Nous sommes en mai 1664. Molière présente devant le roi une pièce dont il sort avec le costume de Sganarelle. On découvre la coulisse et les comédiens dans le plus grand naturel avant de passer en revue des genres foisonnants, du mélodrame au fantastique en passant par le roman noir et celui de cap et d’épée. On découvre aussi que le Tartuffe soulève déjà l’indignation du parti des dévots, dont les membres les plus actifs se rassemblent dans la Cabale des Saintes-Écritures, qui fait pression sur Louis XIV afin qu’il interdise la pièce. La Cabale s’attaque aussi à la vie privée de l’auteur, qui a épousé la jeune fille de son ancienne maîtresse.

Le Russe Mikhail Boulgakov, immense auteur du Maître et Marguerite, a vu dans Molière son double idéal: l’écrivain, comédien et chef de troupe le fascine tant qu’il lui a consacré une biographie, La Vie de Molière. L’autocratie de Louis XIV ressemble étrangement à la dictature stalinienne en train de se durcir. Tout comme le Roi Soleil est bienveillant un jour, hostile le lendemain, Staline tantôt soutient Boulgakov, tantôt le censure et le menace. Écrit en 1929 pour le Théâtre d’art de Moscou, Molière ou la cabale des dévots a été interdit dès ses premières représentations. Cette œuvre baroque interrogeant la relation de l’artiste au pouvoir absolu et du pouvoir à l’artiste, dérangeait. Ce spectacle marque le 50e anniversaire du Théâtre de Carouge.

Mis en scène par François Rochaix. Cette création est à l’affiche du Théâtre de Carouge-Atelier de Genève, grande salle François-Simon, du mardi 15 janvier au dimanche 10 février 2008.

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De gauche à droite: Vincent Serez, Michel Rossy et David Valère dans Molière ou la Cabale des dévots de Boulgakov.
Photo de répétition: Marc Vannapelghem.