Cette fin d’année nous vaut un climat de tempête. 2009 se caractérise par un dénominateur commun à tous les chefs d’entreprise: on navigue à vue, rien n’est sûr.

Pour couronner toutes les incertitudes, l’année 2009 est électorale à Genève. Un rendez-vous quadriennal qui ne rime jamais avec un dynamisme hors du commun autour des projets et des réalisations. C’est aussi le 500e anniversaire de la naissance de Jean Calvin. Puisse cet événement annoncer des réformes, autres que religieuses, dont le canton a besoin… On peut toujours rêver.

Quelle crise?
La spirale est enclenchée. Une annonce calamiteuse en entraîne une autre. L’effet de caisse de résonance des médias n’a jamais été aussi patent. La sensibilité aux annonces est extrême. On n’a jamais vu le Dow Jones prendre 6,54% d’un coup. C’est arrivé le jour de l’annonce de l’arrivée de Timothy Geithner, président de la Réserve Fédérale de New York, au poste de secrétaire au Trésor dans le gouvernement de Barak Obama… qui ne prendra ses fonctions qu’en février. Au discours suivant du président élu, c’est un bond de 10%. A la baisse, il convient d’observer qu’une chute de 10% en une semaine n’est plus considérée comme un événement historique.
En Suisse? Les sursauts du SMI retiennent un peu trop l’attention. Il vaut la peine de relever que les autorités fédérales parlent encore d’une croissance pour 2009, certes réduite à des miettes mais ce n’est pas une récession. Au contraire de l’OCDE qui parle d’un recul de… 0,2%.
Bref, personne ne se risque plus à jouer les prophètes. Les médias pensent qu’il faudra 9 mois au plan américain pour déployer ses effets. De ce côté de l’Atlantique et dans notre petite Suisse, on s’apprête surtout à retrousser ses manches.
Comment réagissent ceux qui sont au front, à la tête d’entreprises orientées vers le consommateur? Leurs réponses.

Le bon rapport
Donato Bochicchio est patron de la marque de voitures Skoda en Suisse. A la question «que faites-vous face à la crise?» il sourit. «Nous restons imperturbables! Nous parlons de rapport prix/qualité, cela va devenir encore plus important ces prochains mois. Nous sommes la 11e marque en Suisse et le modèle Octavia est numéro 2 des ventes juste derrière la VW Golf. Dans la classe des breaks, des motorisations diesel et de la transmission intégrale nous sommes premiers partout. En Suisse, la crise n’est pas là. Nous n’enregistrons qu’une petite baisse des commandes. Le marché total devrait rester globalement stable, donc nous allons encore gagner des parts. Notre réponse à la crise est la nouvelle Octavia avec des prix encore meilleurs en décembre.»

Sim-pli-ci-té!
Grand Nordique au sourire étincelant, Lars Björk a gagné le «Audemars Piguet Changing Times Award» pour son entreprise QlikTech. Nous lui demandons s’il pense que les réseaux vont être la solution pour s’en sortir. «Nous avons 450’000 utilisateurs de notre logiciel dans le monde et 10’000 entreprises ont acheté nos produits. Ce qui augmente la valeur du réseau est la récompense que les consommateurs en tirent. Pourquoi nous font-ils une telle renommée? La réponse est: simplicité. Notre produit est simple à déployer, à utiliser et à changer. Il ne demande pas d’entrainement et simplifie la vie de la récolte et de l’utilisation des données.»

Un peu méfiant, nous lui demandons un exemple concret de résultat. «En Israël, les forces de polices spécialisées dans la poursuite des criminels recherchaient un violeur depuis 18 mois. Avec Qlik ils ont mis ensemble toutes les données, les témoignages, les informations des personnes qui l’avaient vu, qui avaient décrit une voiture. Dix jours après ils ont pu établir un profil qui s’appliquait à une quinzaine de suspects. Ils ont prélevé leur ADN et le coupable était parmi eux, ils ont pu l’arrêter. J’ai un autre exemple: dans un hôpital suédois spécialisé dans les accidents de la route. Quand un blessé arrive, ils doivent prendre en compte tous les paramètres mesurés, radios, pouls, scanner et autres. Il leur fallait auparavant une heure pour tout évaluer et décider s’il fallait opérer, si c’était trop risqué ou inutile. Désormais, cela prend 30 secondes.» Lars Björk s’amuse en citant un autre cas hors de son domaine d’activité: «Quel est le produit qui a eu la plus forte croissance ces dernières années? L’iPod. La raison n’est pas qu’il est meilleur, plus ceci ou cela. Cet engouement s’explique par sa simplicité.»

Le travail
On ne dirait pas que l’année 2009 sera celle de sa retraite. Georges-Henri Meylan, directeur général et administrateur délégué de la marque de montres Audemars Piguet constate que «nous sommes dans une spirale de pessimisme. Les mauvaises nouvelles arrivent chaque jour. Il faudra bien résoudre le problème. Pour nous, une telle situation implique de développer notre créativité et notre innovation, d’augmenter notre dynamisme. Nous n’allons pas rester passifs. Nous savons que plein de gens sont intéressés à acheter une montre de qualité. Nous allons travailler plus, nous battre davantage. La crise est celle du crédit. Or nous n’avons jamais perdu d’argent depuis la Seconde Guerre Mondiale. C’est l’avantage d’une entreprise familiale qui n’est pas cotée en bourse, elle a une vision à long terme et n’a pas à justifier de résultats annuels.» Et personnellement? «Je suis passionné par mon métier. Je vais inciter mes collaborateurs à travailler sur nos fondamentaux, travailler le marché, nous rapprocher de nos clients. Nous devons montrer que c’est toujours intéressant d’acheter une belle montre.»

Parler
«La crise est, plus que n’importe quand, le moment de parler avec les personnes actives dans l’économie et de comparer nos notes. Nous le faisons dans une organisation où je suis actif, «Young Presidents Organisation» et nous confrontons ce que les dirigeants pensent». Sven Lingjaerde est président de ETT Euro Tech Tour, une activité bénévole qui occupe 20% de son temps. Echanger entre dirigeants permet d’élaborer des scénarios anticipés. «Seuls, nous avons une vue biaisée.» Comparer avec d’autres industries est une méthode qui révèle que certains pays sont en configuration inflationniste, d’autres entrent en récession. Des différences que ne montrent pas les bourses, très étroitement corrélées et qui réagissent toutes de la même manière. Au contraire des économies et des fondamentaux qui sont liés aux conditions régionales. Quant aux remèdes, «ils doivent être mis en œuvre le plus rapidement possible. Ce n’est pas le moment de faire de la recherche et développement pour savoir quelle recette pourrait être appliquée et efficace dans un an. Il y a des réponses connues, elles doivent être mises en place. Quand on a très mal à la tête, on ne se demande pas si une demi-aspirine, peut-être, pourrait soulager, on en prend une et c’est fait. Certaines économies vont mieux se porter, ce seront celles qui seront drastiques avec les remèdes. Je dirais que la Chine est en bonne position. Les Etats-Unis, comme d’habitude, vont se relever rapidement alors qu’en Europe, chaque pays veut imaginer ses propres solutions.» Et les entrepreneurs proches d’ETT? «Nos manifestations valorisent l’entrepreneuriat. Il peut y en avoir partout, dans tous les secteurs, sans tenir compte des opinions politiques. La crise est justement le moment de célébrer l’entrepreneur. C’est lui qui va nous sortir de cette situation. Ou le politicien avec un esprit d’entreprise. Ce qui compte c’est de garder la tête froide et de prendre des décisions. Egalement d’être capable de fonctionner «out of the box», de voir les choses sous des angles différents.» Un résumé, en une phrase: «Back to basics!»

Prendre soin de soi
Comment luttez-vous contre cette ambiance de crise? «Dans les moments de doute, j’ai besoin plus que jamais d’être actif, de faire du sport, j’évacue mon stress ainsi.» Dano Halsall, le champion de natation le plus titré du pays, a différentes activités dont IGC Systems – Swiss Methods, un ensemble conçu pour la remise en forme et l’amincissement. «En période d’inquiétude, il faut revenir à l’essentiel, soi-même. L’économie va mal? Nous n’y pouvons pas grand-chose. Alors gardons notre forme au mieux. Nous allons avoir besoin de ressources qui ne sont pas utilisées quand tout roule, elles ne sont pas faciles à mobiliser si nous ne nous préparons pas. J’observe que les gens qui craignent pour leur job ont tendance à ne plus penser à eux-mêmes, cela devient accessoire. C’est dommage.» A-t-il observé un mouvement négatif dans son domaine? «Quelques commandes ont été annulées. Certains sont convaincus par la méthode et les machines mais ils attendent le mois de février pour se décider. Il y a un climat de doute.».

Choisissez votre recette… anticrise!

La crise vous a frappés? Pas encore? Vous en avez marre des mauvaises nouvelles? L’incertitude vous pèse? Agissez.
L’un des meilleurs remèdes à appliquer personnellement contre la crise est l’imagination. Cultivez-la soigneusement. Si vous ne savez pas comment, utilisez l’histoire. Souvenez-vous des crises des années 1990, voire le krach de 1987. Le souvenir est un peu estompé mais bien des entreprises et des individus s’en sont sortis sans mal. Imaginez comment vous allez rebondir voire profiter de ce que cet éventuel ralentissement économique va apporter. Du temps, peut-être? Qu’en faire? Petite liste très loin d’être exhaustive.

Bougez:
Vous ne faites pas de sport du tout? C’est le moment d’aller marcher vite, trottiner ou dépoussiérer votre vélo. Prenez le temps de vous faire conseiller et allez-y, cela va vous vider la tête.

Soyez nature:
Rien de tel que de monter à St-Cergue quand le stratus est bas, un bon coup de soleil, une petite marche dans la nature et vous voilà rafraîchi, prêt à affronter tout ce qui peut vous arriver.

Mangez du chocolat:
Noir, celui qui ne fait pas grossir. Il constitue un petit antidépresseur bien agréable. En restant raisonnable, bien sûr.

Changez vos sorties:
Ne restez pas confiné à vos habitudes. Posez-vous la question du temps que vous passez, par exemple avec des amis, des collègues. Suffisant? Trop important? Regardez l’offre culturelle et forcez-vous à aller visiter une exposition ou un musée que vous n’avez jamais eu l’idée de découvrir.

Méditez. Rester assis, yeux clos, sans rien faire vous paraît surréaliste?
Des études montrent que les personnes qui méditent sont en meilleure santé que les autres. Pas besoin de grandes préparations pour méditer. Approchez-vous d’un groupe, demandez comment faire et commencez. Vous verrez comment il est difficile de, simplement, calmer son mental.

Apprenez:
Le moment, toujours retardé, de vous mettre à l’informatique, celui de parler une langue qui vous attire ou celui de concocter quelque chose avec cet étrange outil qu’est une cuisinière est venu. L’offre de cours est immense. Faites le pas.

Devenez artiste:
Tenir un pinceau vous semble possible seulement pour repeindre votre hall d’entrée? Mettez-vous à la peinture. Si vous n’avez aucune idée, prenez un petit cours. Sinon, simplement, peignez. Ou écrivez. Comment? Sans vous poser de question, faites-le. Vous pouvez aussi choisir un groupe, il y en a plein.

Roulez:
C’est totalement iconoclaste de nos jours mais vous pouvez vous défouler au volant, ailleurs que sur la route bien entendu. Sur un circuit, par exemple celui du Laquais près de Grenoble. En quelques heures vous aurez fait monter et descendre votre adrénaline.

Découvrez:
Il y a toujours un obstacle, ce n’est jamais le bon moment. Alors justement, décidez que c’est le moment. Prenez quelques minutes pour aller là où vous avez toujours rêvé d’aller. Ou au contraire, prenez une destination au hasard. Et partez. Il ne vous en coûtera pas grand-chose, voyez avec le train, les compagnies low cost.

Aidez:
Se changer la tête en allant donner un coup de main? C’est la bonne période. Demandez à une association, il y en a d’innombrables. Certaines ont déjà plein de monde, d’autres pas assez. Utilisez votre imagination.

Prenez un compagnon:
Allez promener un chien de la SPA! Ou adoptez-en un. Allez choisir un chat. Soyez responsable, il vaut mieux donner du temps pour promener un animal qu’en avoir un chez soi et le rendre quelques mois après.

Lisez:
Prenez conscience que notre société a érigé le «droit au bonheur» comme un dogme. Si vous voulez mieux comprendre pourquoi vous ne devriez jamais vous dire que votre bien-être dépend des autres, lisez toutes affaires cessantes «Plus jamais victime» de Pierre Pradervand (éditions Jouvence).

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Cessons de parler de la crise… et mettons-nous au travail !