrons sur l’amont et l’aval de la pathologie psychiatrique à l’échelle départementale. Rappelons que la psychiatrie ne se résume pas à l’hospitalisation. Elle repose largement sur l’accompagnement de proximité, le travail en réseau et l’information. Aujourd’hui, les institutions spécialisées comme la nôtre ne peuvent plus agir seule : la santé mentale est une responsabilité collective.
85M€ : c’est le montant du budget de fonctionnement consolidé du centre hospitalier de la Savoie, tous sites confondus, dont 75M€ uniquement pour le site de Bassens.
Des comptes solides, mais une offre de soins sous tension
Si le Centre hospitalier spécialisé de la Savoie affiche une situation financière favorable, avec près de 4 M€ d’excédent en 2025 et un programme d’investissement de 40 M€, ces résultats ne permettent pas de conclure que la psychiatrie départementale échappe à la crise. Une partie des économies provient en effet des postes médicaux vacants : le CHS compte environ 55 psychiatres pour un besoin estimé à 70, tandis que la densité départementale demeure inférieure de près de 18 % à la moyenne nationale.
L’établissement a par ailleurs perdu, selon les syndicats, une centaine de lits depuis 2016 et ne dispose actuellement que de 175 lits pour adultes et dix pour adolescents. Certifié fin 2025 par la Haute Autorité de santé pour la qualité globale de ses soins, le CHS conserve donc des résultats reconnus une fois les patients pris en charge.
Mais les difficultés de recrutement, les délais d’accès aux structures ambulatoires et les disparités entre Chambéry et les vallées témoignent d’une offre toujours sous forte tension. La psychiatrie savoyarde se porte bien financièrement ; il serait en revanche excessif d’affirmer qu’elle ne traverse pas de crise, comment partout en France.
Leïla Oufkir et Groupe Ecomedia








Quel baratin !
Certification de l’HAS , les dés sont pipés dès le départ ! Le CHS prévenu quand l’HAS passe, donc tout est mis en place pour… mais dans la réalité, c’est la catastrophe ! Un manque criant de médecin et une prise en charge qui laisse à désirer, quand ça ne tourne pas au drame. Quand on est complètement shooté , les bâtiments flambants neufs, ça fait une belle jambe!
Enfin le monsieur est content de lui…